voyage à bord du dernier Nightjet


RÉCIT – Inauguré à la fin du XIXe siècle, première ligne internationale desservie par l’Orient Express, relancé en 2021, le Paris-Vienne s’interrompt ce soir. Nous étions à bord, quelques jours plus tôt.

Le Nightjet n’est pas un beau train. Rien à voir avec le Venise Simplon Orient Express dont il est le lointain descendant. Sur le quai de la gare de l’Est, à Paris, où patientent ces longues voitures, dont on ne distingue pas vraiment la couleur sous une pellicule de noirceur, le train n’a pas très fière allure. Les passagers font la queue. Beaucoup de jeunes que des sacs à dos surchargés dépassent de trois têtes. Quelques femmes âgées et seules, un petit groupe de Chinois bruyants, poussant à bout de bras d’énormes valises colorées, un homme avec un chien et deux-trois familles, dont les enfants surexcités font n’importe quoi…

Les voitures sont étrangement numérotées. La nôtre est la n°414. Avec un tel chiffre, on s’imagine un train qui n’en finit pas… Le personnel en uniforme réserve un accueil souriant et nous guide jusqu’à notre place, la n°42. En fait, un compartiment de trois sièges, mais privatisé pour une seule personne. Heureusement d’ailleurs, car avec deux autres compagnons de voyage nous aurions été très à l’étroit. La cabine d’environ 1m2, peut-être deux, se compose de trois fauteuils, posés côte à côte et d’une table. L’ensemble fait face à une porte bombée, qui ouvre sur un W.-C. privatif et une douche (filet d’eau ridiculement faible rendant impossible son utilisation).

C’est officiel : les trains de nuit Paris-Vienne et Paris-Berlin seront supprimés en fin d’année

Cabine solo ou à deux.
NJ


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Coût du compartiment : 609 € l’aller ! Il faudra payer la même somme pour le voyage retour. À ce prix-là, impossible d’être écolo sans être bobo… Sauf à accepter de voyager assis ou de partager sa cabine avec d’autres personnes, jusqu’à six, mais sans le même confort que la single. Et ceci durant plus de 10 heures (à partir de 29,90 €)!

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MittelEuropa

À l’intérieur du train pas d’annonces. Le convoi s’ébranle à l’heure dite. Quand on en redescendra, nous serons en Autriche. Le parcours fait rêver : Strasbourg, Munich, Salzbourg, Linz et Vienne… C’est le même qu’empruntait au début du XXe siècle la fine fleur de la Mitteleuropa. Le paysage qui défile est celui qu’ont vu Gustav Klimt, Stefan Zweig, Sigmund Freud ou Marie Bonaparte. Une époque où les voyages servaient la grande cause du cosmopolitisme culturel. Les passagers emportant dans leurs bagages, non pas des tongs ou des tapis de sol, mais le génie créatif d’un âge d’or. On s’en est un peu éloigné aujourd’hui…

Ce train présente toutefois quelques avantages. Celui de traverser des villes, sur l’axe est, ce dont nous a déshabitués le TGV, dont le tracé évite les centres urbains. Le train redevient celui d’une France et d’une Europe pittoresque. Meaux et sa grosse église joufflue, semblent à portée de rails. Les vignobles de la Champagne défilent paisiblement devant nous. Des petites gares oubliées par les lignes à grande vitesse, prennent le temps de nous voir passer. Au petit matin, longer Salzbourg dont la forteresse se découpe dans l’aube, reste un moment inoubliable. Inutile d’emporter sa tablette, la fenêtre du compartiment devient l’écran sur lequel l’Europe des paysages se déploie, magnifique et romantique.

À la tombée du jour, on vient nous faire remplir une fiche pour le petit déjeuner et proposer une petite collation. Rien de fou. Mais l’attention est là. La seule dans un train conçu égoïstement. Pas de voiture-restaurant. Aucun espace de convivialité (comme on dit à la SNCF), seulement des wagons avec des compartiments. On ne voit personne, exception faite du chef de bord.

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Roulis

Il existe d’autres cabines à quatre ou six passagers.
NJ

Vers 22 heures, on transforme nos cabines en chambre à coucher. Comme je suis seul, je choisis la couchette la plus haute, espérant ainsi conserver les trois sièges du bas. Grosse erreur. Sitôt perché, je ressens le roulis intensément. Et si par une brusquerie ferroviaire, un arrêt intempestif en pleine voie, je me retrouvais éjecté ! La perspective de finir par terre m’empêchant de dormir, je rappelle mon homme de service (un Allemand) pour finalement, penaud, lui demander «s’il aurait la gentillesse de me préparer – in fine – la couchette du bas ». Je sens bien dans son regard qu’il se dit : « Celui-là, c’est un Français qui va m’embêter toute la nuit »…


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Deux boules Quiès enfoncées – à m’en percer le tympan au fond de mes oreilles et je cherche entre deux secousses le sommeil. L’ai-je trouvé ? L’avantage du train de nuit est qu’on ne sait jamais si on s’est endormi, où si on a passé tout son voyage à croire qu’on l’avait fait ! Partis à 19h de Paris, nous arrivons le lendemain matin à 10h13 en gare de Vienne. Réveillés deux heures plus tôt avec petit déjeuner, servi en cabine, nous sommes fin prêts au moment où s’immobilise la voiture 414 sur le quai de Wien Hauptbahnhof, la gare centrale.

On retrouve les passagers qu’on a croisés à Paris, un peu moins fringant. Personne ne se regarde, ne se parle, ne se sourit. Autant la ville de Vienne est une splendeur, mais sa gare centrale une horreur. Une architecture glacée très récente. Tout ce qu’on n’a pas envie de voir quand on arrive à Vienne. On se croirait dans un centre commercial, aménagé à la va-vite dans un hangar… Ainsi prend fin dans ce lieu chaotique le Paris Vienne, que des technocrates avides de résultats financiers, vont supprimer. Le « Requiem pour un Empire défunt », chef-d’œuvre de François Fetjö, qui raconte à travers la dispersion de l’empire austro-hongrois, le suicide de l’Europe, semble faire écho à la fin de cette ligne mythique. Inaugurée en 1883, sa disparition programmée est aussi celle d’une certaine idée du voyage… À méditer !

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Pratique

Ceux qui veulent se rendre en train de nuit à Vienne après le 14 décembre peuvent continuer à le faire mais au départ de Bruxelles. Voici une proposition de séjour tout inclus : aller/retour sur le train de nuit European Sleeper en compartiment lit double (privé). Deux nuits au Mandarin Oriental Vienna (nouveauté) en Superior Room avec petits déjeuners inclus et visite exclusive du Gartenpalais Liechtenstein avec un guide francophone spécialisé et transfert depuis l’hôtel (3 heures en tout).

Avec Eluxtravel. Tarif à partir de 2300 € par personne, sur une base chambre double en B&B. Infos : au 01 45 04 21 21.



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