ces Français qui adorent travailler en août
Pendant que la moitié du pays prend la route des vacances, eux restent au bureau. Non par contrainte, mais par stratégie : pour profiter d’un rythme plus paisible, avancer sur leurs dossiers ou même des raisons moins avouables… Trois Français racontent pourquoi août est devenu leur mois préféré.
Il y a ceux qui tremblent à la perspective du grand week-end de chassé-croisé estival. Et ceux qui, le lundi suivant, redécouvrent le plaisir oublié de s’asseoir dans le métro. En quelques heures, les bureaux se vident, les villes s’assoupissent et le pays se met à tourner au ralenti. Selon les dernières données publiées par l’Insee*, les Français ont effectué 27,1 millions de voyages personnels se terminant en août 2025, contre 20,7 millions en juillet. Avec 212,3 millions de nuitées, le mois reste de loin le plus touristique de l’année. Mais pendant que tant d’autres savourent un repos bien mérité, certains font un choix à rebours : rester au bureau. Et y trouvent des plaisirs insoupçonnés.
« Alors moi, le premier jour, j’ai cru qu’il y avait grève. » Thomas**, responsable RH, replonge dans sa première semaine d’août au bureau, l’été dernier. « Le quai du métro était vide, il y avait de la place en terrasse à midi et j’ai pu réserver le jour même un restaurant qui faisait rêver ma femme depuis des mois. J’avais l’impression d’avoir privatisé Paris. » Pendant dix ans, la famille est partie en août. « C’était notre orga, on n’y réfléchissait même plus. » Le scénario bascule lorsque l’aînée part pour la première fois en colonie de vacances, tandis que la plus jeune rejoint ses grands-parents. Le couple décide alors de tenter l’expérience : il travaillera tout le mois. « Je me voyais déjà en train de sangloter tout seul à midi en scrollant sur les photos des amis sur Instagram, sourit Thomas. Autant dire que la surprise a été bonne ! »
La révélation se poursuit au bureau. « J’ai mis dix minutes de moins pour venir. À onze heures, j’avais vidé ma boîte mail, je me suis demandé si Outlook était en panne. » Les réunions ont disparu, les coups de téléphone le font sursauter. « Plus personne ne débarquait avec son ’’J’te dérange cinq minutes ? », et ça, pour moi, c’était énorme. » Mieux encore : « Pour la première fois de ma vie, j’avais le temps de finir une tâche avant d’en commencer une autre. » Il éclate de rire. « Et le plus fou, c’est que j’ai découvert que la clim faisait du bruit… après douze ans dans cette boîte. »
« Le seul mois où personne ne vérifie »
« Mon mois préféré ? Celui où mon patron active son message d’absence. » Julien, chef de projet, ne prend pas de gants. « Le premier truc que je regarde le 1er août, ce n’est pas la météo. C’est son calendrier. Quand je vois « Absent jusqu’au 28 août », je sais que je vais passer un excellent mois. » Les chefs disparaissent, et les réunions dans leur sillage. « Et plus personne ne me demande où j’en suis toutes les deux heures. » Chaque année pourtant, il rejoue la même comédie. « Je prends mon air dépité quand tout le monde raconte son départ. Je fais la grosse victime alors qu’intérieurement je me répète : « Je vous en supplie… partez. Partez loin ! » Limite, je suis prêt à porter leurs valises jusqu’à la gare. »
Julien assume sans complexe profiter de cette parenthèse. « Mes déjeuners n’ont jamais été aussi longs. Je vais boire six cafés au lieu d’un. Je pars à 17h et je programme mon mail de récap’ pour 18h47. 18h30, ça fait suspect. » Il éclate de rire. « Je sais que ce n’est pas très orthodoxe, mais c’est le seul mois où personne ne vérifie rien. Le reste de l’année, tout le monde surveille tout le monde. En août, chacun vit sa vie. Il y a comme un contrat tacite de solidarité dans ces petites façons de gruger. »
Au fond, le chef de projet rêve simplement d’un mois d’août qui durerait toute l’année. « Si on me proposait quatre semaines comme ça en novembre, je signerais tout de suite. » Pour lui, le vrai luxe n’est ni une plage ni un lac de montagne, mais un agenda qui reste délicieusement vide. Son seul regret ? « Que le 1er septembre revienne toujours aussi vite. Il faut recommencer à faire semblant d’être un adulte responsable, c’est extrêmement énergivore », conclut Julien, hilare.
À lire aussi
La dernière semaine d’août est-elle toujours la semaine la moins chère (du mois le plus cher) ?
Le dernier transat de la Côte d’Azur
« Au bureau, tout le monde me prend pour une sainte. » Agnès**, directrice de clientèle, demande systématiquement à travailler en août. « Chaque année, j’ai droit aux mêmes regards compatissants : « Tu es sûre ? » Ils ont l’impression que je me sacrifie. S’ils savaient… » En réalité, elle serait prête à se battre pour obtenir ce mois-là. « Heureusement, ça n’intéresse personne. Tout le monde se précipite pour réserver août comme si c’était le dernier transat de la Côte d’Azur. Je les laisse faire. » Quand un collègue la remercie, elle répond poliment : « J’ai toujours envie de lui dire « Non, merci à toi » mais je me retiens ! » Chaque été, elle retrouve ainsi les mêmes rituels. « Le dernier vendredi de juillet, c’est le défilé pour me dire au revoir, vider le frigo, me confier une plante… Je sais qu’une heure plus tard, je serai enfin libre. »
Privilège ultime : « Je peux enfin mettre mes robes hyper colorées ou à gros motifs. D’habitude, il y a toujours un gros relou pour me lancer : « Alors, c’est Carnaval ?! » à travers l’open space. » C’est aussi le seul mois où elle prend le temps de discuter avec le gardien de l’immeuble et les agents de sécurité. « On finit par former une petite communauté. On se connaît tous parce qu’on est les seuls à être encore là. En septembre, chacun retourne dans sa bulle et on n’a plus l’occasion de papoter. »
Agnès n’a jamais eu envie de révéler son secret. « Les collègues reviennent ravis et me demandent toujours : « Alors, ça a été ? Pas trop dur ? » Je réponds : « Si, un peu… » Je ne vais quand même pas leur expliquer que je viens de vivre ma meilleure vie ! »
* « Voyages et nuitées selon le mois de retour et le motif du déplacement, Données annuelles 2025 », Insee, publié le 23 juillet 2026
** Les prénoms ont été modifiés
Commentaires récents