Gorges du Tarn, Gardon, Savoie… Avec la sécheresse, osez les sports d’eau vive


Ces activités sportives pèsent relativement peu dans la demande touristique globale. Elles permettent pourtant de découvrir son lieu de vacances, et même de résidence, sous l’angle inédit… et au frais.

Dans le fracas blanc des écumes de l’Isère, le raft s’engage entre les rochers. Dans une eau, probablement entre 10 et 12 degrés, un guide cadence la descente. Ici, en Savoie, l’été ne rime pas seulement avec alpages et sentiers. Sur les torrents de montagne, la fraîcheur s’apprécie aussi au ras de l’eau. Rafting, hydrospeed, canoë… La sécheresse n’atteint pas ici les sports d’eau vive.

Chez Evolution 2, à Landry, au bord de l’Isère en aval des stations de La Plagne et Montchavin, Jérôme Miton tient à rassurer tout le monde. La structure, qui compte une trentaine de guides d’eau vive, accueille 22.000 à 25.000 passagers par an ; un record en France. « Notre activité demeure malgré tout plutôt confidentielle au regard du volume de clientèle présente dans les stations environnantes. Seuls à 10 à 12 % des touristes franchissent le pas », explique celui qui vante une activité « sûre et strictement encadrée par des moniteurs diplômés d’État » car ici, contrairement à des cours d’eau plus calmes, n’existe aucune location en autonomie.

Pas de pénurie d’eau

Avec ses paysages spectaculaires, ses eaux de baignade et ses formations rocheuses uniques, Vallon Pont d’Arc est un paradis pour les amateurs de canoë.
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Alors que partout en France se pose, surtout en période de chaud, la question du partage des activités d’eau, le sujet se règle ici collectivement. Le débit est maîtrisé par les barrages EDF de Tignes, pour l’Isère, et de Bozel, pour le Doron. Des conventions avec l’énergéticien, la fédération départementale de pêche et la fédération de canoë-kayak permettent de concilier les usages, du 1er mai au 30 septembre, avec des débits adaptés. «Trente minutes avant le coucher du soleil, nous nous engageons à ne pas être présents sur la rivière pour laisser la place aux pêcheurs», illustre le gérant de bases nautiques avec, toujours en tête, que la sûreté hydraulique prime.

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Dans les gorges de l’Ardèche, qu’aucun glacier n’alimente contrairement à l’Isère, l’été se joue sur un fil d’eau surveillé. À Vallon-Pont-d’Arc, Philippe Gilles, de la société de location DLMP, constate un contexte «un peu particulier grâce à la forte quantité d’eau tombée cet hiver». Les sources ont offert un débit élevé en début de saison. « Grâce à ces pluies, même si le niveau d’eau est bas par rapport à d’autres années, on descend peu du bateau pour le tirer. Cela navigue très bien dans les gorges », rassure-t-il. Seule «une centaine de mètres» n’est pas praticable. Un effort largement supportable !

Bien qu’il fasse très chaud en Ardèche, la rivière doit elle aussi son débit au soutien d’étiage apporté par deux barrages EDF. «Nous en profitons par rebond au niveau touristique. Sans cela, ce serait compliqué avec une année comme celle-ci.» La sécheresse crée surtout, selon lui, «une gestion de crise d’image plus que de réalité de terrain. Dès qu’il y a une sécheresse, il y a une inquiétude. Nous devons rassurer les gens.»

Le canoë, carte postale des vacances en Ardèche

Depuis plus de 20 ans, Thomas Bonnel fait découvrir chaque été la Lozère et le Parc national des Cévennes à travers une sélection d’activités sportives : canyoning, escalade et via ferrata.
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La fréquentation, pour l’instant, tient bon. Les familles et les couples louent un canoë pour trouver une plage isolée afin de pique-niquer et se baigner à l’écart et les enfants peuvent pratiquer la rivière en autonomie, pour 30 à 40 euros par personne. Ici, contrairement à la montagne savoyarde, la location de canoë fait partie intégrante de la carte postale des vacances en Ardèche. Seul ajustement : La clientèle plus âgée se décale sur le matin, quand les températures ne sont pas encore écrasantes.

Voir aussi :  entre La Roche-Bernard et Damgan, cap au sud

Dans les Gorges du Tarn, en Lozère, Thomas Bonnel, de Cev’N, observe lui aussi une pratique encore possible malgré un niveau « bas pour la saison ». «On vit plutôt bien la situation. Depuis une semaine, le niveau d’eau ne bouge pas car il y a des réserves. Nous aimerions qu’il pleuve pour recharger tout cela.» Aux sources du Tarn, du côté du Pont-de-Montvert et du mont Aigoual, les vasques d’eau –des piscines naturelles appelées concluses – restent attractives : «Elles sont régénérées par l’eau des torrents. Il n’y a actuellement pas d’eau stagnante. » Le problème, ici, est moins lié à l’eau qu’au calendrier touristique : « Cela fait deux ans que la saison démarre à partir du 20 juillet.»


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Sur le Verdon, au niveau du lac de Sainte-Croix, en aval, Mathias Lacroix, de Verdon Canoë à Aiguines note une situation semblable. «Nous ne sommes pas sur une saison folle. Le contexte économique et géopolitique pèse plus que les températures. On travaille bien avec les étrangers et heureusement. C’est le moment de venir !», appelle-t-il.

Prendre le temps

NatuRando propose le combiné VTT + canoë. Un parcours à la journée à faire à deux roues et qui permet de faire une boucle. Montée à vélo à la découverte des villages et descente en canoë l’après midi.
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Plus en amont du cours d’eau, à Castellane, dans les Alpes-de-Haute-Provence, Marine Sansinenat, de Ride the Verdon, guette quant à elle le ciel.  «Nous avons très chaud ces quinze derniers jours, après une période d’orage. On croise les doigts pour qu’il pleuve la nuit.» Rafting et kayak restent au programme ; les jours sans lâchers d’eau, la randonnée aquatique prend le relais.

Plus doux que sportif, le Gardon se prête à une autre promesse. À Remoulins, sous le Pont du Gard, Camille Salgues, de NatuRando, propose un concept vélo canoë : on monte à vélo (sur un parcours dessiné à l’ombre), on descend en canoë en prenant son temps. «Nous ne donnons pas de temps défini pour descendre le Gardon, c’est une rivière de plage et pas une rivière sportive. C’est un cours d’eau plat et familial, qui se descend gentiment même avec des débits faibles (dix fois inférieurs à l’Isère précitée, NDLR). On ne tire le bateau à aucun endroit, et les possibilités de baignade sont multiples », rassure celle, qui, à l’instar de ses confrères note surtout une légère baisse de 5 à 7 euros du panier moyen par rapport à l’an dernier. Crise oblige, les portefeuilles sont plus à sec que la rivière.

Voir aussi :  Estonie

D’un massif à l’autre, le constat est aujourd’hui le même. Malgré la sécheresse et des niveaux d’eau souvent inférieurs aux normales saisonnières, les principales rivières dédiées aux sports d’eau vive demeurent praticables. De la Savoie aux gorges du Tarn, en passant par l’Ardèche, elles offrent encore un moyen privilégié de découvrir un territoire… tout en restant au frais.



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