plongée dans les quartiers secrets de la Sérénissime
La cité des Doges ne se limite pas à la place Saint-Marc ou au Lido, surtout quand la 82e Mostra de Venise capte l’attention du monde entier. Derrière les ors de la lagune, ses quartiers plus intimes et populaires offrent un visage authentique, loin de l’effervescence des tapis rouges.
Pour explorer Venise, osez tourner le dos à Saint-Marc ! Car la cité des Doges compte d’autres quartiers plus authentiques et vraiment attachants, pour autant de découvertes étonnantes et relativement loin de l’agitation touristique.
Avec 30 millions de visiteurs par an, dont le séjour n’excède pas trois jours en moyenne, la Sérénissime est en surchauffe dans son quartier phare de San Marco, qui concentre ses monuments mythiques. Mais on peut aussi découvrir ses quartiers les moins touristiques, ceux-là même où vivent ses 50.000 derniers habitants. Et avec un plaisir égal de visiter pléthore de palais, d’églises et de monuments méconnus, qui célèbrent la riche et glorieuse histoire de cette sublime cité millénaire.
Castello, entre arsenal et Biennale
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Le plus grand quartier de Venise forme une vaste péninsule à l’est de la ville. Si Castello demeure le moins touristique des six sestieri de la Sérénissime, c’est certainement parce qu’il demeure le plus populaire. Au détour des ruelles et canaux, une odeur de soupe sur le feu, du linge aux fenêtres, ou ces cris d’enfants jouant au foot à la sortie de l’école sur le campo Santi Giovanni e Paolo. Un match au sommet, où le ballon tape dans les niches de la prestigieuse basilique éponyme, où sont enterrés plusieurs Doges.
Autre temps fort, la basilique San Pietro di Castello fut la toute première cathédrale de Venise, avant son déclassement par San Marco. À deux pas du mythique arsenal, ancien chantier naval historique, point d’orgue de la puissance maritime de la Sérénissime. Aujourd’hui aux mains de la marine italienne, le site se visite partiellement avec le Museo Storico Navale, ou lors du Salon Nautique (le prochain sera en mai 2026), d’événements ponctuels autour du carnaval et de la Biennale di Venezia. De renommée internationale, cette exposition culturelle se déroule en partie dans les Giardini della Biennale, grand parc en bord de lagune, le coin le plus vert de la ville.
Cannaregio, cœur du ghetto juif et de la «passeggiata»
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Longé par le Grand Canal qui essaime sa charge touristique, Cannaregio s’étend jusqu’au nord de la ville, plus tranquille et populaire. Ce vaste quartier est sillonné par plusieurs longs canaux parallèles, enjambés de petits ponts pittoresques et bordés de maisons colorées. La belle carte postale !
Certains alignent des bacari, ces petits bars typiques où les habitants sirotent leur spritz en terrasse sur le quai, dégustant des tapas vénitiennes appelées cicchetti. Bref, une atmosphère vivante et fraternelle, propice à une belle immersion. Mais Cannaregio recèle aussi l’église Madonna dell’Orto, l’une des plus élégantes de Venise, réputée pour ses peintures du Tintoret. Alors qu’au fil du Grand Canal, le palais Ca’d’Oro, éblouit par sa sublime architecture gothico-Renaissance. L’autre intérêt majeur du quartier, c’est son Ghetto juif l’un des plus anciens d’Europe, parsemé de plusieurs synagogues et d’un intéressant musée sur l’histoire et la culture juive à Venise.
Giudecca, île avec vue
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Située de l’autre côté du canal de la Giudecca, au sud de la ville, cette île tranquille, longue et cambrée, offre une vue splendide sur la place Saint-Marc ; à savourer à la terrasse des bars et restaurants établis sur la berge. Giudecca est un ancien quartier industriel et ouvrier, à l’image du Molino Stucky, mastodonte en brique qui produisait naguère farines et pâtes, avant sa reconversion en hôtel. L’île conserve donc un caractère populaire, nourri des rires de gamins qui égaillent le vaporetto à l’heure de l’école.
Elle dévoile un pittoresque chantier naval pour gondoles et petits bateaux lagunaires. Sans compter les ateliers d’art et d’artisanat, comme Fortuny, spécialisé dans les luxueux tissus imprimés. Et toujours sur le quai, bordée d’un délicieux jardin paysager, voici la basilique del Redentore, édifiée sur les plans du « starchitecte » Palladio, regorgeant de reliquaires et de tableaux précieux.
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Se perdre à Santa Croce
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Dans ce petit sestiere central au charme paisible et discret, on aime flâner dans les ruelles étroites, papillonner au bord d’un canal à peine troublé par l’onde des bateaux rejoignant la cohue bouillonnante du Grand Canal, se poster sur une placette où la vie des Vénitiens s’écoule gentiment… Et puis, au détour d’une venelle surgit le palais Mocenigo, musée superbement meublé et dédié aux tissus, costumes et parfums vénitiens. Tout proche de l’église San Stae, joyau du Baroque face au Grand Canal.
Baroque toujours, le palais Ca’Pesaro affiche l’une des plus iconiques façades du genre à Venise et renferme de riches collections d’arts moderne et asiatique. Alors que le Museo di Storia Naturale et ses salles pittoresques consacrées aux explorateurs vénitiens, a trouvé refuge dans le somptueux palais Fontego dei Turchi qui servit d’entrepôt aux marchands ottomans de la ville.
Dorsoduro, élégant et bohème
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Au sud de Venise, relié à San Marco par le pont de l’Académie, Dorsoduro est une longue péninsule effilée, qui s’achève à la sortie du Grand Canal par la Punta della Dogana, cet immense musée de la Collection Pinault qui donne le ton de l’offre culturelle pléthorique du quartier. Si les immenses Gallerie dell’Accademia livrent le plus riche florilège de peintres vénitiens au monde, le curieux palais inachevé de la Peggy Guggenheim Collection est un sublime écrin pour les grands maîtres de l’Art moderne. À deux pas, l’iconique et monumentale basilique Santa Maria della repose sur un million de pieux !
Autre rendez-vous d’anthologie, le palais Ca’Rezzonico offre un flirt avec monde fastueux de la noblesse vénitienne. Un raffinement qui colle à l’image générale du quartier. Avec aussi ce laisser-aller bohème, nourri par les galeries d’art et les étudiants de l’université Ca’Foscari, qui se retrouvent pour l’aperitivo sur le campo Santa Margherita ou le quai de Zaterre, orienté plein sud et lieu privilégié de la passeggiata.
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