les jauges commencent à porter leurs fruits (sans faire de miracle)


De l’île de Porquerolles à la réserve de la Chartreuse, de nombreux sites ont mis en place des limites numériques, jauges ou quotas, pour lutter contre l’hyperfréquentation. Deux ans plus tard, tous font état d’un bilan plutôt positif, à défaut de formule magique.

La nature reprend peu à peu ses droits sur le lac d’Allos, en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Après avoir été piétinée par un nombre record de personnes à la sortie du confinement, l’herbe repousse enfin sur le bord du plus grand lac naturel d’altitude d’Europe grâce aux mesures de régulation mise en place dès l’été 2021. « Certaines nuits, il y avait jusqu’à 80 tentes contre 30 habituellement. Fêtes, feux de camp, paddle dans le lac, de nombreuses incivilités nous ont fait peur pour l’avenir de ce site sensible », assure Laure Pumareda, chargée de mission tourisme du parc national de Mercantour. Dès l’été 2021, après concertation avec l’office de tourisme et la ville d’Allos, la capacité du parking le plus proche du lac a été réduite de 180 à 120 places, son accès devenu payant entre 7h et 17h. Deux ans plus tard, « on a réussi à étaler la fréquentation sur la durée et les bienfaits sont visibles à l’œil nu », se félicite Laure Pumareda. La fréquentation sur le sentier du lac est passée de 44.000 personnes en 2020 à 26.000 en 2022.

Dans le Var, sur l’île de Porquerolles où une jauge touristique limite le nombre de voyageurs arrivant par bateau à 6000 au lieu des 12.000 habituels depuis 2021, même succès. « Les habitants, commerçants et touristes goûtent à une île apaisée », assure Laurence Cananzi, représentante des commerçants. Sur la calanque de Sugiton, la réservation obligatoire limitant le nombre d’excursionnistes journaliers à 400 au lieu de 2500 pendant les périodes estivales a fait découvrir aux locaux qui représentent 80% des visiteurs de ce parc «un lien avec cet espace qu’ils n’avaient jamais eu jusque-là », assure Gaëlle Berthaud, directrice du Parc national des Calanques. Mais il faudra encore plusieurs années pour observer les effets sur la flore. Après une période de test de 45 jours l’été dernier, la mesure est donc reconduite pour cinq ans dès le 14 juin prochain.

Voir aussi :  Méfiez vous des travestis en Thaïlande #travestis #ladyboys #thailande

Pas de recette miracle

Après l’effroi provoqué par les foules à la recherche de grands espaces déferlant post-confinement, ces sites touristiques font le bilan des jauges et autres opérations de régulation mises en place depuis deux ans. Et le succès de ces initiatives donne des idées à d’autres territoires. « Des offices de tourisme en France ou à l’étranger, notamment en Australie ou en Allemagne, nous sollicitent quotidiennement pour demander des conseils », assure Gaëlle Berthaud. Toutefois les recettes des uns ne peuvent s’appliquer aux autres. «Il n’est surtout pas souhaitable d’étendre ces mesures partout, tous les sites ne sont pas adaptés », assure Laure Pumareda. Si la calanque de Sugiton, extrêmement sensible avec peu de voies d’accès peut être réservable, ailleurs sur le Cap croisette, au sud du parc national des Calanques, les nombreux accès ne permettent pas une telle mesure. « Ce n’est d’ailleurs pas nécessaire car c’est un site plus minéral où le piétinement n’a pas le même impact», souligne Gaëlle Berthaud.

Dans le parc naturel du Mercantour, l’existence de deux parkings, l’un situé à 45 minutes de marche du lac Allos, un autre à 2h30, a permis la réduction de la taille du stationnement le plus proche de ce site exceptionnel à 2200 mètres d’altitude. Les randonneurs, n’ayant pu accéder au premier, ont découvert une balade plus longue en empruntant le sentier le plus éloigné. Dans le parc naturel de la Chartreuse (Haute Savoie), après un pic de fréquentation de 3000 personnes en 2020 au lieu des 1500 habituels, c’est le bivouac sous tente qui a été prohibé dès 2021. « On a trouvé cette solution entre deux qui limite le nombre de visiteurs et fait découvrir un nouveau lien avec la nature. Pour réduire la taille des parkings ou reculer les accès, il faut pouvoir le faire techniquement, mettre en place des navettes ou des vélos, mais qui paye pour cela ?», se demande Suzanne Foret, conservatrice de la réserve naturelle des Hauts de Chartreuse.

Voir aussi :  Nouveau : Carnet de Voyages Nature et Découvertes - Le Routard

À Étretat (Normandie), village de 1200 habitants, accueillant 1 million de touristes chaque année où l’érosion des sols menace la falaise de s’effondrer, la possibilité de stationnement le long de la route ne permet pas de réguler le nombre de visiteurs. « On ne va pas fermer les routes et mettre des policiers partout, il faut des moyens humains et financiers pour cela », souligne Florence Thibaudeau-Rainot, présidente du syndicat mixte pour les falaises d’Étretat. Au lac d’Allos, l’augmentation de 30% du prix du stationnement a permis de financer le salaire d’un saisonnier qui veille au bon respect des règles. Mais dans un contexte de baisses budgétaires et en présence de sites dans lesquels entrent en jeu de nombreux décisionnaires, la question financière n’est pas toujours facile à résoudre.

Quelles autres solutions ?

Pour une meilleure régulation sans jauge ni limitation, certains territoires comme la Région Sud ont mis en place des partenariats avec l’application de géolocalisation Waze pour alerter les touristes en cas de grande affluence sur un spot. «300,00 personnes ont utilisé la fonctionnalité et reporté leurs visites sur d’autres parcs naturels de la région », affirme François de Canson, vice-président de la Région Sud. Le même partenariat avec la même entreprise n’a pas fonctionné dans le Mercantour car les notifications se déclenchent seulement en cas d’arrêt, plus rare sur une route de montagne qu’en milieu urbain.

Voir aussi :  Mort de Kirk Douglas ce terrible accident auquel il a échappé grâce à un pressentiment de sa femme

Si tous s’accordent à dire qu’il n’existe pas de recette applicable à tous les territoires pour concilier économie, environnement et accès à la nature pour tous, les acteurs du tourisme soulignent l’importance de la pédagogie sur le terrain. Dans le Mercantour ou la Chartreuse, des guides de moyenne montagne sensibilisent aux bons gestes, dans le parc naturel des Calanques les équipes rappelaient l’interdiction de fumer ou de piétiner pendant les week-ends surchargés de Pâques. « Il y a un changement de mentalité, on nous soutient dans ces démarches, les visiteurs font plus attention », se réjouit Laure Pumareda. À Étretat, une brigade urbaine de sensibilisation sera aussi mise en place prochainement. «Avant d’arriver à la prohibition, nous devons surtout faire comprendre à tous que si l’on ne respecte pas les paysages, nous ne les laisserons pas à nos enfants ou petits-enfants », assure Florence Thibaudeau-Rainot.



Source link

Vous aimerez aussi...