les incivilités de certains skieurs de randonnée exaspèrent les stations


Au cœur des Pyrénées, la cohabitation entre skieurs alpins et adeptes du ski de randonnée devient de plus en plus tendue. À la Pierre Saint-Martin, une autre forme de turbulence agite les pistes : celle provoquée par des randonneurs qui empruntent les pistes damées, au mépris des règles de sécurité. Face à l’essor fulgurant de la discipline, stations et autorités cherchent encore la bonne réponse.

Les nuages filent à vive allure au-dessus du mythique Pic d’Anie, qui culmine à plus de 2 500 mètres dans les Pyrénées béarnaises. La tempête Pedro balaie les paquets de neige fraîchement tombés sur les pistes de la station familiale de La Pierre Saint-Martin. Avec un vent constant autour de 80 km/h et des rafales atteignant 120 km/h, Grégory Chambry, jeune pisteur secouriste que nous accompagnons ce mercredi matin, s’active à redresser les piquets qui ploient sous les bourrasques sur la piste de l’Arlas, lorsqu’il aperçoit un skieur de randonnée remontant le long de la piste.

Il se porte aussitôt à sa rencontre pour lui rappeler que la pratique du «ski de rando» est interdite sur l’ensemble du domaine skiable, comme dans la majorité des stations. En cas de collision avec un skieur en descente, il pourrait être tenu pour responsable, même s’il n’est pas à l’origine du choc. La réponse ne tarde pas.


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Étonnement sincère

Entre étonnement sincère et mauvaise foi assumée, le randonneur explique en substance que le ski de randonnée est à la mode et qu’il ne voit pas où est le problème à évoluer le long des pistes. Ces pratiquants préfèrent rester sur le domaine car ils s’y sentent plus en sécurité. Ils ne partent pas sur des itinéraires de montagne plus engagés, où il faut connaître la neige et accepter une part de risque. Son cas est loin d’être isolé.

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Quelques minutes plus tôt, sur le front de neige, en compagnie de Jean-François Motes, directeur de la station, ce sont quatre autres skieurs de randonnée qui manquent de nous bousculer. Interpellés, ils sont priés de quitter les lieux. « Ils n’ont rien à faire au milieu des autres skieurs. La plupart le savent, mais certains jouent sur l’ignorance ou sur le fait qu’ils arrivent d’Espagne, où la pratique est très populaire. »

220 à 250 000 pratiquants

Longtemps réservé à une élite de passionnés, le ski de randonnée a connu un véritable essor pendant la crise sanitaire, lorsque les remontées mécaniques étaient fermées. Pour y pallier, de nombreuses stations ont aménagé des itinéraires dédiés. C’est le cas à La Pierre Saint-Martin, avec un parcours qui part de l’espace découverte et rejoint le Boulevard des Pyrénées, la plus longue piste du massif avec 5 kilomètres de descente.

Selon la Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade, la France compte désormais entre 220 000 et 250 000 pratiquants réguliers. Le ski de randonnée n’est plus une niche confidentielle. Mais ce qui semblait être une bonne idée sur le papier montre aujourd’hui ses limites. « Notre itinéraire actuel ne peut pas être accessible toute la saison. Certaines portions manquent parfois de neige, même si ce n’est pas le cas cette année. Beaucoup de pratiquants préfèrent donc longer les pistes damées : la montée y est plus facile que de tracer dans la poudreuse, constate Jean-François Motes. D’autres utilisent le ski de randonnée pour faire du cardio et monter le plus vite possible, sans parler de ceux qui traversent les pistes en diagonale, le risque de collision est permanent. » L’arrivée du ski-alpinisme aux Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina et les médailles françaises pourraient encore amplifier le phénomène.

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Quête d’espaces sécurisés

Reste la question de l’autorité. Qui doit faire respecter l’interdiction ? La direction de la station et la gendarmerie se renvoient la responsabilité. Le directeur des pistes ne peut pas verbaliser. La gendarmerie, quant à elle, rappelle que sa mission est avant tout judiciaire, constater les infractions à la loi pénale : vols de skisusage de stupéfiants sur les pistes et mener des enquêtes après des collisions. Si les randonneurs doivent faire preuve de civisme et rester hors du périmètre du domaine skiable, les stations devront elles aussi s’adapter à cette nouvelle population, en quête d’espaces sécurisés, même si le risque zéro n’existe pas en montagne.


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Depuis plusieurs années, des discussions sont engagées dans le cadre du programme européen ’Poctefa’, qui vise à promouvoir le développement durable des territoires frontaliers entre la France, l’Espagne et l’Andorre. Jean-François Motes a peut-être la solution. «J’aimerais créer une piste de randonnée passant côté espagnol, au niveau du col de la Pierre Saint-Martin, pour rejoindre le sommet du téléski des Contrebandiers. Les skieurs de randonnée l’emprunteraient à la montée, les raquettistes à la descente.»

Une initiative qui pourrait offrir un nouveau terrain de jeu aux randonneurs. Reste à convaincre les défenseurs de l’environnement, qui pourraient voir d’un autre œil cet aménagement supplémentaire en altitude.



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