À New York, le très luxueux renouveau de la 5e Avenue


Les nouveaux quartiers de New York l’avaient supplantée. Tirée par l’industrie du luxe, la 5e Avenue revient sur le devant de la scène.

Il connaît tous les secrets de la 5e Avenue : les bars avec vue, les lieux fréquentés par les célébrités, les bonnes tables, les stylistes des magasins de mode… Âgé de 61 ans, Frederick Bigler est le chef concierge du Peninsula de New York, un hôtel haut de gamme, idéalement situé au coin de la 55e Rue et de la plus prestigieuse des artères de Manhattan. Treize ans qu’il distille ses conseils, toujours tiré à quatre épingles, aux clients de l’établissement. Il a fait toute sa carrière dans le même petit périmètre. Il a débuté en 1985 à l’Olympic Tower, distante de trois blocs, avant de passer par le St. Regis, qui fait face au Peninsula, et le New York Palace.

Cet auteur de pièces de théâtre à ses heures perdues aime raconter l’histoire de l’avenue la plus chère du monde à ses interlocuteurs. « Ça a commencé à partir de 1870, lors de ce qu’on appelle le Gilded Age, explique-t-il en sirotant un café glacé. De riches familles comme les Astor, les Carnegie, ou encore Henry Frick ont bâti des manoirs le long de la 5e Avenue. Dans la foulée, le quartier du shopping s’est développé à la fin du XIXe siècle avec l’arrivée des magasins Bergdorf Goodman et Tiffany. »

« The Gilded Age », l’âge d’or, c’est le titre de la série télévisée de la chaîne HBO, une sorte de « Downtown Abbey » à l’américaine. Elle a popularisé cette période qui a fait suite à la guerre de Sécession, achevée en 1865. La naissance de la 5e Avenue remonte toutefois à 1824. Son pavement débute au bas de la ville, au niveau de Washington Square et de la 13e Rue. Il n’est achevé qu’en 1870. Grâce à cette colonne vertébrale de dix kilomètres, l’expansion économique de Manhattan commence. Au fil des décennies, la 5e Avenue va devenir un marqueur de la vie collective des Américains. Au retour de sa traversée de l’Atlantique en juin 1927, l’aviateur Lindbergh y est acclamé par plusieurs millions de personnes.

En 1945, des bataillons de GI’s y défilent en rangs serrés pour célébrer la victoire sur le Japon et la fin de la guerre. Le 2 mars 1962, c’est au tour de l’astronaute John Glenn d’y être fêté par une foule en délire. Dans un registre moins rose, le public américain a suivi le 3 avril l’arrivée tonitruante de Donald Trump dans la Trump Tower avant qu’il ne soit inculpé le lendemain par le procureur de New York. Toutes les chaînes de télévision étaient présentes, derrière des barrières ou à bord d’hélicoptères, pour apercevoir l’ex-président.

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La 5e Avenue et la mode

Le très chic magasin Bergdorf Goodman où les plus grandes marques de luxe y exposent des créations exclusives. Bergdorf Goodman / Photo presse

Au-delà de ces moments d’histoire, l’avenue devient rapidement ce qu’elle est encore aujourd’hui : un haut lieu du shopping. Les enseignes américaines et internationales affluent, appâtées par un marché en plein essor. Les nombreux New-Yorkais qui y travaillent (5 % des emplois la ville !) sont les premiers à en profiter. Les touristes sont également de plus en plus nombreux.

En 2019, avant l’arrivée du Covid, 67 millions de personnes visitent Big Apple. Et la plupart déambulent, à un moment ou à un autre, sur la 5e Avenue. Magasins toujours plus grands et spectaculaires, joyaux architecturaux, églises, musées… Il y en a pour tous les goûts. Et toutes les bourses. Mais c’est aussi ce que l’on ne voit pas qui suscite la curiosité. Ces lieux discrets, clubs, bars ou espaces privés dans les magasins, fréquentés par les New-Yorkais fortunés, les hommes politiques ou par les stars. Ils sont souvent implantés à deux pas des chemins empruntés par les promeneurs.

Exemple avec le très chic magasin Bergdorf Goodman. Roland Madrazo, un représentant de l’enseigne, nous guide dans ses étages très intimistes, où de nombreux salons privés permettent aux clientes de faire leurs essais discrètement. Les plus grandes marques de luxe y exposent des créations exclusives, comme la printanière collection Vichy de Prada. Nous rencontrons le jeune créateur Andrew Kwon, venu en personne présenter ses robes de soirée et de mariage, dont les prix s’échelonnent entre 3000 et 8000 dollars. Pas de personnalité connue à l’horizon, mais, la veille, Hillary Clinton est venue se faire coiffer pendant que le président du Ghana se livrait à une séance de shopping. La chanteuse Mariah Carey bénéficie d’un traitement de faveur : le magasin reste ouvert une heure de plus, rien que pour elle…

«La 5e Avenue est au début d’un renouveau»

Les rénovations et les ouvertures se succèdent à une cadence accélérée : le très attendu magasin Tiffany le 28 avril. Tiffany & Co.

La crise du Covid a durement frappé New York et la 5e Avenue, entraînant la disparition de nombreux petits commerces. Aujourd’hui, les touristes reviennent (56 millions de visiteurs en 2022). Et l’activité a vivement redémarré. « La 5e Avenue est au début d’un renouveau », assure Anish Melwani, président de LVMH États-Unis. Comme sur les Champs-Élysées en France, le secteur du luxe, dopé par ses résultats économiques exceptionnels, est à la manœuvre. « On sent une très nette montée en gamme », confirme Eric Le Goff, associé chez Retail by Mona, spécialiste de l’immobilier commercial.

Les rénovations et les ouvertures se succèdent à une cadence accélérée : le manoir de Cartier (une bâtisse de 1905 impeccablement restaurée) en août 2022, l’hôtel Aman et ses 83 suites situées dans les étages du Crown Building à partir de cet été-là, et des chambres plus accessibles que les suites en mars dernier ; le très attendu magasin Tiffany le 28 avril. L’horloger Tag Heuer suivra avec une nouvelle boutique en juin, imité par Swarovski à la fin de l’année. Enfin, une nouvelle Rolex Tower de 28 étages verra le jour à la fin de 2025. Tous profitent de la baisse des prix des loyers (- 20 % par rapport à 2019 selon la société immobilière Cushman et Wakefield). Problème : souvent encombrée, l’avenue étouffe. Un lifting s’impose. Moins de couloirs de voitures, des trottoirs plus grands plantés d’arbres pour accueillir des terrasses de café et de restaurants, c’est le projet de la Fifth Avenue Association, créée dès 1917. Elle regroupe les principaux propriétaires fonciers de la 46e à la 61e Rue. La mairie de New York a validé l’idée. Si elle est vraiment mise en œuvre, la 5e Avenue retrouvera sa configuration de 1909, avant le boom de l’automobile. Le futur, c’est parfois le passé.

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Le musée du bicentenaire

Dans la longue liste des musées de la 5e Avenue, il en manquait un, celui de… la 5e Avenue. François-Olivier Luiggi, directeur général français de l’hôtel The Pierre, établissement de luxe situé face à l’entrée sud-est de Central Park, a eu l’idée de combler ce vide. Il doit ouvrir le 24 avril. « Mon idée est de célébrer ainsi les 200 ans de l’avenue en 2024, explique le dirigeant. Je veux aussi précéder le grand gala du 1er mai au Metropolitan Museum avec Anna Wintour et le magazine Vogue. Tout le monde vient y parader avec les plus beaux habits. » Que verra-t-on ? « De très belles photos et de nombreux souvenirs, par exemple des plans détaillés destinés aux premiers visiteurs du parc en 1860. Nous avons même le livre du centenaire de la 5e Avenue. » Le musée est situé au pied des escaliers de l’hôtel, l’entrée est gratuite.


Carnet de route

Y ALLER

Avec l’arrivée de l’américaine JetBlue, premier vol le 29 juin 2023, sept compagnies aériennes desserviront désormais en direct New York en classe économique et sans escale.

SÉJOURNER

The Peninsula New York

The Peninsula est l’un des hôtels les plus courus de Manhattan, tant pour la qualité de son service que pour sa situation géographique. Photo presse

Une institution au confort et au service impeccables. La clientèle est ultra fidèle même si la décoration date un peu. Le must : la grande piscine située au 22e étage. Au sommet de l’immeuble également, un bar doté d’une grande terrasse extérieure. La vue sur Manhattan est sublime. À partir de 900 €.

The Peninsula New York, 700 5th Ave, New York, NY. Tél. : +1 212 956 2888.

Aman

Sept ans de travaux et un budget fou de 1,4 milliard de dollars ont transformé d’anciens bureaux en 83 élégantes suites et 22 résidences privées. Éric Martin pour Le Figaro Voyage

Une adresse d’exception, le dernier-né des palaces de New York juste en face de Tiffany et de la Trump Tower. Les 83 suites sont toutes équipées d’une cheminée décorative. L’accueil et les deux restaurants (dont le Nama, un japonais gastronomique de haut vol) sont situés au 14e étage. Très belle piscine de 20 mètres. Au sous-sol, le Jazz Club affiche complet tous les jours. Le prix est lui aussi exceptionnel : à partir de 1784 € la nuit dans les toutes nouvelles chambres, petit déjeuner inclus.

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Aman New York, The Crown Building, 730 5th Ave, New York, NY 10019, États-Unis. Tél. +1 212 970 26 26.

Andaz 5th Avenue

Cet hôtel au design minimaliste est idéalement placé face à la National Library. Rare à New York : les 187 chambres (photo) dont 59 suites sont grandes et très hautes de plafond. Le restaurant et le bar sont installés au sous-sol, en mode « speak easy ». Super cocktails et concerts de jazz le vendredi soir. À partir de 600 € la chambre double, petit déjeuner inclus.

Andaz 5th Avenue – a Concept by Hyatt, 485 5th Avenue at East 41st Street, New York, NY 10017, États-Unis. Tél. : +1 212 601 1234.

UNE BONNE TABLE

The Polo Bar

Ralph Lauren a fermé son magasin de la 5e Avenue, mais a gardé son restaurant, le Polo Bar. La carte est composée de grands classiques bien exécutés : huîtres, salade césar, bar grillé et viandes (dont le célèbre Ralph’s corned beef sandwich). Obtenir une table, c’est la garantie de côtoyer la jet-set new yorkaise. Compter 90 €. Le soir à partir de 17 heures, du mardi au samedi.

The Polo Bar, 1 east 55th Street. Tél. : +1 212 207 8562. ;

À VOIR, À FAIRE

One Vanderbilt culmine (flèche comprise) à 427 mètres de haut, ce qui en fait le quatrième plus haut building de New York. Eric Martin pour Le Figaro Magazine

La Frick Collection. En raison de la rénovation de l’hôtel particulier, les œuvres sont exposées pour la première fois dans un autre bâtiment, le Frick Madison. Une mise en valeur qui vaut le détour. Du jeudi au dimanche, de 10 heures à 18 heures. Entrée : 20 €.
945 Madison Avenue at 75 Street. Frick.org/madison

One Vanderbilt Summit. À côté de la mythique gare Grand Central, un point de vue extraordinaire et vertigineux sur New York, à 335 mètres de hauteur. Entrée : à partir 38 €. 45 east 42nd Street.

SE RENSEIGNER

New York City Tourism + Conventions. Nyctourism.com



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