Au Japon, le changement climatique rend la floraison des cerisiers complexe à prédire
Le sakura donne du fil à retordre à la science : sa floraison reste mal comprise et le changement climatique la rend plus ardue à prévoir. Météorologistes et botanistes cherchent de nouvelles façons de pronostiquer plus précisément la bien-aimée saison des cerisiers en fleurs.
En cette fin janvier, les pruniers de Tokyo arborent leurs ramures constellées de suaves fleurettes. Et pourtant, celles des cerisiers leur font de l’ombre, montrant déjà leur minois, ça et là, sur le packaging de l’industrie agro-alimentaire. Un clin d’œil aux premières estimations de l’agence météorologique japonaise (JMC) qui vient de mettre à jour sa traditionnelle prévision de l’éclosion printanière : les premières fleurs devraient apparaître cette année le 22 mars à Tokyo et le spectacle durer une semaine à peine. L’éphémère vague pastel court du sud vers le nord du pays sur près d’un mois – l’archipel s’étendant en latitude – avant de s’évanouir.
D’autres phénomènes botaniques, comme le rougeoiement des érables, font l’objet de similaires prédictions, mais les sakuras, et en particulier les somei yoshino, variété reine de l’archipel, sont surveillés comme le lait sur le feu. «Hanami – la contemplation des fleurs – est une tradition très importante pour le Japon et parce qu’elle coïncide avec la fin et le début de l’année fiscale et scolaire, elle est un symbole de nouveaux départs et d’adieux, souligne Hiroki Ito, spécialiste de la prévision de la floraison des cerisiers à l’agence. Nous devons disposer de prévisions précises pour ne pas manquer ce moment éphémère et planifier les rassemblements sous les arbres entre amis, familles, collègues…»
Ressource touristique majeure
Les enjeux sont d’importance. «Sur le plan économique, les sakuras constituent une ressource touristique majeure, les voyageurs ont besoin de planifier leurs voyage et le secteur de gérer la saison la plus chargée de l’année», poursuit-il. Célébrée, leur fugace beauté est toutefois devenue le marqueur d’un phénomène bien moins enthousiasmant : celui du changement climatique.
«Cette saison, les températures de février à mars devraient être supérieures à la moyenne et la croissance des bourgeons plus rapide, indique Hiroki Ito. Nous prévoyons donc une floraison plus précoce que l’an dernier qui avait eu lieu le 24 mars». Une tendance que les spécialistes observent depuis près d’un demi-siècle. «La date avance en moyenne d’1,2 jours tous les dix ans», précise-t-on à l’agence nationale de météorologie (JWA) et les floraisons précoces se sont multipliées cette dernière décennie, «en particulier à Hokkaido et dans le Tohoku, au nord du Japon», observe de son côté Daichi Tokuno, responsable des prévisions à la Japan Weather Association (JWA).
Aléas climatiques
Aussi, les prévisions continueront d’être affinées jusqu’à la fin du mois d’avril, date à laquelle les cerisiers septentrionaux s’épanouissent. La JMC prévoit de publier quinze mises à jour cette année, les aléas climatiques qui se multiplient pouvant soudainement bouleverser le calendrier.
«La saison 2024 a été particulièrement difficile à prévoir. Une vague de froid à la mi-mars, juste avant la floraison attendue, a retardé le processus», se souvient Hiroki Ito. Or, le sakura y est particulièrement sensible, soulignent les botanistes. «Le bourgeon a besoin à la fois d’une exposition prolongée au froid pour sortir de sa dormance – période à laquelle se forme le bouton – et d’une période de chaleur pour favoriser sa croissance, ce qui explique que sa floraison est difficile à prévoir», explique Akiko Satake, chercheure à la faculté des sciences de l’université de Kyushu.
Les cerisiers actuels condamnés au sud ?
Si le rythme biologique du cerisier reste mal compris, la science s’attelle à le décrypter. La botaniste, qui travaille sur le profil génétique des plantes, a annoncé avoir pu identifier avec son équipe le gène générant la floraison. Leur étude, publiée en septembre 2024, pourrait permettre de prédire la saison plus précisément, mais aussi d’assurer la pérennité d’un spectacle menacé dans les zones les plus méridionales du pays.
«Des chercheurs ont montré que d’ici 2100, les cerisiers du sud de l’Archipel ne seraient plus capables de fleurir. On pourrait alors les remplacer par des cerisiers au profil génétique plus adapté à la chaleur, comme certaines variétés qu’on trouve à Okinawa», précise-t-elle.
En vidéo – Au Japon, les images féeriques de Tokyo sous les fleurs de cerisiers, le 1er avril 2025