«Quittez les surmulots des villes pour les rats des champs» !


Le gouffre de Padirac, dans le Lot. C.Gerigk-SESdepadirac / Photo presse

COUP DE GUEULE – Face au spectacle désolant des poubelles à Paris, Lætitia de Ménibus-Gravier, propriétaire de ce site remarquable, s’indigne sur les réseaux sociaux et rappelle que le gouffre fut une décharge à ordures…

Un professionnel du tourisme promouvant sa destination ne devrait pas dire ça… C’est en substance la verte critique qu’a reçue Lætitia de Ménibus-Gravier de son agence pour les réseaux sociaux, pour ses posts sur le gouffre de Padirac (Lot). Au 3e message de la PDG de la société d’exploitations spéléologiques du site sur LinkedIn, l’agence a rompu son contrat. En cause ? Ses parallèles avec la grève des éboueurs parisiens pour marquer sa consternation. L’agence n’a pas d’humour. « C’est le Printemps ! Quittez les surmulots des villes pour les rats des champs en venant le 31 mars», écrit Lætitia de Ménibus-Gravier dans le 3e post qui a mis le feu aux poudres. Déjà dans le premier le ton était donné : «Ami des villes, quittez l’enfer des poubelles pour le Trou du Diable»… Quant au deuxième, il a jeté un pavé dans la marre, en rappelant que le gouffre fut d’abord une décharge.

«Historiquement, les hommes jetaient leurs ordures dans les grottes et les gouffres. Une pratique enrayée grâce à Edouard-Alfred Martel, premier explorateur du Gouffre», écrit celle qui a repris les rênes il y a vingt ans du gouffre que sa famille possède et exploite depuis cinq générations. L’histoire est éloquente. Dans les années 1890, Edouard-Alfred Martel boit l’eau de source, et tombe malade. Les travaux de Louis Pasteur l’aident à prouver que les gouffres souillés sont à l’origine de nombreuses épidémies. En 1902, la loi Martel interdit les jets de cadavres et de détritus dans les gouffres. Aujourd’hui Lætitia de Ménibus-Gravier se bat pour protéger la qualité de l’eau de la rivière souterraine, alors qu’une usine installée à dix kilomètres transforme les déchets agricoles et les carcasses de canard en biogaz et en engrais…

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Compte LinkedIn du gouffre de Padirac Capture écran

Sur LinkedIn elle conclut : «Ces derniers jours, les ordures s’entassent dans nos villes et le risque de maladies bactériennes grandit et expose une partie de la population à des risques sanitaires tels que la leptospirose.» Et au Figaro elle confie : «Mon agence réseaux sociaux a rompu le contrat, car ça leur déplaît de dire que la France n’est pas une poubelle !».

Sans vouloir prendre position sur les grèves contre la réforme des retraites, la dirigeante insiste pour dire sa «tristesse», et tire la sonnette d’alarme, sur des conséquences qui «n’impactent pas seulement les hôteliers et les restaurateurs, et pas seulement Paris». Juste avant le Covid, Padirac avait accueilli 530.000 visiteurs en 2019, un record depuis son ouverture officielle en 1899. La clientèle étrangère était de 8% cette année -là, avant de chuter à 4% après la pandémie, puis de revenir à hauteur de 9% en 2022. Un travail de longue haleine pour les faire revenir… Mais quelle image les étrangers ont-ils désormais de la destination France ? Elle se désole : «les statistiques sont faussées : on ne vient plus en France, on la traverse».

«On n’a pas le droit de laisser Paris comme une immense poubelle»

Lætitia de Ménibus Gravier. Collection personnelle

«Lors du salon Rendez-vous en France les 21 et 22 mars à la Porte de Versailles à Paris, les voyageurs ont été invités à visiter une poubelle géante», déplore encore la dirigeante. Car la plupart des touristes transitent par la capitale, avant de découvrir les régions. «On n’a pas le droit de laisser Paris comme une immense poubelle, martèle-t-elle. Je suis triste pour mon pays et pour l’image que l’on renvoie au monde entier. Comment peut-on demander d’avoir un sentiment patriotique quand on a honte de son pays vis-à-vis des étrangers ? C’est la chienlit comme disait de Gaulle».

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N’en déplaise à ceux qui voudraient nous chanter que «Tout va très bien Mme la Marquise», Lætitia de Ménibus-Gravier prépare un 4e post pour LinkedIn. Une forme de résistance assumée. Le premier site du patrimoine souterrain de France ouvre d’ailleurs ses archives : plus de 1500 documents accumulés en 132 ans sont consultables en ligne sur la «Padiracothèque», l’album de l’épopée scientifique et touristique de ce monument naturel de la vallée de la Dordogne. Sans tri sélectif.



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