En Dominique, randonnée sur le Waitukubuli Trail, le GR20 des Caraïbes


Entre Guadeloupe et Martinique, la Dominique affiche sa différence. Avec son épais manteau de jungle tropicale, ses hautes montagnes ruisselantes de rivières et de cascades, elle est probablement l’une des îles les plus sauvages des Antilles. Et sous la surface, le récif se prête tout autant à l’aventure.

Ne nous y trompons pas, visiter l’intérieur de la Dominique implique une certaine intimité avec l’humidité. Tous les jours, quelle que soit la saison, les reliefs du centre de l’île se voient douchés d’abondance. Il faut bien justifier cette jungle d’un vert insolent, cette profusion végétale sillonnée de rivières impétueuses, éclaboussée de cascades enragées. Mais la pluie ne dure jamais bien longtemps, et c’est un bien maigre tribut à payer pour profiter pleinement de cette petite oasis de pleine nature, trop souvent confondue avec sa cousine des Grandes Antilles, la République dominicaine.

Grand est son corps

L’intérieur de l’île, tout hérissé de montagnes, est un pays que l’on découvre en écartant les branches. Depuis 2012, un immense sentier de 185 km de long se faufile sous les frondaisons d’une pointe à l’autre et donne l’occasion de larguer les amarres. Pour enchaîner ses 14 segments à la suite, mieux vaut s’armer de patience et d’endurance. Il en faut sans doute autant pour prononcer correctement son nom : Waitukubuli trail. Waitukubuli, c’est ainsi que les Indiens Caribes désignent leur île, un sobriquet qui signifie à peu près « grand est son corps ». Et bien « long est son sentier »


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L’itinéraire, aux deux-tiers forestier, emprunte tour à tour vieux chemins de chasse, pistes de ferme, sentiers indigènes séculaires ou récemment défrichés… Une véritable immersion dans la nature des origines. Sur les segments 4 et 5, on retrouve par endroits des portions pavées de pierres plates patiemment ajustées, vestiges d’un ancien sentier caraïbe utilisé pendant des centaines d’années par les Indiens pour commercer entre les deux côtes. Légumes, manioc, mais aussi bouteilles de rhum illégal, étaient acheminés à dos d’homme sous la grande voûte verte emplie de bruits mystérieux.

Douche quotidienne

À chaque pas, le sol gorgé d’eau envoie de gros baisers mouillés.
Christophe Migeon / Le Figaro

Une pluie tiède et émolliente se déverse soudain à plein seaux sur la forêt fort justement nommée humide. Le tambourinement sauvage des gouttes sur les feuilles a noyé en deux secondes le lancinant ronflement des insectes qui jusqu’alors vrillait les tympans. Mais l’averse s’arrête comme elle avait commencé : d’un coup, sans préavis. Les arbres qui jusqu’alors avaient eu la bonté de retenir la plus grosse partie du déluge, décident alors de s’égoutter sur le pauvre randonneur qui se félicitait d’avoir encore quelques poils de sec.

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À chaque pas, le sol gorgé d’eau envoie de gros baisers mouillés. Avec ses reliefs volcaniques imposants comme le Morne Diablotins (1 447 m), le cœur de l’île agit comme un véritable rempart face aux alizés chargés d’humidité venus de l’Atlantique. Il n’est pas rare que le cumul des précipitations dépasse les 7 000 mm dans les zones les plus élevées ! Cette irrigation céleste donne naissance dit-on à 365 rivières et à une multitude de cascades qui s’écoulent sans retenue à travers une forêt tropicale saturée de brume.

VOIR LE DOSSIER – Caraïbes, un rêve de voyage

La terre des Kalinago

Aux stridulations extatiques des cigales s’ajoutent désormais de curieux cliquetis, semblables aux tintements métalliques d’une cuillère à café sur une tasse. « Des grenouilles arboricoles » précise le guide. Derrick Joseph est un Kalinago, l’un des derniers descendants de ces Indiens Caribes qui pendant plus de 200 ans ont résisté à l’invasion européenne. Exaspérés par leurs raids incessants, les Français et les Anglais qui se disputaient l’île à coups de canons et d’arquebuses finissent en 1686 par signer un traité reconnaissant la Dominique comme un état neutre sous le contrôle des Caribes ! Mais ces derniers, décimés par la coqueluche et la variole, n’auront d’autre choix que de se laisser submerger par la vague des colons.


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Aujourd’hui, ils sont moins de 3 000 retranchés dans une petite réserve au nord-est de l’île. « Il y a eu beaucoup de métissage ces 15 dernières années et la langue a disparu avec les anciens » déplore Derrick. Lorsqu’il ne chasse pas l’agouti avec son chien Otis, Derrick pousse la chansonnette avec son groupe de musique modestement baptisé « All Star band ». Son rêve serait de se produire à bord de ces énormes bateaux de croisière qui de novembre en avril viennent chaque semaine déverser leur lot de touristes dans le port de Roseau.

Le monde perdu

Village de Soufrière, dans le sud.
Christophe Migeon / Le Figaro

Dans le parc national Morne Trois Pitons, derrière le village de Laudat, une alternative du segment 4 conduit plus à l’est au cœur d’une vallée hérissée de fougères arborescentes. L’air y est comme nimbé d’une gaze presque palpable. La Vallée de la Désolation, avec ses rideaux de fumerolles qui crachent leurs colonnes de vapeur dans un vacarme de soufflerie, a dû servir de modèle à Conan Doyle pour son Monde perdu. On s’attend à voir à tout moment un dinosaure enjamber ces flaques de boue qui glougloutent à gros bouillon.

Plus haut, après avoir franchi quelques torrents de lait chaud dans lesquels il ne ferait pas bon tremper sa tartine, le chemin conduit à l’inquiétante marmite du Boiling Lake, un fond de cratère rempli d’eau bouillante, 85 °C sur ses rives, plus de 200°C au centre. Devant ce chaudron de sorcière, la sueur monte vite au front et on se met à rêver d’océan.

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Champagne !

L’éponge barrique géante (Xestospongia muta) et ses bancs de chromis.
Christophe Migeon

La Waitukubuli trail file jusqu’à l’extrémité sud de l’île, là où les montagnes se précipitent à fond de pente dans le bleu outremer sans prendre la peine de marquer la moindre pause avant le grand plongeon. Derrière la Pointe Guignard, s’étend la baie de la Soufrière, vestige d’un immense cratère submergé, et dont les fonds comptent sans doute parmi les paysages sous-marins les plus « dramatiques » au sens anglo-saxon du terme. Sur la lèvre nord du cratère, des sites de plongée aux noms prometteurs comme Soufriere Pinnacles, l’Abym ou la Sorcière enchaînent de vrais tombants verticaux garnis de gorgones et de coraux noirs. Des tortues à écailles viennent faire leur marché d’invertébrés le long de ces escarpements abrupts, reliques d’anciennes coulées de lave, aujourd’hui tapissées d’éponges et de madrépores. De grands bancs de carangues, lutjans et autres gaterins s’éparpillent à l’approche des plongeurs comme soufflés par une explosion.

Une plongée dérivante pousse jusqu’au site de Champagne au nord de l’ancien cratère. Ici, la Dominique quelque peu ballonnée, soulage ses entrailles en fumerolles sous-marines. Certes les bulles n’ont pas la finesse d’une tête de cuvée Dom Pérignon – pour tout dire, elles ne passeraient même pas le goulot d’une bouteille de Perrier – mais leur chatouillis espiègle n’en reste pas moins plaisant et récréatif. Vautré dans ce jacuzzi naturel, les yeux perdus dans le bleu outremer, on se prend à rêver aux grands cachalots qui toute l’année croisent là-bas, au large.


Carnet pratique

Moise, un rasta qui a sa maison vers le départ de la Victoria Falls.
Christophe Migeon


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SE RENDRE À LA DOMINIQUE

Pas de vol direct. Air France propose un vol quotidien Paris-Fort de France à partir de 800 €, puis liaison maritime avec l’Express des Iles (express-des-iles.com). Aller-retour à partir de 99 €, trajet de 2h15.

QUAND PARTIR ?

On distingue une saison sèche de janvier à juin et une saison humide de juillet à octobre. Mais quel que soit le moment de l’année, il faut s’attendre à une ou plusieurs averses légères chaque jour. La température de l’eau varie entre 25 et 27°C. Risque d’ouragans de fin août à début octobre.

RANDONNER SUR LE WAITUKUBULI NATIONAL TRAIL

Le sentier fait 185 km, divisé en 14 segments de difficulté et de longueur variables. Comptez 10 à 14 jours pour le parcourir en entier, ou choisissez des segments spécifiques selon votre niveau et votre temps. Le balisage est jaune et bleu. Tout randonneur doit acheter un Waitukubuli National Trail Pass avant de commencer la randonnée sur le site waitukubulitrail.dm.

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Pass journalier : environ 5 USD (pour une seule section), hebdomadaire : 12 USD, mensuel : 22 USD. La traversée complète de l’île sur la Waitukubuli est réservée aux sportifs, certaines étapes (8/9/11) sont assez soutenues notamment en cas de fortes précipitations. Ceux qui veulent être entièrement immergés dans la nature privilégieront le nord et sa Northern Forest Reserve. Le Sud entre le Morne Trois Piton et Scott’s Head propose des balades plus tranquilles.

PLONGER

Malgré les précipitations abondantes, la visibilité demeure excellente : les sédiments charriés par les nombreuses rivières sombrent très vite à de grandes profondeurs tout en assurant une source d’alimentation abondante pour les invertébrés de la région. Les clubs de plongée disposent de bouées de mouillage sur la plupart des sites et ne jettent pratiquement jamais l’ancre. Les sites propices à la plongée sont pour la plupart sur la côte ouest et se concentrent sur 3 pôles : Soufrière et Scotts Head (le plus important) au sud, St Joseph – Salisbury au centre et Portsmouth au nord. Les plongées sur la côte Atlantique ou dans les détroits ne sont possibles que dans d’excellentes conditions météo (absence de vent et de houle).

Pour plonger au nord : Cabrits Dive Center (cabritsdive.com), à partir de 100 € la sortie 2 plongées.

Pour plonger au sud : Nature Island Dive (natureislanddive.dm), mêmes tarifs.

HÉBERGEMENT

Le Jungle Bay Dominica.
Christophe Migeon

Jungle Bay Dominica. Perché sur une colline surplombant la réserve marine de Soufrière-Scott’s Head, cet éco-resort propose des bungalows en bois nichés dans une végétation luxuriante. L’ambiance y est zen, avec des cours de yoga quotidiens, un spa réputé et une cuisine «du jardin à la table». À partir de 296 € la nuit.

Rosalie Bay Eco Resort & Spa. Un havre de paix rustique et chic sur la côte est sauvage, là où la rivière Rosalie rencontre l’Atlantique. À partir de 175 € la nuit.

UNE BONNE TABLE

The Palisades Restaurant. Situé au sein du Fort Young Hotel à Roseau, c’est l’adresse gastronomique de référence dans la capitale. Le restaurant dispose d’une terrasse offrant une vue imprenable sur la mer des Caraïbes. Le lieu parfait pour un dîner romantique au coucher du soleil. Spécialités de la mer autour de 25-30 €. Tél. : +1 767-255-7604


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