effet Trump ou inflation ? Les (vraies) raisons du désamour des Français


DÉCRYPTAGE – Alors que plusieurs voyagistes observent un net recul des réservations, une étude de l’Ifop pointe l’effet du retour de Donald Trump sur l’image du pays. Mais entre climat politique tendu et flambée des prix, les raisons de la mise au ban des États-Unis sont peut-être plus complexes qu’il n’y paraît.

Sur le papier, tout devait sourire aux États-Unis en 2026. Année anniversaire avec les 250 ans du pays, célébrations autour de la mythique Route 66 et Coupe du monde de la FIFA 2026 organisée en partie sur leur sol : rarement la destination n’avait cumulé autant d’arguments pour séduire les voyageurs. Et pourtant, chez les voyagistes français, le constat est tout autre.

On le sait : les États-Unis font moins rêver qu’il y a encore deux ou trois ans. Les demandes ralentissent, les doutes s’accentuent et certains clients changent carrément de cap. Cette hésitation est encore documentée par une étude de l’Ifop réalisée ce 11 février auprès d’un peu plus d’un millier de Français, dont 46% se disent aujourd’hui moins enclins à voyager aux États-Unis depuis le retour de Donald Trump au pouvoir. Chez Voyageurs du Monde, le diagnostic est clair. «Depuis mars 2025, on observe une baisse d’environ 35 % des réservations européennes vers les États-Unis», explique son PDG Jean-François Rial. Une chute brutale pour une destination historiquement incontournable. «Et ces derniers mois, la tendance s’est encore accentuée», ajoute-t-il.


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Chez Kuoni France, les ventes reculent d’environ 20 % en 2026. «On sent un ralentissement, avec des clients qui hésitent davantage ou qui arbitrent autrement», observe Matthieu Mariotti, directeur du tour-operating. Chez Les Maisons du Voyage (Groupe Figaro), la baisse atteint près de 40 %. «La destination reste forte, mais clairement, elle est moins demandée», reconnaît Nadège Ruiz-Brousseau responsable de production.

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«La vie sur place est assez chère»

Pour les professionnels, la première explication tient en un mot et ce n’est pas Donald Trump : inflation. Depuis plusieurs années, les États-Unis connaissent une augmentation des prix marquée, qui se répercute directement sur les séjours. Hébergements, restauration, transports : tout est en hausse et parfois fortement. «Aujourd’hui, un simple plat de pâtes peut coûter 25 à 30 dollars dans certaines villes sans compter les tips», explique Matthieu Mariotti. Un symbole très concret de l’inflation américaine pour les voyageurs. «La vie sur place reste assez chère», résume Nadège Ruiz-Brousseau. Une réalité que confirment tous les acteurs du secteur. «Aujourd’hui, on trouve des motels entre 300 et 400 dollars la nuit dans certaines régions de l’Ouest», détaille Matthieu Mariotti.

Le modèle du road-trip américain, longtemps emblématique, vacille. Ces voyages de deux à trois semaines, avec voiture et étapes multiples, deviennent de plus en plus difficiles à financer pour une famille. «Le budget global peut rapidement devenir dissuasif», poursuit-il. Mais pour Jean-François Rial, cette explication reste incomplète. «Le pouvoir d’achat explique peut-être 30 % de la baisse», estime-t-il. «Il y a autre chose.»

L’ombre de Trump

Cet «autre chose», pour lui, porte un nom : Donald Trump. Depuis son retour au pouvoir en 2025, certaines prises de position et tensions diplomatiques semblent avoir laissé des traces. Surtout un en particulier… «La situation s’est nettement aggravée au moment de l’épisode du Groenland . Là, on est plutôt passés à des niveaux proches de –70 à –75 % de ventes» selon le dirigeant de Voyageurs du Monde. Son analyse est sans détour : le facteur politique est devenu central. Il évoque un climat général de tensions et de déclarations répétées à l’égard des Européens. «Les clients réagissent à ce qu’ils perçoivent. Ils ont le sentiment d’un discours plus agressif vis-à-vis de l’Europe.» Même constat du côté de Matthieu Mariotti : «Le Groenland, ça a été un peu le “fait de trop”.»

Certains voyagistes nuancent malgré tout ce constat. «Je pense que le prix reste le facteur principal», tempère Matthieu Mariotti. «Mais certaines déclarations ou tensions peuvent créer un effet ponctuel, une forme de malaise.» Même analyse du côté des Maisons du Voyage. «C’est un mix», insiste Nadège Ruiz-Brousseau. «La politique, le coût du voyage, mais aussi parfois des inquiétudes sur l’accueil ou les formalités.»


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Face à ces freins, les voyageurs français ne renoncent pas au long-courrier. Ils changent de destination. Et dans ce mouvement, un pays tire clairement son épingle du jeu : le Canada. «Le Canada fonctionne très bien, avec une hausse d’environ 35 % des ventes», indique Matthieu Mariotti. Un report direct des clients qui envisageaient initialement les États-Unis. Le pays offre en effet une alternative crédible : grands espaces, parcs naturels, road-trips, mais avec une image perçue comme plus stable et plus apaisée. «C’est un choix rassurant pour beaucoup de clients», explique Nadège Ruiz-Brousseau.

New York, l’exception qui confirme la règle

Dans ce contexte, toutes les destinations américaines ne sont pas logées à la même enseigne. New York résiste. Selon New York City Tourism + Conventions, la ville devrait accueillir environ 766.000 visiteurs français en 2026. Une stabilité, voire une légère progression, à contre-courant du reste du pays.

Elle s’explique d’abord par le format : des séjours plus courts, donc moins coûteux. Ensuite, l’image. New York est souvent perçue comme différente du reste des États-Unis, plus cosmopolite, plus proche des standards européens. Certains professionnels évoquent aussi un facteur politique local. Le maire de la ville, Zohran Mamdani, adopte une ligne distincte de celle de Donald Trump, ce qui peut contribuer à maintenir une image plus ouverte et rassurante de la destination. « Les clients font la différence entre New York et le reste du pays », résume Matthieu Mariotti.

Malgré ces signaux de ralentissement, les États-Unis restent une destination majeure. Selon Brand USA, près de 1,59 million de Français s’y sont rendus en 2025. Pour les professionnels, la question est désormais de savoir si cette baisse s’inscrit dans la durée. « Le tourisme est très cyclique », rappelle Matthieu Mariotti. « Dès que les prix se stabilisent, la demande repart. » Jean-François Rial, lui, reste plus prudent. « Tant que le contexte ne change pas, la tendance peut continuer. » Reste à savoir quand les Français décideront à nouveau de s’y projeter.

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