À Saint-Nazaire, MSC inaugure en grande pompe son nouveau géant le World Europa


Fruit de deux ans de labeur aux Chantiers de l’Atlantique, le World Europa est le premier d’une nouvelle classe de navires plus respectueux de l’environnement. DAMIEN MEYER / AFP

REPORTAGE – Les chantiers de l’Atlantique ont confié ce lundi à la compagnie italo-suisse MSC les clés de son nouveau paquebot. Un navire de 300 mètres de long qui se veut pourtant moins polluant que les autres. Impossible n’est pas français !

Par notre envoyée spéciale à Saint-Nazaire

Qui dit pluvieux dit heureux. Si l’adage s’applique aussi aux baptêmes, grande devrait être la félicité du World Europa. C’est sous une pluie battante – ensuite chassée par un soleil radieux – que les chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire ont confié les clefs de son nouveau navire à l’armateur MSC croisières ce lundi 24 octobre. Fruit de deux ans de labeur, ce beau bébé de 205.000 tonneaux, 330 mètres et 2600 cabines a, comme le veut la tradition, été consacré par un prêtre, à grandes rasades d’eau bénite. « Parce que bénir un bateau c’est bénir un équipage qui connaît les dangers de la mer. Seigneur, nous implorons ta bonté pour ce navire Â». Avant une onction plus prosaïque mais tout aussi théâtrale : au champagne.

«5, 4, 3, 2, 1». Encouragée par le décompte scandé par la foule, Ella Aponte, la belle-fille du fondateur de MSC, a tranché d’un coup sec le ruban maintenant le Jéroboam (aux allures de mignonette) contre la coque du mastodonte. Clameur dans l’assistance, noyée par une bande-son italo-kitsch – les vocalises d’un duo de chanteurs lyriques sur Con te Partiro. Partir, le géant des mers le fera dès mercredi. Direction Doha, au Qatar, où il servira d’hôtel flottant pendant la Coupe du monde. Avec ses 21 étages, ses sept piscines et son toboggan d’acier permettant de dégringoler onze étages à la vitesse de l’éclair, le MSC World Europa est pour sûr l’un des plus gros navires de croisière du monde. C’est aussi l’un des plus avancés en termes de réduction des émissions polluantes. Selon la compagnie, il est même le «moins émissif, par passager, au monde».

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GNL et pile à combustible

Le toboggan, qui permet de dégringoler onze ponts en une fraction de seconde. DAMIEN MEYER / AFP

Ses cinq moteurs multicarburants lui permettent de naviguer alternativement au fioul ou au gaz naturel liquéfié (GNL) – le plus propre des combustibles à ce jour. À la clé, moins 25% de CO², moins 85% d’oxyde de nitrogène et des émissions d’oxyde de soufre quasiment réduites à néant (-99%). Le navire embarque aussi une pile à combustible qui lui fournit 20% de son électricité quand il est à l’arrêt.

Car le secteur le sait, à l’heure du changement climatique et du «cruise bashing», il est attendu au tournant. Outre la signature d’une «Charte bleue» les engageant à protéger la Méditerranée, les grandes compagnies se sont accordées sur un objectif : le «zéro émission nette» en, 2050. Pour y arriver, elles investissent massivement, sans croire à un remède miracle. Le branchement à quai ? Efficace, encore faut-il que les ports soient équipés (ce n’est le cas nulle part en France). Le GNL ? Contesté en raison des fuites de méthane qui peuvent advenir quand on le transporte. Selon certaines études, celles-ci pourraient même être plus délétères que les émissions de CO² qu’il est censé réduire… L’hydrogène vert ? Idéal mais pour l’heure, on est incapables d’en produire suffisamment – «3 kilos par jour alors qu’il en faudrait 40 tonnes», estime Henri Doyer, directeur des programmes MSC aux Chantiers de l’Atlantique.

En 1822, on mettait à l’eau le premier bateau à vapeur sur la Loire. Deux cents ans plus tard, nous sommes en train de tourner une nouvelle page

Laurent Castaing, directeur des Chantiers de l’Atlantique

Autre écueil et pas des moindres souligné lors de ce lancement en grande pompe : la crise de l’énergie. Tout miser sur le gaz, en 2022, est-ce bien réaliste ? L’armateur l’assure, il a fait des stocks pour tenir deux ans. Si toutefois les tensions devaient perdurer, une hausse des coûts serait à prévoir. En attendant ces heures sombres, l’humeur était à la fête, ce lundi. «En 1822, on mettait à l’eau le premier bateau à vapeur sur la Loire. Deux cents ans plus tard, nous sommes en train de tourner une nouvelle page», s’est félicité Laurent Castaing, le directeur général des chantiers. Avant de «remettre la propriété» du navire, pour reprendre la formule consacrée, à MSC.

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Mais, déjà, la compagnie regardait ailleurs. Ainsi vont les choses dans le monde des croisières où un bateau chasse l’autre. Le jour de l’inauguration du World Europa marquait aussi le début de la conception de son successeur et la découpe de sa première tôle a été diffusée en direct sur écran géant. Hier, ce petit monde se serait encore déplacé dans l’atelier pour y assister. O tempora, o mores. Au total, la compagnie a déjà passé commande auprès des chantiers de Loire-Atlantique pour quatre autres mastodontes. Tous propulsés, en partie au GNL. Croisière, la nouvelle ère ?



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