Ce 31 janvier, la France rétrécit et perd une île, mais c’est provisoire
Tous les six mois, sans effusion de plumes mais avec un bel esprit d’entente, la France et l’Espagne se passent le relais sur un minuscule bout de terre au milieu de la Bidassoa. Le 31 janvier, c’est au tour de Madrid d’en reprendre les clés.
Conformément à une tradition diplomatique vieille de plus de trois siècles, la France cède ce 31 janvier la souveraineté de l’île des Faisans à l’Espagne pour six mois. Cet îlot frontalier minuscule – 200 mètres de long sur 40 de large – à mi-chemin entre Hendaye et Irun, change de mains tous les semestres. Rien de bien impressionnant en apparence – ni faisans, ni habitants permanents, ni commerces – et pourtant, ce petit morceau de terre résume à lui seul des siècles de diplomatie franco-espagnole.
Chaque 31 janvier et 1er août, la souveraineté de l’île alterne entre nos deux pays voisins. Six mois sous le drapeau français, six mois sous la bannière espagnole, selon un accord vieux de 367 ans, signé au lendemain d’une paix historique. Cette «coprincipauté» unique au monde découle du traité des Pyrénées de 1659, conclu après des décennies guerre entre les deux couronnes. C’est là, sur ce morceau de terre neutre, que fut scellé l’accord mettant fin aux hostilités, puis célébré le mariage de Louis XIV avec l’infante Marie-Thérèse d’Autriche. Autrement dit, l’île n’a pas seulement abrité des faisans, mais rien de moins qu’un traité et une union royale…
Un protocole de transfert semestriel
Depuis, la tradition s’est perpétuée. Tous les six mois, une cérémonie symbolique a lieu : la gendarmerie française remet la clé imaginaire de l’île à la Guardia Civil, et inversement en été.
Sur le plan pratique, l’île reste inhabitée et accessible uniquement dans le cadre d’accords diplomatiques ou de visites officielles. Le pays souverain assure l’entretien courant – élagage végétal, curage des rives, surveillance environnementale – et veille au respect du statut neutre. Le reste du temps, canards et hérons sont les véritables maîtres des lieux – preuve que la nature, elle, ne se soucie guère des frontières administratives.
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