quand «Gens de confiance» remplace Airbnb
Alternative discrète aux plateformes classiques, Gens de Confiance séduit une communauté de vacanciers en quête de biens uniques. Derrière l’image rassurante se cache aussi un entre-soi social très marqué. Témoignages d’utilisateurs.
De la maison familiale un peu cachée à la villa de designer vue mer, ces biens ont un point commun : ils ne sont pas sur Airbnb, mais sur Gens de Confiance. Une plateforme fondée en 2014 à Nantes, pensée comme Le Bon Coin mais réservée aux initiés. Pour y accéder, il faut être coopté par trois parrains déjà membres et respecter une charte de bonne conduite. Un privilège qui donne accès à des milliers de petites annonces – ventes d’objets, services, locations saisonnières – dans un climat présenté comme plus humain et plus sûr que sur les sites grand public.
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La confiance règne
Yann, 49 ans, chef d’entreprise, loue chaque saison son appartement haut de gamme dans les Hautes-Alpes via Gens de Confiance. «On a retapé un logement à la montagne, avec des matériaux de qualité, une super déco. Comme on le met assez cher, je voulais avoir des gens capables de le louer sans être à quinze dedans», explique-t-il. «Le fait que le fonctionnement repose sur un système de parrainage m’a rassuré. Ce n’est pas comme Airbnb. Théoriquement, la responsabilité du parrain est engagée.»
Résultat, il n’a eu que des «familles impeccables» depuis trois ans : «Il y a une convivialité, une proximité, une éducation, que je n’ai jamais vues sur d’autres sites.» En sérénité totale, il n’a même jamais demandé de caution. «Je fonctionne vraiment en confiance», confirme le quadragénaire.
Même constat du côté de Claudine (*), 72 ans, retraitée, qui propose un petit studio attenant à sa maison du Cap Ferret. «Les gens se présentent, on échange, on sent s’ils sont maniaques, s’ils sont sympas, etc. C’est plus humain, plus cordial. Il y a une espèce de gentillesse, d’éducation, qu’on ne trouve pas sur Airbnb.» À tel point qu’elle n’a encore jamais encaissé de caution, elle non plus.
Son basculement est né d’un ras-le-bol. «J’ai fait une expérience avec Airbnb il y a deux ou trois ans. Ce sont des Hollandais qui avaient réservé, et avant leur arrivée, ils réclamaient des réductions», se souvient-elle. Le séjour tourne au vinaigre : bruits de travaux dans le voisinage, plaintes en cascade, demande de 40 % de remise. «Ils voulaient juste payer moins cher. Et l’application n’a pas défendu mon cas.» Depuis, elle refuse d’avoir affaire à une clientèle capricieuse : «Sur Gens de Confiance, j’ai des gens corrects, polis. Et surtout, je garde la main.»
Un entre-soi assumé
Mais ce que les utilisateurs apprécient est aussi ce qui rend la plateforme discutable : son entre-soi très marqué. «C’est clairement un site de groupe sociétal, reconnaît Yann. On peut philosopher afin de savoir si c’est bien ou pas. Mais c’est une réalité : il y a un côté où on discute avec des gens bien élevés. Tout le monde est très cordial, les échanges sont conviviaux… Ce qui n’est pas le cas sur tous les sites.» Margaux, 34 ans, RH, nuance : «À l’époque, le côté club privé me rassurait. Mais aujourd’hui, avec plus de 2 millions d’utilisateurs, être parrainé ne veut plus dire grand-chose.»
Avec plus de 2 millions d’utilisateurs, être parrainé ne veut plus dire grand-chose.
Charlotte, 37 ans, directrice conseil, y voit malgré tout un avantage : «Parfois, ce sont des biens que les gens ne mettent pas sur d’autres plateformes. Et comme on n’a pas les frais Airbnb, c’est moins cher pour nous, les propriétaires gagnent plus aussi.» Elle évoque un séjour à Minorque introuvable ailleurs : «Trop grand, trop cher… et là, on a trouvé.»
« Ce n’est pas parce que ça s’appelle Gens de Confiance qu’ils sont plus fiables »
RossHelen / rh2010 – stock.adobe.com
Mais la confiance ne remplace pas tout. Margaux en a fait les frais : «La maison à Hossegor que nous avions louée pour un EVJF il y a quelques années n’était pas du tout à la hauteur des photos : humidité, mobilier rouillé, poils d’animaux dans toutes les pièces. Et comme on est passés en direct, je n’ai rien pu faire.» Elle en garde un souvenir amer : «Gens de Confiance repose trop sur une confiance présumée. Au final, j’ai supprimé mon compte et je préfère passer par des sites plus gros avec un service client adapté.»
Charlotte, elle, a vu une location annulée à la dernière minute à cause de travaux imprévus. «C’est le revers de la médaille. Ce n’est pas parce que ça s’appelle Gens de Confiance que les gens sont forcément plus fiables que sur une autre plateforme.» Elle tempère toutefois : «On échange souvent en direct, les gens sont plus flexibles sur les dates, et j’ai malgré tout eu de très bons contacts.»
(*) Le prénom a été modifié.