pourquoi les visiteurs veulent à tout prix louer un costume «hanbok» à Séoul


Jupe ample, veste croisée, chignon tressé… Louer le costume traditionnel coréen est devenu l’expérience phare d’un séjour dans la capitale sud-coréenne. Un rituel photogénique et bon marché, assorti d’un joli privilège.

La scène se répète à l’infini sur les réseaux sociaux. La porte d’une boutique s’ouvre sur des portants où se pressent des soies roses, turquoise ou dorées. Ici, une habilleuse noue un ruban, là, une coiffeuse glisse une épingle dans un chignon. Quelques minutes plus tard, la voyageuse reparaît dans la cour de Gyeongbokgung, le grand palais royal de Séoul.

Longtemps cantonné aux fêtes traditionnelles et aux mariages, le hanbok a trouvé un nouveau public. En quelques années, l’enfiler le temps d’une balade est devenu l’un des passages obligés d’un voyage en Corée du Sud, une parenthèse en costume d’époque que s’offrent désormais des visiteurs venus du monde entier.

Un costume devenu sésame


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Les vidéos se comptent désormais par milliers. Le décor, lui, reste le même, et les cours du palais servent de studio photo à ciel ouvert à des voyageurs venus des quatre coins du monde. Autour de cette quête de l’image parfaite, une petite économie s’est installée. Des photographes proposent des forfaits de prise de vue au palais, et certains loueurs ajoutent un maquillage à la prestation.

Tout est pourtant parti d’une décision administrative. En 2013, pour inciter les Coréens à renouer avec leur costume national, l’administration du patrimoine a offert l’entrée gratuite aux visiteurs en hanbok dans les quatre grands palais payants de la capitale, au sanctuaire de Jongmyo et dans les tombes royales. L’économie reste modeste, le billet de Gyeongbokgung coûtant 3 000 wons (moins de deux euros). Mais l’argument a fait mouche, au point que l’Office national du tourisme coréen le met aujourd’hui en avant auprès des visiteurs étrangers.

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Les chiffres montrent l’ampleur du phénomène. D’après les autorités coréennes, les visiteurs entrés sans billet grâce au hanbok étaient 300.000 à 400.000 par an aux débuts du dispositif. Ils ont dépassé les deux millions en 2025, portés par l’engouement des jeunes et des touristes étrangers. Aux abords du palais royal, les enseignes de location se sont multipliées, et certaines revendiquent plus d’un millier de modèles, de la taille bébé au XXL.

Mode d’emploi

La plupart des loueurs se trouvent à quelques minutes à pied de la station Gyeongbokgung, sur la ligne 3 du métro séoulien. On y choisit sa veste, le jeogori, puis sa jupe ou son pantalon, avant de confier sa coiffure à la boutique. D’après l’agence de presse coréenne Yonhap, il faut compter autour de 20.000 wons pour deux heures, soit une douzaine d’euros, et 25.000 wons pour quatre heures. Les tenues «royales» ou plus travaillées font grimper la note.

Pour entrer sans payer, une règle simple s’applique : la tenue doit être complète. Un jeogori porté sur un jean ou une jupe traditionnelle avec un tee-shirt ne suffisent pas. Depuis 2019, en revanche, chacun peut porter le costume de l’autre sexe sans perdre l’avantage.


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Gyeongbokgung ouvre à 9 heures, l’heure idéale pour profiter des cours avant l’affluence, puis filer vers les ruelles de maisons traditionnelles du village de Bukchon. Ceux qui veulent seulement essayer le costume ont d’autres options. D’après l’Office national du tourisme coréen, le centre de promotion d’Insadong prête des hanboks pour 3 000 wons, et l’aéroport d’Incheon propose un essayage gratuit avant l’embarquement.

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Bien choisir son hanbok

Devant l’embarras du choix, on en oublierait presque que le costume a une longue histoire. Dans une brochure qui lui est consacrée, le Centre culturel coréen le décrit comme «le véritable visage du peuple coréen». Ses premières représentations figurent sur des fresques funéraires du royaume de Goguryeo, il y a près de deux mille ans, où hommes et femmes portent déjà une courte veste sur un pantalon ou une jupe. Longtemps, les Coréens ont même été surnommés le «peuple vêtu de blanc», en référence à la couleur naturelle de l’étoffe non teinte.

Les loueurs ont largement adapté leur offre au goût des visiteurs, entre jupons bouffants, motifs dorés et costumes de rois et de reines dignes des séries historiques. Ces modèles spectaculaires font tiquer certains Coréens, attachés à une silhouette plus sobre, au point que l’expression de hanbok «de nationalité indéterminée» circule dans la presse locale. On trouve aussi des modèles plus traditionnels, aux couleurs douces et aux coupes fidèles.

Gare toutefois aux tenues tendance. Au printemps 2026, les autorités ont précisé que les robes d’une seule pièce et les longs manteaux portés seuls, très prisés depuis quelques séries et le film d’animation KPop Demon Hunters, ne passent pas le contrôle à l’entrée. Le plus sûr reste de demander conseil à la boutique avant de sortir. Une fois paré, il ne reste plus qu’à franchir les portes, en invité d’un jour de la cour de Joseon.

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