les vacances changent de modèle


BIG BANG VOYAGE DU FIGARO – Le tourisme se situe à la confluence des grandes transitions, climatique, économique ou démographique. Elles auront un impact grandissant sur la nature même de nos séjours.

À quoi ressembleront nos vacances demain ? « À une échéance de dix à quinze ans les choses vont vraiment évoluer », introduit Serge Trigano, l’un des entrepreneurs français à succès dans le tourism, lors du Big Bang Voyage 2026 du Figaro. Profiter de la Méditerranée à l’automne ; visiter le Jura en été ou poser sa serviette sur les plages de la Manche en août ; séjourner dans un établissement de rêve à Dunkerque plutôt qu’à Cancun… Les experts s’accordent sur un point, le profil de nos séjours va changer. De latitude, de saison, de calendrier, imposant la mise à jour du logiciel hérité de l’ère dans laquelle nous baignons encore : le tourisme de masse. « Le tourisme sera durable ou ne sera pas, il n’y aura pas autant de vitalité dans nos déplacements avec un monde à plus 2 °C, c’est une certitude », tranche Guillaume Jouffre, cofondateur de GreenGo, plateforme de séjours bas carbone.

Serge Trigano, dont le père fut l’un des architectes du Club Méditerranée, se saisit de l’exemple de la grande bleue et du temps où vendre le soleil faisait rêver les foules : « On peut imaginer qu’on profitera à l’avenir de la Méditerranée en mai ou en octobre, les températures du cœur d’été devenant insupportables. Nous travaillons désormais sur l’ouverture d’hôtels à prix abordables dans de nouvelles zones auxquelles l’on croit. » Destination Dunkerque, Auxerre ou Amiens, parie le concepteur du Mama Shelter, cette chaîne d’hôtellerie festive qui a transformé des lieux « endormis » en zones touristiques, à l’image du 20e arrondissement parisien.

Voir aussi :  sièges, confort... le train du futur tient-il ses promesses ?


Passer la publicité

Plaisirs simples

Une hôtellerie à prix modéré dans des zones en dehors des radars aujourd’hui, mais dont la cote devrait grimper en suivant celles du mercure ; et des résidences pour seniors actifs – les plus de 60 ans pèseront un tiers de la population française en 2050 : deux des pistes sur lesquels parie désormais Serge Trigano témoignent des révolutions à l’œuvre dans le tourisme. Le secteur, il est vrai, se trouve à la confluence de toutes les crises ou presque : climatique, économique, sociologique, démographique…

Les transitions s’amorcent. « Ces contraintes nous amènent à dépasser les modèles hérités d’un temps où personne ne se posait la question de disponibilité des ressources, confirme Guénaëlle Gault, directrice générale de l’Observatoire de la consommation (Obsoco) et coauteur avec Jean Viard du Livre des vacances (L’Aube). Mais les aspirations individuelles évoluent aussi. » Sur le fond, les envies des Français restent d’une heureuse banalité. « Les vacances demeurent synonymes de plaisirs, et même de plaisirs simples : passer du temps avec des gens qu’on apprécie, faire des rencontres, se promener, se reconnecter à la nature… », détaille-t-elle. Les experts parient aussi sur une demande de séjours « individualisés » qui bondit. « Individualisation ne veut pas dire individualisme et chacun pour soi, on est au contraire dans du chacun son choix qui s’affranchit d’une logique de standardisation et implique aussi un besoin de l’autre, encore plus dans une société qui vieillit et où le sentiment de solitude grandit. »

Partir moins longtemps, plus souvent et moins loin

Sur la forme, le schéma des trois semaines de vacances l’été pourrait devenir caduc. Et pas seulement parce que le poids des familles avec enfants, régies par le sacro-saint calendrier scolaire, se dilue dans la population. On assiste surtout à « une fragmentation des moments de vacances », analyse Guillaume Jouffre (GreenGo). Partir moins longtemps, plus souvent pour ceux qui peuvent se l’offrir, et sûrement moins loin, pour minimiser l’impact climatique : les experts se rejoignent sur ce nouveau triptyque. Il découle de nos modes de vie, stressants, connectés… qui font grandir le besoin de « respiration ».

Voir aussi :  Canada : PLAY ouvre une ligne vers Toronto

Mais cette tendance s’explique aussi par l’anémie du budget « vacances » annuel des Français. À 1 774 euros désormais, il se situe bien en dessous de la moyenne européenne, qui s’établit à 2 080 euros. Des familles monoparentales grossissent les rangs de ceux qui peinent à s’offrir un séjour. Un quart à un tiers des Français ne part pas, une proportion stable dans le temps. Ce nombre de « non-partants » devrait inquiéter les pouvoirs publics, selon nos intervenants, encore plus dans un pays où les vacances sont considérées comme sacrées, au point que des Français leur sacrifient d’autres dépenses (habillement, alimentaire…). « Le tissu social qui permettait de partir s’est étiolé, à l’image des résidences que détenaient les communes ou les colonies de vacances, déplore Guénaëlle Gault. Or, un enfant qui part se constitue un “capital vacancier” distinct de l’apprentissage scolaire : il explore, développe sa sociabilité et son ouverture au monde. »

« Les vélos électriques ou les exosquelettes vont décupler les potentiels de découvertes et d’activités des territoires pour l’ensemble des publics ».

Guénaëlle Gault, directrice générale de l’Observatoire de la consommation (Obsoco)

Une curiosité qui se forge et s’aiguise quelle que soit la destination. Tant mieux, étant donné que nos vacances, à l’avenir, pencheront davantage encore vers la proximité, France en tête, s’accordent les experts. « Mais notre pays dispose de formidables atouts et de nombreuses zones très variées à explorer, toutes riches en patrimoine », s’enthousiasme Guénaëlle Gault. À condition de bien veiller à ce que le tourisme enrichisse les territoires plutôt que les épuiser, dans le cas précis des lieux frappés de « surtourisme », glisse-t-elle. La technologie peut être une précieuse alliée, appuie-t-elle : « Les vélos électriques ou les exosquelettes vont décupler les potentiels de découvertes et d’activités des territoires pour l’ensemble des publics. »


Passer la publicité

Voir aussi :  Hypnose du sommeil - Voyage sur un nuage (relaxation profonde)

Personne ne condamne toutefois le voyage lointain, dernier avatar de la « démocratisation » du tourisme, porté par la chute des prix des billets d’avion et les imaginaires dopés par les réseaux sociaux. De fait, si 60 % des Français qui partent empruntent leur voiture personnelle, 23 % prennent l’avion loin devant le train (9 %). « On pourra toujours prendre l’avion, même si cela sera plus cher et davantage taxé encore, pour aller découvrir de nouveaux pays et de nouvelles cultures, mais les immersions devront être plus longues », pronostique Serge Trigano, qui se dit « confiant » dans la capacité d’innovation technologique des fabricants pour diminuer l’empreinte carbone du transport – le tourisme représente 11 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. « En revanche, s’envoler pour trois jours de shopping à New York, cela n’existera plus », tranche-t-il.



Source link

Vous aimerez aussi...