dans les coulisses de la «mission lunaire» de Nomade aventure


RÉCIT. C’est le seul tour-opérateur français à proposer un voyage structuré sur l’exploration spatiale et d’assister dans les meilleures conditions au lancement d’une fusée. Encore faut-il qu’elle décolle, tout le séjour en dépend. Le Figaro s’est embarqué dans l’aventure. Récit d’un insoutenable suspense.

Demandez-lui la lune, il vous décroche le voyage fou qui s’en approche au plus près : aller à Cap Canaveral, en Floride, pour assister au décollage de la mission Artemis 2, dans un voyage organisé au départ de Paris, en compagnie du cosmonaute Jean-Pierre Haigneré. «En 2019, j’ai lancé une gamme de voyages sur le thème de l’exploration spatiale. C’est une passion personnelle et cela n’existait pas. Est-ce que c’est pertinent chez Nomade aventure ? On peut penser que non parce que ce n’est pas du trek. Mais oui car l’aventure est entendue au sens large. Et l’espace reste à découvrir à la manière de Magellan», confie Fabrice del Taglia, directeur général de cette marque fondée en 1975 par Jack Bollet et devenue en 2004 une filiale du groupe Voyageurs du monde. L’exploration spatiale s’inscrit dans la catégorie des voyages d’exception. «Cette gamme cherche à démontrer que le recours du voyagiste est le seul moyen d’accéder à des expériences hors du commun, voire exclusives et historiques», souligne ce grand professionnel.

Vingt-sept clients se sont inscrits. Des Français, tous passionnés. On y trouve un pharmacien de profession qui est aussi compositeur de musique électro façon Jean-Michel Jarre et dont le groupe s’appelle «Astrovoyager», une ingénieure de l’ESA qui trouve là le meilleur moyen de voir le lancement depuis un endroit très difficile d’accès pour un particulier, un membre de la Société astronomique de France.. Parmi ces hommes, ces femmes, un tiers a déjà participé à un voyage sur l’exploration spatiale, et une majorité est à la retraite, les agendas flexibles comme jamais. Le groupe WhatsApp, «Back to the moon», s’emballe au gré des posts. L’icône est la même que celle de la Nasa. L’expérience immersive commence par ce symbole, ces mots qui d’emblée font prendre de la hauteur… Le départ est alors prévu le 4 février pour une première fenêtre de tir de la fusée programmé dans la nuit du 6 au 7 février.

Un teaser de la Nasa à faire pâlir Hollywood

Les voyageurs de Nomade Aventure sont partis à Kourou, en Guyane, pour assister au dernier décollage d’Ariane 5.
CNES/ESA/Arianespace/Optique


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«Traverser l’Atlantique pour trente secondes de lancement ?», demande-t-on ? «Le séjour est volontairement plus long, répond le voyagiste. On garde des jours libres pour l’adapter aux aléas, et puis des programmes de visites au Kennedy Space Center qui compte plusieurs musées, où se trouve la navette Atlantis, dans une mise en scène hollywoodienne. Et le compte à rebours fait partie de l’expérience». Les notifications s’intensifient à mesure que s’approche le jour J. L’événement est historique.

C’est le premier vol spatial habité depuis la fin des missions Apollo en 1972. Quatre astronautes, trois Américains et un Canadien doivent partir pour 10 jours autour de la Lune et retour. La Nasa fait monter la pression. Le 22 janvier, l’agence spatiale américaine met en ligne un teaser sur YouTube. Un clip d’une minute à faire pâlir Hollywood, challenger le programme Apollo dans sa dimension cinématographique, depuis Moonwalk One, sorti en 1972, jusqu’à Apollo 11, sorti en 2019 pour les cinquante ans de la mission de 1969 du premier pas sur la Lune ; un incroyable shot de frisson et d’adrénaline.

Le réel dépasse la fiction. À quatorze jours de la fenêtre de lancement, les quatre astronautes entrent en quarantaine. Sur la boucle WhatsApp se partagent des documents qui expliquent le pourquoi du comment. Jusqu’au «guide technique ultime» détaillant «la mission extraordinaire qui va avoir lieu prochainement». Tout porte à croire le commencement proche… Mais «Il y a une chance sur deux que cela soit annulé.», prévient Fabrice del Taglia à trois semaines du départ. «C’est une nouvelle fusée, poursuit-il. Elle est sortie de son hangar, amenée sur son pas de tir. Il va falloir à présent remplir ses réservoirs de carburant. Soit tout se passe bien, soit les ingénieurs de la Nasa et les sous-traitants détectent un problème…» Le dirigeant en sait quelque chose : en 2022, pour la première mission Artemis, la fusée sans astronaute, les deux premiers essais ont été avortés. À la troisième tentative, le voyagiste et son groupe n’étaient plus là. Il faut être joueur pour accepter le risque d’une telle frustration. Et recommencer. La réussite est un ressort extraordinaire.

Insoutenable espérance

Prochain volet de la «mission lunaire» de Nomade Aventure : Assister au lancement d’Artemis 2.
Photo presse

Le premier voyage, en 2019 en Russie, a donné l’énergie nécessaire. «Dans les pas de Gagarine», les voyageurs ont arpenté la Cité des Étoiles où vivent et s’entraînent les cosmonautes de Soyouz. «Cette base a été longtemps secrète et on a pu y pénétrer grâce à des relais sur place». L’astronaute Jean-Pierre Haigneré, véritable héros français pour avoir passé 209 jours (un record) en deux missions dans l’espace, en était un, lui qui a fait ses classes à la Cité des Étoiles et qui était le guide de ce voyage, comme il sera le nôtre. Après la pandémie de Covid et la guerre en Ukraine, le voyagiste a mis le cap sur les États-Unis, pour explorer les deux principaux centres de la Nasa en Floride, voir les capsules, fusées, pas de tir. Puis Nomade a poursuivi l’aventure en Guyane française, au centre spatial de Kourou, pour le dernier lancement d’Ariane 5… Le nouveau voyage lunaire fait partie d’une série. «Le prochain sera dans deux ans, au mieux…», se projette Fabrice del Taglia.

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Artemis 2 n’a pas décollé. Pas encore. Le 3 février, la Nasa a décalé la mission d’un mois. La répétition générale, appelée «wet dress rehearsal» (WDR) dans le jargon du spatial, se passait plutôt bien. Les échanges sur WhatsApp nous tenaient en haleine. Les ingénieurs avaient réussi le remplissage des réservoirs et leur vidange complète, et mené la chronologie à son terme. Certains commençaient à faire leur valise. D’autres avaient déjà leur carte d’embarquement. D’autres encore hésitaient à prendre le lendemain leur train pour Paris. Et puis, à deux jours du départ, le compte à rebours a été interrompu. «Fuite d’hydrogène liquide au niveau de l’interface du mât de service arrière», a justifié la Nasa.


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Les experts du groupe WhatsApp ont traduit. Mais pas question de renoncer ! «Ce report était relativement prévisible», relativise le voyagiste à la lecture des nombreuses fenêtres de tir possibles de la fusée qui s’étirent jusqu’au 30 avril, dernier jour des seize dates que la Nasa a annoncées. «Sans exclure qu’il y en ait d’autres !», s’exclame-t-il. Insoutenable espérance…

«Godspeed, Sophie !», «Bonne chance, bon voyage !»

Sophie Adenot est la deuxième Française à aller dans l’espace après Sophie Haigneré
PAU BARRENA/AFP

« Ce serait bien de prévoir de rester aux quatre ou cinq dates envisagées par la Nasa en mars. Qui peut reporter ?», interroge sans attendre Fabrice del Taglia. Tout est à revoir, les vols, les hébergements, les visites. Il se charge de tout, et limite le supplément à 600 euros soit un tiers de plus que le coût initial. Dans l’ascenseur émotionnel, presque tous les participants poursuivent l’aventure. Sauf quatre… Parce que ce décalage d’Artemis avance l’agenda de la mission Crew 12 de Sophie Adenot et qu’ils veulent saisir leur chance de la voir décoller ! C’est un coup de théâtre. Car par extraordinaire, la mission de l’ESA passe devant celle de la Nasa, la première focalisée sur l’observation de la Terre, la seconde visant la Lune.

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Vingt-cinq ans après Claudie Haigneré (que Jean-Pierre Haigneré a rencontrée à la Cité des Étoiles), la spationaute française salue cette pionnière qui l’a inspirée. Sophie Adenot doit s’envoler pour la Station spatiale internationale. L’agence Nomade Aventure accompagne aussi cette mission, avec un séjour baptisé «Godspeed, Sophie !», que l’on peut traduire par «Bonne chance, bon voyage !». Mais quand ? La fusée Falcon 9 l’a enfin emportée dans l’espace ce vendredi 13 février à 11h15 (heure de Paris, 5h15 heure locale) depuis le Central spatial Kennedy, le point météo tant redouté après plusieurs reports, mercredi puis jeudi, ayant confirmé ses chances de décollage… Trop tard pour certains dont la flexibilité a tout de même des limites. Même cette mission n’échappait pas aux lois de l’incertitude.

«Le spatial c’est compliqué», dit-on. Mais les passionnés ont des étoiles dans les yeux, vibrent à la perspective d’être là pour au moins l’un de ces moments historiques. L’excitation monte d’un cran. «Jusqu’à 45 secondes avant le décollage, la Nasa peut tout annuler», tempère encore Fabrice Del Taglia. Les billets des voyageurs ne sont pas remboursables. Une exception. «Le droit du tourisme est contraignant, toute modification substantielle permet au client d’annuler et le changement de date en est un. Il faut être très transparent au moment de l’inscription et avoir des équipes réactives.» Le compte à rebours est relancé. Sur WhatsApp, l’ingénieure de l’ESA ironise : «Les joies du suspense interminable des lancements».



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