Ce secteur en plein essor doit renouveler le tourisme en Corse
L’offre d’agritourisme fédère désormais 80 agriculteurs de l’île.
Dormir dans une ferme perdue au milieu du Taravo (Corse-du-Sud), visiter une exploitation agricole sous les châtaigniers ou simplement déguster charcuterie, vin et produits du cru. L’agritourisme offre tous ces moments d’authenticité qui rendent un séjour magique. En Corse, cette offre touristique prend de l’ampleur et tend à se développer, aidée par la forte demande des visiteurs, entre volonté de sortir des sentiers battus et quête d’identité.
Ce concept attire aussi les agriculteurs insulaires, à la foix désireux d’ouvrir les portes de leur exploitation et de faire connaître leur métier. Environ 80 agriculteurs présents au sein du réseau «Bienvenue à la Ferme Corse» sont recensés par la chambre d’agriculture de la région comme proposant ce type d’activité dans l’île. Créée à l’échelle nationale par les Chambres d’agriculture, «Bienvenue à la Ferme» labellise des explorations agricoles qui ouvrent leurs portes au public à travers des activités d’accueil, d’hébergement, de restauration ou de vente directe.
Dans l’île, ce label trouvé son public : «Beaucoup de jeunes agriculteurs veulent montrer leur savoir-faire aux visiteurs, explique Isabelle Mariani, conseillère agritourisme auprès de la chambre d’agriculture de Corse. C’est une question de survie aussi pour beaucoup face aux grandes surfaces. La vente directe permet de diversifier son produit. Depuis le Covid, les gens veulent aussi être proches de la nature, connaître ce qu’ils mangent. Il y a aussi une volonté de transmettre cela aux nouvelles générations qui visitent la ferme.»
Photo presse
Faon et légumes du potager
L’agritourisme s’appuie sur une philosophie bien particulière qui consiste à placer l’exploitant au cœur des échanges avec les visiteurs. Dégustations, vente directe, hébergements à la ferme, visite de l’exploitation, toutes les activités permettent de plonger dans l’histoire du produit. André Angeletti, président du réseau en Corse, propose également ce concept dans sa ferme-auberge «Le Mandriale», à Cargèse, une ancienne cité grecque, située sur la côte ouest de la Corse.
En arrivant au sein de son camping à quelques encablures du village, vous pouvez croiser des buffles ou de jeunes faons paissant tranquillement devant la jolie bâtisse en pierre sèche. À la table du Mandriale, presque tout provient de l’exploitation : la viande bovine mais également l’agneau et les légumes du potager jouxtant l’auberge. «Il y a une recherche du produit identitaire mais aussi la reconnaissance d’un produit à travers un savoir qui existe depuis des siècles. Il y a un engouement. Les gens ont besoin de savoir pourquoi vous travaillez», affirme le patron.
S’il aimerait proposer le même modèle à succès qu’en Sardaigne ou en Toscane, André Angeletti souhaite avant tout faciliter la vie des agriculteurs qui se lancent dans cette activité : «Avec les nouvelles lois qui réglementent l’urbanisme, c’est compliqué de se lancer. Il faut accompagner l’agriculteur parce que c’est un atout considérable pour notre région.»
Paul-François Santoni, jeune agriculteur passionné illustre à merveille cette thématique. Installé en AOC (appellation d’origine contrôlée) à Olmeto dans le Taravo, il vient tout juste de se lancer dans l’agritourisme. Le domaine Baroncia est situé dans un maquis arboré parcouru de murets de pierres sèches, de plateaux et de plaines surplombant la mer. L’exploitation qui compte des cochons et des bovins s’étend sur une propriété exceptionnelle classée espace remarquable au sein d’un massif boisé situé sur la rive nord du golfe du Valinco. «Je propose le repas à la ferme le midi avec des produits de l’exploitation. Les gens voient les animaux, la transformation de la charcuterie, de la viande fraîche. Cela permet aussi d’éduquer les gens à manger autrement. Ils touchent au cœur de la ferme.»
Les visiteurs peuvent aussi se promener sur un chemin qui serpente au milieu de l’exploitation, entre lavoirs, vieux murs, animaux et balade à l’ombre des chênes. «Les gens sont demandeurs. Je ne sers que du porc de race corse. Tout est bio. Il y a des saucisses, du chorizo maison et je compte inscrire le veau à la carte.» La fréquentation est pour le moment à la hauteur de l’investissement proposé par l’agriculteur de 42 ans.
Pratique
Infos pratiques : www.bienvenue-a-la-ferme.com/corse
Domaione Baroncia : Chemin de Curatoghja – Bocca di Coppia – D157A
20110 Olmeto
06 69 31 73 60
Ferme-auberge Le Mandriale : Route de Lozzi, RD81
20130 Cargèse
04 95 25 59 60 | 06 75 39 29 02