ces Tanguy qui vivent chez leurs parents pour voyager


À 23, 24 et 25 ans, Louis, Inès et Hamrine ont fait leur choix : habiter chez leurs parents pour continuer de parcourir le monde. Tous travaillent et aimeraient prendre leur indépendance, mais payer un loyer réduirait les départs.

Ils travaillent, mais vivent encore chez leurs parents ou y sont revenus après avoir pris leur indépendance. Selon une enquête menée par l’institut FLASHS pour Ymanci et publiée en septembre 2026, 74% des jeunes de 23 à 34 ans interrogés, vivant ou ayant vécu au domicile familial à l’âge adulte, occupent un emploi. Près d’un sur deux est même en CDI. Loin du cliché du «Tanguy» qui refuse de quitter le nid, rester chez ses parents peut aussi être un moyen de préparer son départ : 62% des répondants déclarent mettre de côté plus de 200 euros par mois.

Si l’achat immobilier arrive en tête des objectifs d’épargne cités, les vacances figurent elles aussi parmi les projets. Pour certains jeunes actifs, le calcul est vite fait : un loyer en moins, c’est davantage de possibilités de partir. Ils renoncent, au moins temporairement, à leur propre logement pour préserver un mode de vie où les voyages occupent une place importante. Onze pays en neuf mois. Pourtant, lorsqu’il rentre en France, c’est toujours chez sa mère que Louis — le prénom a été modifié — pose ses valises. À 23 ans, le jeune homme travaille à son compte dans le commerce, où il négocie et vend des biens.


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Louis pourrait prendre son propre appartement. Mais pour l’instant, il préfère rester chez sa mère et continuer à développer son activité professionnelle. Ses voyages s’organisent autour de son travail et dépendent notamment des périodes où sa présence sur place est nécessaire. Prendre un logement ajouterait surtout de nouvelles dépenses à une organisation qui lui convient aujourd’hui. «Quand on enlève des charges de loyer, on débloque des finances forcément», reconnaît-il. Une partie de cet argent lui permet de partir davantage, sans pour autant mettre son activité de côté. «Je pourrais sur le papier, mais ça ne m’arrangerait pas. Je n’aurais pas la tête reposée à l’idée de lâcher mon activité quelques mois», explique-t-il.

Un road-trip à la place de l’appartement

Pour Louis, rester chez sa mère lui permet de continuer à partir régulièrement. Ses déplacements dépendent selon lui de la «nécessité géographique» de son activité. Commercial et négociateur dans l’immobilier, il travaille lorsqu’il est en France et voyage dès qu’il le peut. Autoentrepreneur, le jeune homme privilégie surtout les courts séjours et revient notamment d’un road-trip en Europe centrale. Quelques jours en Allemagne, en Autriche ou en République tchèque, avec des dépenses sur place qui restent souvent limitées à quelques centaines d’euros.«J’ai surtout découvert que voyager, cela ne coûte pas tant que ça», raconte-t-il. Louis choisit donc ses destinations et ses dates en fonction des prix, tout en surveillant ses dépenses sur place.

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Prendre un appartement changerait complètement cette organisation réglée au cordeau. Au loyer s’ajouteraient les charges, les courses et toutes les dépenses du quotidien. Des frais que ce vingtenaire devrait continuer à payer, même lorsqu’il passe plusieurs semaines loin de chez lui. 

Voyage au Maroc : Louis, 23 ans, consacre une partie de ses économies à ses nombreux séjours à l’étranger.
Louis

Pour Hamrine, le choix est moins évident. À 25 ans, la jeune femme aimerait avoir son propre logement. Pourtant, elle aussi est retournée vivre chez sa mère. Ces dernières années, Hamrine a surtout vécu à l’étranger. Elle a passé sept mois au Canada avant de rentrer en France, puis plus d’un an en Australie. Depuis son retour, elle travaille en tant que conseillère de vente pour des maisons de luxe en CDD et en intérim. Hamrine sait qu’elle peut retrouver des missions lorsqu’elle revient en France. Pour la jeune femme, le rythme est simple : travailler quelques mois, puis repartir. Mais elle prévoit déjà de passer au moins un mois en Indonésie à la fin de sa mission d’intérim.

Hamrine à Palm Beach, près de Sydney, en Australie, lors de l’un de ses voyages.
Hamrine

Chez une partie des jeunes diplômés, le CDI n’est d’ailleurs plus forcément une priorité. Une étude annuelle sortie en 2026 menées par l’école de commerce française l’EDHEC et la plateforme de recrutement JobTeaser sur les aspirations des jeunes face à l’emploi révèle que 41 % des étudiants interrogés ne recherchent pas de CDI pour leur premier poste. Hamrine en fait partie. Pour le moment, ce n’est pas son principal objectif. «Je n’ai vraiment pas envie d’avoir un CDI, parce que je sais que cela va me bloquer au niveau de ma liberté.»


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Prendre un appartement, Hamrine y a pourtant pensé «plein de fois». Mais les loyers, notamment à Paris, pèseraient trop lourd dans son budget. «Évidemment que je ne pourrais pas partir autant. Cela serait impossible de gérer le tout», rapporte-t-elle au Figaro. En Australie, elle parvenait à concilier les deux en vivant en colocation, tout en continuant à voyager. Depuis son retour en France, l’équation est plus compliquée. «J’aimerais travailler, avoir mon appartement et partir dès que je peux, mais c’est impossible actuellement», reconnaît-elle.

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Rester chez ses parents, sans se faire entretenir

Vivre chez ses parents ne signifie pas pour autant ne participer à aucune dépense. Selon l’étude FLASHS, 89 % des jeunes interrogés disent contribuer aux frais du foyer. Pour 53 % d’entre eux, cette participation est régulière, notamment à travers les courses ou les factures. Elle ne couvre toutefois pas nécessairement le coût total de leur hébergement. L’étude montre d’ailleurs que 83 % des parents interrogés ont vu leurs dépenses augmenter et que 47 % ont réduit leur budget consacré aux loisirs et aux vacances.

Chez Louis, la participation est de 250 euros par mois. Le jeune homme verse cette somme à sa mère, sans savoir précisément quelles dépenses elle permet de couvrir. Hamrine n’a pas de montant fixe. Selon ses revenus, elle participe aux courses, aux factures ou verse directement de l’argent à sa mère, parfois jusqu’à 1000 euros d’un coup.

Leurs budgets voyages sont également différents. Louis prévoit d’y consacrer environ 2000 euros cette année, contre 5000 à 6000 euros dépensés par Hamrine en 2025. Des choix que leurs mères accueillent différemment. Celle de Louis est rassurée de l’avoir à ses côtés. La mère d’Hamrine aimerait plutôt la voir se stabiliser et trouver un CDI, sans pour autant s’opposer à ses voyages tant que sa fille ne s’endette pas.

Voyage à Vienne, en Autriche : Louis a visité onze pays en 2026.
Louis

Inès connaît déjà le coût de l’indépendance. À 24 ans, la jeune femme a déjà vécu seule. Originaire de Normandie, elle s’est installée à Paris à 19 ans pour ses études. Loin du rêve d’Emily in Paris, pendant trois ans, sa bourse du Crous et ses emplois lui ont permis de payer son loyer. À cette période, voyager était «quasiment impossible». Elle décide donc de retourner vivre chez ses parents à Évreux.


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Aujourd’hui en alternance, la jeune femme pourrait techniquement financer son logement parisien. Mais Inès préfère faire jusqu’à deux heures trente de trajet aller-retour certains jours pour aller travailler plutôt que de consacrer à nouveau une partie importante de son salaire dans un studio. «Cela n’avait pas de sens pour moi et surtout mes parents étaient ravis que je regagne le cocon familial», explique-t-elle.

Alors que ces derniers ne lui demandent aucune somme fixe pour l’héberger, Inès annonce participer aux courses et payer certaines factures. Une somme qu’elle estime entre 200 et 250 euros selon les mois, même si, au sein du foyer, «on ne compte pas vraiment». Son budget voyage atteint déjà entre 2500 et 3000 euros depuis le début de l’année. «Et l’année n’est pas finie», plaisante-t-elle.

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En Égypte, Inès profite de vacances qu’elle a pu financer en partie grâce aux économies réalisées depuis son retour chez ses parents.
ines

Une répartition qui ne pose pas de problème à ses parents, tant qu’elle continue à mettre de l’argent de côté. «Ça les dérangerait plus si je ne pensais pas au reste», explique-t-elle. Revenir vivre à Évreux n’a donc pas de date butoir et pourrait même la pousser à repartir : une installation en couple, une opportunité professionnelle à l’étranger ou un travail trop éloigné. Si son prochain poste lui impose des horaires ou une charge de travail difficile à concilier avec ses trajets quotidiens, elle envisagerait de revenir vivre à Paris.

Revenir chez ses parents pour mieux repartir

En attendant, ce retour au bercail lui a permis de commencer à épargner tout en continuant de travailler, mais surtout… de voyager davantage. En deux ans, Inès est partie au Pérou, en Égypte, en Thaïlande et aux Émirats arabes unis. Elle a également multiplié les courts séjours en Europe, notamment aux Pays-Bas, en Italie, en Espagne, au Portugal et au Royaume-Uni. Pas de budget précis, mais elle compare également les vols, les hébergements et les périodes avant de réserver. Surtout, elle n’a plus de loyer qui absorbe une partie importante de ses revenus. «Une partie peut aller dans l’épargne et une autre dans les vacances», résume-t-elle.

Voyage au Pérou : Inès devant le Machu Picchu, l’une des destinations qu’elle a pu découvrir depuis son retour chez ses parents.
Ines

Comme Hamrine et Louis, Inès sait ce qu’un appartement changerait à son mode de vie. «Je pense même qu’avec un loyer à payer tous les mois, je devrais probablement me limiter à un voyage par an, ou en tout cas réduire considérablement mon rythme actuel», estime-t-elle. Pour le moment, le choix est donc fait. «Aujourd’hui, je choisirais de continuer à voyager.» 

Et pour certains «Tanguy», les économies se poursuivent même une fois les valises bouclées. Une étude Opinium pour Enterprise Holdings, publiée en 2018, révélait déjà que 75 % des 25-34 ans interrogés partaient en vacances avec leurs parents ou beaux-parents pour des raisons financières. Huit ans plus tard, reste à savoir si ces «Tanguy des vacances» sont toujours aussi nombreux.



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