Boa, ce nouveau système de serrage de chaussures qui veut (re)conquérir les skieurs
Ce système de serrage à molette vient bousculer la chaussure de ski et son crochet que l’on pensait immuable. Loueurs et vendeurs de matériel la mettent particulièrement en avant cet hiver, avec l’argument du confort. 10 marques l’ont déjà intégré dans leurs modèles. Les Français seront-ils prêts à mettre encore un prix supplémentaire ?
Il flotte comme un rare parfum de nouveauté sur les pistes de ski cet hiver. Le claquement sec des crochets des chaussures de ski y résonne en maître, du sommet des pistes aux sous-sols des magasins de sport depuis les années 1950. Mais voilà qu’il est doucement concurrencé par le doux cliquetis d’une plateforme à engrenages combinant disque et câble : le Boa Fit System. Cette technologie, désormais largement disponible chez les loueurs et vendeurs de matériel de ski alpin, fait une entrée tardive mais remarquée de cette technologie dans un univers réputé conservateur.
Les utilisateurs s’interrogent et les questions et avis fusent sur les forums. «Tout le monde a été sceptique moi le premier mais force est de constater qu’il n y a […] aucun retour de casse déjà. Après gain de confort ça c’est sûr, précision pour l instant on n’arrive pas aux 4 crochets», répond par exemple un skieur aux interrogations sur la fiabilité ou la durée de vie du câble dans le temps. «C’est plus confortable, il faudra voir à l’usage», ajoute un autre.
Coque rigide
Si Boa émerge vraiment cet hiver pour le ski, la technologie est déjà ancienne. Elle a été développée en 2001 pour le serrage des chaussures de snowboard. Elle a ensuite conquis les autres secteurs de l’outdoor et bien au-delà, avec ses systèmes de serrage qui s’adaptent aux casques, aux chaussures de vélo et de randonnée, ou même aux orthèses médicales. Les premières chaussures de ski de randonnée sont même apparues dès… 2012. Alors comment expliquer finalement que cette technologie venue du Colorado ait mis tant de temps à atteindre la chaussure de ski alpin ?
Victor Humbert, responsable commercial sports d’hiver Europe chez Boa, raconte que la marque a commencé à se pencher sur le ski alpin dès 2015, au fur et à mesure que ses systèmes devenaient plus élaborés. Mais, contrairement au ski de randonnée où une adaptation était possible « il a fallu concevoir un système entièrement nouveau, capable notamment de fournir la force de serrage requise par une coque aussi rigide ».
Double Boa
Le développement prendra cinq ans avant que la firme approche les premières marques de ski. Après plusieurs années de collaborations avec une poignée d’équipementiers convaincus, les premiers modèles incluant des solutions Boa sortent à l’hiver 2023 avec un système sur le sabot de la chaussure. Puis cet hiver 2025 avec le double Boa (Dual Dial), sur le sabot et le collier.
Cette arrivée en deux temps s’explique par des contraintes techniques. D’une part, le système situé sur le collier nécessitait encore des ajustements pour atteindre les standards de qualité souhaités. Et d’autre part, de l’avis du fabricant et des marques, cela permettait aux détaillants et aux consommateurs d’intégrer cette innovation de rupture, et de s’habituer visuellement à ce que certains skieurs récalcitrants qualifiaient carrément, au début, de « verrue ».
Un objectif de performance et un bon accueil pour le confort
La marque française Salomon -détenue par le Finlandais Amer Sports qui appartient lui même au chinois Anta- actionnaire chinois- fait partie des quatre premières marques internationales à avoir cru dès le départ en Boa. « Nous pensions que cela amenait vraiment quelque chose en termes d’enveloppement du mollet et du maintien du pied, explique Paul-Eric Chamay responsable développement chaussures alpines de la firme toujours basée à Annecy, en Haute-Savoie. Aussi, pour maximiser les avantages du système, Salomon a développé des pièces spécifiques plutôt que d’adapter simplement le système à ses modèles existants. »
Selon les données issues du « Performance Fit Lab » au siège BOA de Denver, la version Dual Dial (double disque) réduit jusqu’à 13 % la pression sur le dessus du pied et augmente d’un quart l’enveloppement du mollet. L’équipe R&D annonce aussi un gain de 6 % en transfert de puissance vers le ski via une connexion plus homogène du pied avec la chaussure, et jusqu’à 10 % en stabilité et contrôle par rapport à une chaussure classique à crochets. Tout est affaire de détail dans une discipline comme le ski… Ces chiffres mettent en avant la volonté de performance souhaitée avant tout par Boa, qui travaille activement à l’intégration de sa technologie dans le ski de compétition de haut niveau.
«Retours très positifs»
Des tests ont déjà été réalisés avec des athlètes de Coupe du monde, notamment Vincent Krichmayer (spécialiste de descente et Super-G) qui a testé le système à Beaver Creek en 2024. L’entreprise a recruté un athlète récemment retraité pour développer une version adaptée aux exigences de la Coupe du monde. Mais si la haute performance est visée, c’est la notion de confort qui revient auprès des utilisateurs disons «ordinaires». « Elle répond au besoin des clients qui désirent une facilité d’entrée en pied et une facilité de serrage de chaussure uniforme, réagit-on chez le fabricant Rossignol, qui équipes 7 modèles de chaussures en Boa, disponibles dans les magasins partenaires. Elles connaissent un très bon début de saison, la demande est forte et des réassorts ont déjà été effectués depuis début janvier.»
Capucine Blanchoz est propriétaire de deux magasins de sport Skiset à Belle Plagne (Savoie) et elle confirme que ses équipes de skimans ont directement adhéré à ce système, qui avait déjà fait ses preuves. « Boa est connu pour sa robustesse et sa garantie à vie. Le taux de casse est très bas et le SAV très efficace. » La professionnelle explique que le client y trouve la facilité d’utilisation et de compréhension ainsi que le serrage très précis.
« Nos retours clients sont très positifs, que ce soit à l’issue d’une location ou d’une vente, d’ailleurs 100% des clients ayant testé des chaussures Boa en location et ayant l’intention d’acheter ont finalisé leur achat. » Une aubaine sur un marché du ski qui stagne voire régresse en nombre de pratiquants, mais qui compense par la valeur, c’est-à-dire des produits plus onéreux, pour peu qu’ils emportent une réelle innovation.
Des modèles plus chers
« Quand vous mettez deux Boa sur une chaussure, celle-ci coûte logiquement plus cher à la fabrication », confirme Paul-Eric Chamay. « Chez Salomon, nous valorisons le Boa entre 50 et 100€ de plus que les crochets. Ce sont donc des chaussures pour les skieurs aguerris avec un bon pouvoir d’achat. » Cet hiver, le nouveau modèle Salomon S/Pro Supra DuaL Boa 130 s’affiche à 700€ à la vente.
Côté location, le magasin Skiset de Belle Plagne propose deux modèles avec Boa, chez Salomon et Tecnica, tous deux dans la gamme « Ultimate » de l’enseigne, soit à 90 € pour 6 jours et 19 € la journée, contre 70 € pour 6 jours et 14 € la journée pour la gamme basique. Une offre premium, donc ,qui vient s’ajouter à un budget toujours plus élevé pour les sports d’hiver. Mais qui relativise les craintes que le Boa vampirise l’ensemble du marché. Comme le résume Paul-Eric Chamay, « la question n’est plus de savoir si BOA va s’imposer, mais plutôt comment il va coexister avec les systèmes traditionnels pour répondre aux différents besoins et budgets des skieurs. »
Toujours est-il qu’en seulement trois ans, cette technologie est passée du statut d’innovation risquée à celui d’élément incontournable pour les marques souhaitant rester compétitives. Boa ambitionne de conquérir 70% du marché des chaussures de ski alpin d’ici 5 ans. Cet hiver déjà 10 marques proposent des solutions Boa, dont 6 en double serrage (Atomic, K2, Salomon, Dalbello, Head et Nordica). Reste à convaincre ceux qui skient le plus vite et influencent… L’adoption par les athlètes de tout premier plan scellerait définitivement la légitimité du système. Mais les champions aux carrières concentrées accepteront-ils d’ouvrir la porte à un serrage inédit — et, ce système est-il prêt pour les exigences extrêmes d’un sport de précision où chaque microréglage compte ?
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