les surprises de Sarreguemines, capitale des arts de la table


GUIDE – L’expo «L’Art déco s’invite à table», inaugurée cette semaine, rend hommage au savoir-faire d’une destination à l’art de vivre inspiré par sa proximité avec l’Allemagne.

  • Envoyé spécial à Sarreguemines (Moselle)

Sarreguemines, qui fut l’un des sites de production de faïence parmi les plus importants de l’Hexagone, ne produit plus une assiette depuis 2007, date de la fermeture de sa faïencerie fondée deux siècles auparavant. Tout le mérite de l’exposition « L’Art déco s’invite à table », labellisée d’intérêt national par le ministère de la Culture, est de montrer l’apport de cette production dans les arts de la table, entre 1910 et la fin des années 1930. L’influence des artistes au service de la manufacture, qu’ils fussent célèbres ou anonymes, trouvera son apogée dans deux accrochages, l’exposition internationale des Arts décoratifs de 1925 et l’Exposition universelle de 1937.

Musée de la faïence.
Musée de la faïence- jardin d’hiver

Deux événements majeurs qui constituent une sorte de fil rouge dans un foisonnement enivrant de créations et d’influences. En 1910, Sarreguemines est toujours annexée par l’Allemagne, ce qui inspire à sa faïencerie des créations où cohabitent l’esthétique et le pratique. Se succèdent au fil des vitrines une série d’objets usuels, « devenus beaux comme des œuvres d’art, sans jamais cesser d’être utiles », explique Judith Kieffer, directrice du musée. Soupières, théières, cafetières, ramiers ou compotiers, sous le crayon de Jean Luce, Ludwig Hohlwein ou Suzanne Lalique-Haviland, prennent les formes de leur époque.

L’iconique service Fox Trott, bleu et blanc, le tête-à-tête décor Arcade où le service de table Normandie pour les passagers de seconde classe du célèbre paquebot, ici présentés, apparaissent comme des références mondiales. Au total, près de 150 pièces, issues de prestigieuses collections venues de grands musées français et de particuliers, ravivent la flamme de la créativité, redonnant à Sarreguemines et à sa faïence toute leur place dans la longue histoire des arts de la table. Passionnant de bout en bout.

Jusqu’au 24 décembre. Entrée : 6 €. 15-17, rue Poincaré, tél. : 03 87 98 93 50. sarreguemines-museum.fr

Votre week-end à Sarreguemines.
Le Figaro

Que visiter à Sarreguemines ?

1. Musée de la faïence

La collection permanente du musée.
Musée de la Faïence

La pièce est immense, figée dans ses boiseries sombres, telles qu’on les aimait à la fin du XIXe siècle. Face à nous s’élève une haute fontaine, à la manière de la Renaissance italienne, sorte de pâtisserie en faïence, chargée d’allégories, dans un festival de couleurs vives. D’énormes vases en majolique et des fresques s’ajoutent au décor étonnant de ce jardin d’hiver dans lequel on pénètre, éblouis par tant d’audace. Cette salle du Musée de la faïence occupe le centre de l’ancienne maison du directeur, qui s’en servait comme d’un showroom.

Le savoir-faire spectaculaire de l’entreprise était ainsi exposé aux visiteurs. C’est aujourd’hui un des principaux trésors de ce musée de France qui raconte à travers des assiettes, des plats et des soupières, notamment, une saga qui a donné aux arts de la table quelques chefs-d’œuvre. Le plat décoratif (aux geais) créé vers 1880 en est un. Le poêle Art nouveau au catalogue de 1900 en est un autre… Une animation surprenante ouvre le parcours : la projection sur une table dressée des motifs du style Sarreguemines, dont les assiettes et la nappe servent d’écran.

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Il y a tant à voir qu’on resterait des heures dans ce musée où le visiteur devient presque un chineur, découvrant des objets de tous les jours que l’on verrait bien chez soi… La vitrine consacrée aux assiettes, dont les fonds racontent à la fois le quotidien des Français et l’histoire d’hommes illustres, est parmi la plus ludique à explorer. D’autant que certaines des assiettes en faïence de Sarreguemines étaient des manifestes politiques, à la gloire de la Lorraine, quand celle-ci subit par deux fois son annexion par l’Allemagne, transformant de facto la faïencerie en entreprise allemande.

Entrée : 6 € (comprenant l’accès au Musée des techniques faïencières). 15-17, rue Poincaré. Tél. : 03 87 98 93 50. mosl.fr

2. Musée des techniques faïencières

Le moulin de la Blies est un ancien site industriel qui abrite le Musée des techniques faïencières, dont le contenu parle de lui-même. Il dispose surtout d’un très beau parc, romantique à souhait, développé autour des ruines d’anciens ateliers désaffectés dans les années 1970. On s’y promène sur trois hectares, au bord de la rivière Blies. Un parcours apaisant.

123, avenue de la Blies. Tél. : 03 87 98 28 87. mosl.fr

3. La balade à bord du Schiff-Nickel

Balade sur la Sarre.
Robert Mallick

Les eaux nonchalantes de la Sarre irriguent le cœur de la ville. La rivière, affluent du Rhin, fait office sur une partie de son parcours de frontière avec l’Allemagne. Le Schiff-Nickel est le nom d’un bateau mosellan à fond plat et celui d’une balade sur la rive gauche de la Sarre, proposée par l’office de tourisme. On fait l’aller à pied et le retour en bateau. Ce Schiff-Nickel fut jadis conçu pour traverser la Sarre, à l’aide d’un filin tendu entre les deux rives. L’embarcation qui se meut grâce à des rames peut embarquer une dizaine de personnes. La promenade guidée dure une petite heure, sur 1,7 km. Et débute face à la brasserie du Casino.

Véritable randonnée urbaine, elle emprunte un chemin de halage. À chaque halte, notre guide raconte le destin tourmenté de cette ville qui, au gré des mouvements de l’histoire, a été deux fois allemande avant de redevenir française. On passe sous le pont des Alliés, maintes fois détruit et autant de fois reconstruit, dont la dernière version date de 1950, inaugurée par Maurice Schumann. Le pont de l’Europe, un peu plus loin, rend hommage avec un improbable monument aux débuts de la Communauté européenne.

Quant au pont du chemin de fer, où passe le tramway (entre Sarreguemines et Sarrebruck, outre-Rhin), on peut le franchir à pied, pour aller d’un pays à l’autre. Puis vient le confluent avec la Blies, qui impose dans le paysage un nouvel environnement plus sauvage. Réserve de biodiversité, on y découvre une campagne peuplée de colverts, de hérons, de martins-pêcheurs et cormorans. On rejoint l’embarcadère situé à Welferding, un quartier de Sarreguemines, que résument quelques maisons, un ancien moulin et une petite église au charme suranné. Le retour au fil de l’eau, sur la Sarre, se fait doux et calme, avec cette étrange sensation d’être un peu au milieu de nulle part. Et de glisser entre les rives de deux grandes nations…

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Promenade guidée tous les dimanches, de 9 h 30 à 12 heures. 20 €. sarreguemines-tourisme.com

L’excursion : Saarland Therme, en Allemagne

Saarland Therme.
Saarland Therme

La tentation de passer une tête en Allemagne est d’autant plus grande que Sarreguemines est, en quelque sorte, un poste frontière entre les deux pays. À quelques kilomètres, une dizaine de minutes en taxi (15 €), viser les thermes de Saarland, un gigantesque complexe thermo-ludique dont raffolent les Allemands, mix de piscines intérieures et extérieures chauffées, de hammams, de jacuzzis, de saunas et d’autres bains chauds, comme ce bassin à la salinité comparable à celle de la mer Morte.

L’architecture contemporaine hispano-mauresque assure un dépaysement total à ce lieu atypique que fréquentent chaque année 300 000 personnes. Un restaurant assure une restauration de brasserie et une cabine spa privée (avec sauna individuel et massage) permet à un couple de passer quelques heures en toute intimité. Des sources d’eau chaude jaillissant du sol alimentent cet ensemble plutôt bien fait, pour un incontournable moment de détente. Une zone naturiste discrète – les Allemands en sont friands – complète cette installation qui, le soir venu, grâce à des éclairages très sophistiqués, prend des allures féeriques.

Entrée à partir de 27,50 €. Saarland Therme Zum Bergwald 1, Kleinblittersdorf, Allemagne. saarland-therme.de

Où dormir à Sarreguemines ?

4. Hôtel de l’Auberge Saint-Walfrid

Hôtel de l’Auberge Saint-Walfrid.
Luc Boegly

Coup de cœur pour cet établissement situé à l’entrée de la ville. Une petite destination en soi, d’autant que vient d’ouvrir cette année un espace bien-être d’une rare beauté. À l’ancienne construction pleine de charme, un corps de ferme du XVIIIe siècle, a été adjoint un bâtiment contemporain de verre et d’acier, parfaitement intégré et ouvert sur un jardin d’un calme absolu. En tout, 22 chambres, dont celles particulièrement lumineuses dans la partie la plus récente, offrent un de sign soigné, avec mobilier en bois clair, assises confortables, lit XXL et salles de bains dotées d’une grande baignoire et d’une douche. Des carafes en cristal, des verres siglés, des tableaux et des faïences décorent chaque pièce.

Le spa se situe en partie à l’étage avec sauna, hammam et salon de détente, tandis que le rez-de-chaussée ouvre sur un somptueux espace débouchant sur une piscine extérieure (chauffée). Quand on se baigne, une ouverture dans le mur d’enceinte permet de communiquer avec le jardin. On accède au bassin de l’intérieur, par une sorte de salon atrium dont les murs sont tapissés de hauts miroirs. Un restaurant étoilé (lire ci-après) ajoute au plaisir de cet établissement 4 étoiles (il pourrait facilement en obtenir une cinquième), qui se révèle une pépite bourrée de charme. Le service reste familial et très bienveillant. Idéal pour un week-end de détente et de repos. Prêt de bicyclettes électriques.

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À partir de 160 € la nuit. 58, rue de Grosbliederstroff. Tél. : 03 87 98 43 75. stwalfrid.fr

Où s’attabler ?

5. Brasserie du Casino

Installée dans l’architecture historiciste de l’entre-deux-siècles (XIXe-XXe), sur le bord de la Sarre, cette table offre une façade de gros chalet, dans le goût du second Empire français, ornée d’une superbe fresque colorée, en faïence. Le lieu était un espace de détente pour les ouvriers des faïenceries, comme son nom ne le rappelle pas (ce ne fut jamais un casino de jeux d’argent). Restauré avec goût, l’intérieur est devenu un restaurant dont les propriétaires, chineurs passionnés, présentent leurs collections de faïences de Sarreguemines.

On y sert une cuisine qui met en valeur quelques spécialités locales, comme la potée lorraine, la quiche du même nom ou la flammekueche traditionnelle. Mais pas seulement. En témoigne une excellente carte de poissons.

À partir de 50 €. 4, rue du Colonel-Édouard-Cazal. Tél. : 03 87 09 59 78. brasserie-du-casino.com

6. La Charrue d’Or

Plat de viande du restaurant.
La Charrue d’Or

Cette table du centre-ville est un grand classique. Les tables rondes sont suffisamment éloignées les unes des autres pour rendre le lieu très agréable. Le service de table est du pur Sarreguemines, ce qui n’est pas le cas de la cuisine, qui va puiser dans d’autres régions son inspiration. À la carte, le filet de volaille farci au foie gras maison est devenu un des plats signatures de ce restaurant généreux en proportion, comme en témoigne un gargantuesque café gourmand !

Plats autour de 25 €, menu gourmand à 60 €. 21, rue Poincaré. Tél. : 03 87 98 14 55. lacharruedor.fr

7. Restaurant de l’Auberge Saint-Walfrid

Un macaron Michelin pour cette table d’hôtel dont la salle est aussi un musée, où les propriétaires exposent leur propre collection de faïences de Sarreguemines. Les pièces monumentales occupent de hautes étagères-casiers blancs, ce qui en fait ressortir la beauté. Dans l’assiette, du grand classique (filet de perche sauvage et plectranthus des étangs de Gondrexange, baronnet de pigeon de Racan en habit vert façon « Lucullus », croûtons aux abattis…), porté à l’excellence par le très charismatique chef, Stefan Schneider, qui signe là une belle carte de poissons et de viandes.

Plat autour de 50 €. 58, rue de Grosbliederstroff. Tél. : 03 87 98 43 75. stwalfrid.fr

Que rapporter ?

8. La perle de Lorraine

Franck Kestener, meilleur ouvrier de France chocolatier confiseur.
Chocolaterie Kestener

C’est une gourmandise chocolatée conçue par Franck Kestener, meilleur ouvrier de France, suivant la recette de son père. Son nom : la perle de Lorraine. Une petite bouchée où se superpose du caramel à l’eau-de-vie de mirabelle, de la pâte de fruit et un praliné noisette croustillant (8,20 € les 70 g). Dommage que l’atelier-boutique, où se vend cette petite merveille du patrimoine gustatif, se soit installé dans une zone industrielle peu engageante.

6, rue Gutenberg. Tél. : 03 87 28 14 62. franck-kestener.com



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