Avant les vacances, «les Français ne connaissaient que la maladie, le deuil ou le chômage»


CE QUE LES SCIENCES DISENT DE NOS VACANCES (4/5) –Réduire les vacances aux congés payés serait oublier qu’elles racontent une révolution bien plus profonde, toujours en cours. Le fruit d’un lent apprivoisement du temps libre, qui a bouleversé notre rapport au travail. Le sociologue Jean Viard décrypte pour Le Figaro l’évolution de ce curieux moment où l’on cherche ailleurs ce qui manque à notre quotidien, et ce que cette quête révèle.

1936. Des milliers de Français découvrent qu’ils disposent soudain de quinze jours où personne ne les attendra à l’usine ou aux champs. Une idée parfaitement farfelue, qu’il a fallu traduire. « Ils ont été nombreux à prendre peur face à ce nouveau temps, car ils ne connaissaient que la maladie, le deuil ou le chômage », décrypte Jean Viard, sociologue et expert des questions du temps libre et des territoires. « On parle alors de la semaine des sept dimanches, afin que les gens puissent l’appréhender et l’intégrer dans leurs catégories mentales… »

Pourtant, cette révolution ne surgit pas ex nihilo. Dès la fin du XIXe siècle, « les militaires ont créé les colonies de vacances pour fortifier de jeunes conscrits jugés trop chétifs. Les mouvements catholiques, eux, réclament quelques jours de repos afin que les jeunes partis travailler en ville puissent retourner au village présenter leur promise et s’y marier. Il faut remercier Dieu et les militaires ! L’armée, les curés… Chacun…



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