en Chine, ces voyageurs confrontés au blocage des applications


TÉMOIGNAGES – En Chine, la plupart des applications occidentales tels Google, Instagram, WhatsApp ou TikTok sont bloquées sans VPN. Des touristes français racontent les difficultés rencontrées sur place et les précautions indispensables pour rester connecté.

Dans le taxi qui le conduit de l’aéroport de Shanghai à son hôtel, Prescillien ouvre TikTok. Tout fonctionne. Puis l’écran se fige. «Impossible d’y accéder. Comme si je n’avais plus Internet.» Quelques heures plus tard, l’application est totalement inutilisable. Son compte restera bloqué plusieurs jours après son retour en France. «J’avais des codes erreur. On me disait que mon compte était comptabilisé comme si j’étais en Chine.»

L’Empire du Milieu impose son propre écosystème numérique. Le pays bloque la majorité des services occidentaux via ce que l’on surnomme le «Grand Firewall». Impossible d’accéder librement à Google (et donc Gmail, Maps, Traduction ou Drive), aux réseaux du groupe Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp), ou encore à TikTok.


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Et le phénomène dépasse les frontières chinoises. En Inde, le gouvernement envisage cette année de restreindre l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 18 ans via des systèmes de vérification d’âge renforcés. Une mesure qui pourrait, à terme, concerner aussi les touristes mineurs étrangers.

VPN, cartes SIM et système D

Coralie, créatrice de contenus voyage, avait anticipé. «J’avais pris un VPN avant de partir et je suis partie avec mon forfait Free.» En restant en 4G avec son numéro français, ses réseaux fonctionnent. «Mais dès qu’on se connectait au Wi-Fi, tout sautait.» Car le filtrage s’opère principalement au niveau du réseau local. Un téléphone connecté via une carte SIM étrangère en itinérance peut parfois contourner le blocage. En revanche, une connexion Wi-Fi chinoise active immédiatement les restrictions. Certains VPN fonctionnent, d’autres non. Et ils doivent être installés avant l’arrivée : une fois sur place, les télécharger peut s’avérer impossible.

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Prescillien en a fait l’expérience. «On m’a dit qu’il fallait activer le VPN avant d’atterrir. Je ne l’avais pas fait.» Résultat : TikTok inaccessible pendant plus de quinze jours, malgré plusieurs tentatives. Callista, 22 ans, étudiante en échange universitaire à Shenzhen, confirme la complexité : «Des amies avaient pris des VPN connus qui ne marchaient pas dans certaines villes. Une fois en Chine, c’est plus dur d’en télécharger un autre.»

Des commentaires TikTok venus de Chine

Callista en visite au parc Jingshan, à Pékin, en Chine.
Callista

Même avec un VPN, l’environnement reste imprévisible. Pendant son séjour, Callista publie une vidéo TikTok légèrement critique sur certains aspects du pays. «J’ai reçu plein de commentaires en chinois, de comptes un peu louches, presque vides.» Ce qui l’intrigue : TikTok est officiellement bloqué en Chine.

«Je me suis demandé comment ces gens pouvaient voir ma vidéo alors qu’ils ne sont pas censés avoir d’accès.» Certains commentaires contestaient directement ses propos. «Cela faisait un peu propagande. J’ai eu peur que mon compte soit bloqué.» Au final, rien ne s’est produit. Mais l’épisode illustre l’impression de surveillance que peuvent ressentir certains voyageurs.


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Apprendre à vivre «à la chinoise»

Au-delà des réseaux sociaux, le blocage touche l’ensemble des outils numériques du quotidien. Sans Google Maps, impossible de se repérer correctement : adresses mal localisées, stations de métro absentes, trajets incohérents. «On s’est déjà retrouvés à l’opposé de l’hôtel», se souvient Prescillien. Les voyageurs doivent alors télécharger des applications locales comme AMap, rarement traduites en anglais… et encore moins en français.

Même chose pour les réservations. Spectacles, trains, musées, attractions touristiques : la plupart des billets s’achètent via WeChat. «Tout est intégré dedans, mais il faut comprendre comment ça marche», explique Callista. Traductions approximatives, interfaces 100 % en chinois, nécessité d’utiliser Google Traduction via VPN… chaque démarche demande un temps d’adaptation.

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Le paiement constitue un autre choc culturel. «Je n’ai pas vu une seule fois du cash en quinze jours», résume Prescillien. Ici, tout passe par QR code via Alipay ou WeChat. Le vendeur scanne le code du client ou inversement. Sans ces applications, impossible de payer un taxi, un restaurant ou même une petite boutique de rue. Les cartes bancaires étrangères peuvent être reliées aux applications, mais avec des commissions parfois élevées et imprévisibles. «Pour un petit achat, tu pouvais avoir plusieurs euros de frais sans trop comprendre pourquoi », raconte Callista. Certains voyageurs ont même vu leur carte bloquée en cours de séjour, les empêchant de payer via QR code.

«Il faut apprendre à vivre comme eux», résume l’étudiante. «Si tu passes par des sites européens pour réserver des billets ou des hôtels, tu payes beaucoup plus cher.» En Chine, voyager implique d’entrer dans un écosystème numérique fermé et d’en accepter les règles.

S’informer avant est le mot d’ordre

Prescillien descendant les marches de la Grande Muraille de Chine.
Prescillien

Pour les créateurs, le blocage peut devenir un véritable casse-tête professionnel. «Je ne pouvais plus suivre les tendances ni publier mes vidéos. Quand tu es créateur, quinze jours sans poster, c’est énorme», soupire Prescillien. Pour débloquer la situation, il a dû créer un nouveau compte temporaire une fois rentré en France.

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L’information est la clé pour s’en sortir. «Les témoignages négatifs viennent souvent de gens qui n’étaient pas préparés», estime Coralie. «Si tu mets quelqu’un de 50 ans, peu à l’aise avec les réseaux, en voyage non organisé en Chine, il est foutu», tranche Prescillien. Tous insistent sur le fait d’installer un VPN en amont, vérifier son forfait mobile, télécharger les applications locales et anticiper les paiements. Car en Chine, pour y voyager sereinement, mieux vaut préparer son sac et son smartphone.


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