le mobil-home s’impose-t-il comme la nouvelle maison de vacances des Français ?


TÉMOIGNAGE – Plutôt qu’une maison secondaire, de plus en plus de Français choisissent d’acheter un mobil-home en camping. Longtemps marginale, cette formule séduit ceux en quête d’un pied-à-terre abordable.

À défaut de pouvoir acquérir une cabane tchanquée sur le bassin d’Arcachon ou un appartement en front de mer pour profiter de ses vacances, de plus en plus de Français se tournent vers une autre option bien plus accessible : le mobil-home en camping. Pour un budget généralement compris entre 30.000 et 70.000 euros, ils s’offrent un pied-à-terre clé en main, avec piscine, animations et entretien inclus. Une formule qui séduit autant les familles que les retraités, au point de s’imposer comme une alternative à la résidence secondaire traditionnelle.

Une alternative à la maison de vacances classique

Depuis la crise sanitaire, ce marché connaît un essor marqué. Le groupe Magora, propriétaire notamment des réseaux Siblu et Flower Campings, constate une nette accélération de la demande depuis 2020. «La crise du Covid a profondément transformé les attentes des Français. Beaucoup ont cherché un lieu facilement accessible, au contact de la nature, sans supporter les coûts d’une résidence secondaire classique», analyse Aymeric Drujon d’Astros, directeur général de Flower Campings. Au sein du réseau, entre 120 et 170 mobil-homes sont vendus chaque année, avec des perspectives toujours orientées à la hausse — 160 ventes sont visées en 2026. L’argument financier demeure central : un modèle neuf s’acquiert généralement entre 30.000 et 70.000 euros.


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Justine Ducloz, aide-soignante de 33 ans installée à Millau, en a fait l’expérience. «Nous envisagions d’acheter un studio à Valras-Plage. Pour 27 m², il fallait compter environ 150.000 euros. Quand nous avons découvert qu’un mobil-home bien plus spacieux coûtait entre 30.000 et 40.000 euros, notre choix a rapidement évolué.» Aujourd’hui, elle en possède avec son compagnon deux dans un complexe de plein air de l’Hérault : le premier acquis 31.000 euros, le second affiché à 70.000 euros, mais obtenu via une reprise, ramenant l’investissement réel à 37.000 euros.

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Des résidences d’un nouveau genre

À Bonne Anse, les mobil-homes offrent terrasse, plusieurs chambres et équipements modernes, pour un investissement compris entre 30.000 et 70.000 euros.
Siblu

Les modèles récents offrent désormais des prestations proches de celles d’une maison. «Nous sommes sur de véritables résidences de loisirs, avec parfois trois chambres, deux salles de bains, une suite parentale, une terrasse, la climatisation ou encore un lave-vaisselle», précise Stéphanie Barral, directrice marketing de Siblu. La clientèle se répartit principalement entre deux profils : des actifs quadragénaires en quête d’un refuge accessible le week-end, et des seniors attirés par un environnement animé sans les contraintes d’une grande propriété. Les professionnels observent toutefois un rajeunissement progressif des acheteurs.

Pour Justine Ducloz, l’usage est devenu un rituel hebdomadaire. Situé à un peu plus d’une heure de route de son domicile, le camping constitue un véritable sas de décompression. «Le vendredi, nous chargeons la voiture et à 18h30 nous sommes arrivés. Notre fille retrouve ses amis, et nous déconnectons du travail. C’est notre cocon.» Même constat pour Isabelle Sarro, propriétaire depuis quinze ans : «Cela nous permet de couper avec la semaine et de repartir reboostés le lundi, après avoir partagé de vrais moments en famille.»

Au-delà du logement, les acquéreurs investissent aussi dans un environnement. Piscines, restaurants, clubs enfants, animations, équipements sportifs, gardiennage ou entretien des espaces verts : l’ensemble des services, généralement proposés dans des campings quatre étoiles, participe à cette expérience globale. Selon les établissements, une partie du coût de la parcelle inclut ces prestations, tandis que certaines options (électricité, Wi-Fi, activités spécifiques) peuvent s’ajouter en supplément. «Les voisins deviennent des amis, les enfants se retrouvent d’année en année. Une véritable vie de village s’installe», décrit la directrice marketing. Pour Isabelle Sarro, cette dimension sociale constitue même l’un des principaux attraits : «Nous pouvons être entourés quand nous le souhaitons, tout en s’isolant au calme. C’est un équilibre que je ne retrouve pas ailleurs

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La location, le nerf de la guerre

L’acquisition d’un mobil-home implique toutefois une particularité : dans la grande majorité des cas en France, l’achat d’un mobil-home ne s’accompagne pas de la propriété du terrain. Le propriétaire est donc propriétaire du mobil-home, mais locataire de la parcelle, via un contrat annuel renouvelable avec le camping ou le parc résidentiel de loisirs. Selon les emplacements et les réseaux, ce loyer oscille généralement entre 6.000 et 8.000 euros, auxquels peuvent s’ajouter diverses charges (eau, électricité, frais de gestion). Pour amortir ce coût, une majorité de propriétaires met son bien en location lorsqu’il ne l’occupe pas. Chez Siblu, entre 60% et 80% des acquéreurs adoptent cette stratégie au moins partiellement. «Dans la plupart des cas, les revenus estivaux suffisent à couvrir le coût annuel de la parcelle», assure la directrice marketing.


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Cette organisation repose sur un contrat de location de parcelle, qui encadre les loyers mais aussi les conditions de résiliation ou de non-renouvellement. Ce contrat n’offre pas les mêmes protections qu’un bail d’habitation classique, ce qui rend les propriétaires dépendants des politiques tarifaires et des choix stratégiques du gestionnaire du camping. Hausses de loyers, changement d’orientation du site ou décision de ne plus renouveler certains contrats peuvent ainsi fragiliser des projets construits sur plusieurs années.

Isabelle Sarro a même structuré une partie de son projet de retraite autour de cette activité. Elle loue aujourd’hui ses quatre mobil-homes — un en Gironde et trois sur la côte landaise — via des plateformes comme Le Bon Coin. «Tout est réservé très tôt», indique-t-elle. Dès janvier, ses semaines d’été sont complètes, occupées par des familles avec enfants en quête de tranquillité et de ressourcement. Les loyers perçus couvrent non seulement les redevances annuelles, mais financent aussi une partie de son dernier achat, un mobil-home au Cap-Ferret acquis 60.000 euros. «Mes quatre habitations s’autofinancent désormais», résume-t-elle. En haute saison, elle peut facturer jusqu’à 1.200 euros la semaine pour un modèle de trois chambres.

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Même logique chez Justine Ducloz. Son premier est loué presque en continu du printemps à l’automne. Entre mars et mai, il a généré près de 1700 euros de recettes, auxquelles s’ajoutent les revenus estivaux. Les six semaines de location estivale confiées à Siblu suffisent à couvrir les 7900 euros de loyer annuel. «Nous n’avons rien à débourser pour l’emplacement», souligne-t-elle. Ces revenus relèvent d’une activité de location meublée saisonnière, soumise à un cadre fiscal spécifique que les propriétaires doivent anticiper avec leur conseiller ou leur expert-comptable.

Un investissement plaisir avant tout

Situé sur la presqu’île de Quiberon, le camping du Conguel bénéficie d’un emplacement en bord de mer, ce qui fait grimper le prix des parcelles.
Siblu

Malgré ces revenus, les propriétaires insistent sur un point : le mobil-home ne constitue pas un placement immobilier au sens classique. Contrairement à une maison ou un appartement, il se déprécie avec le temps. Le calcul est donc moins patrimonial que qualitatif. «Je ne conseillerais pas d’en acheter un uniquement pour des raisons financières, précise Justine Ducloz. Pour nous, c’est avant tout un lieu de vacances. La location permet d’équilibrer le budget, mais ce n’est pas le moteur de l’achat.» Isabelle Sarro abonde dans ce sens : «Je savais dès le départ que je ne récupérerais pas mon investissement.»

À mesure que le rêve de la maison de vacances se complique pour une partie des ménages, le mobil-home pourrait s’imposer comme une solution intermédiaire. Un compromis qui séduit un nombre croissant de Français. Et pour certains, l’histoire s’inscrit dans la durée : «Cela fait quinze ans que je vis ce projet. Et je ne m’en lasse pas», sourit Isabelle Sarro.



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