SNCF, Trenitalia… Le piège des billets séparés qui peut vous coûter très cher en cas de retard


Combiner SNCF, Trenitalia ou Eurostar est fréquent. Mais avec des billets séparés, rater sa correspondance annule vos droits de prise en charge par le second transporteur. Décryptage de ce piège juridique et des solutions pour s’en prémunir.

La règle est moins évidente qu’il n’y paraît. Avec le développement des liaisons ferroviaires européennes, les voyages combinant plusieurs opérateurs sont devenus monnaie courante. Sur les trajets en avion comme en train, l’Union européenne a progressivement renforcé les droits des passagers confrontés aux retards et aux annulations. Le règlement européen n° 2021/782 sur les droits et obligations des voyageurs ferroviaires impose notamment aux entreprises ferroviaires de garantir une assistance et, le cas échéant, une indemnisation lorsque le voyageur détient un «titre de transport direct» – c’est-à-dire un billet couvrant l’ensemble du trajet, même avec changement, dans le cadre d’une seule transaction commerciale. Toutefois, sans billet unique, la loi européenne, ne contraint pas le second transporteur à vous prendre en charge.

Un retard de Trenitalia ne contraint pas la SNCF à vous prendre à bord

Si la compagnie responsable du retard initial se doit d’indemniser le voyageur selon les règles en vigueur, la perte du second billet est un problème juridiquement distinct. Le règlement européen prévoit ainsi une indemnisation minimale de 25 % du prix du billet en cas de retard à l’arrivée compris entre 60 et 119 minutes, et de 50 % en cas de retard de 120 minutes ou plus. Toutefois, cette compensation concerne le retard subi sur le trajet couvert par le billet concerné et ne correspond pas forcément au montant du billet perdu auprès de l’autre opérateur.

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Une situation d’autant plus fréquente que les voyageurs cherchent désormais à composer eux-mêmes leurs itinéraires en Europe. Un trajet Paris-Milan, Paris-Francfort ou Lyon-Zurich peut facilement associer plusieurs entreprises ferroviaires, sans que le passager ait toujours conscience du niveau réel de protection dont il bénéficie.

Des accords de coopération

Faut-il pour autant renoncer aux voyages combinant plusieurs opérateurs ? Pas forcément. Certaines compagnies européennes ont conclu des accords permettant, sous conditions, de poursuivre son voyage après une correspondance manquée même avec des billets séparés.

L’Accord sur la poursuite du voyage (Agreement on Journey Continuation, ou AJC) prévoit ainsi qu’un passager puisse emprunter le train suivant sans frais avec les 19 opérateurs participants lorsqu’il a manqué sa correspondance à cause d’un retard, à condition notamment de présenter ses billets et une preuve du retard. «Dès lors que le passager a prévu un temps de correspondance raisonnable, l’AJC s’applique», précise le dispositif. Cette protection reste toutefois limitée et ne constitue donc pas une garantie générale.

D’autres solutions existent. HOTNAT (Hop On The Next Available Train), proposé par l’alliance Railteam, permet également au voyageur «d’emprunter le prochain train de l’alliance disponible au départ de la même gare», sans frais supplémentaire, «sous réserve de disponibilité de places à bord». En France, il s’applique notamment dans plusieurs grandes gares parisiennes – Paris-Nord, Paris-Est, Paris-Gare de Lyon et Paris-Montparnasse – pour les correspondances entre Eurostar et les trains à grande vitesse de la Deutsche Bahn, tandis qu’en Allemagne, il est proposé uniquement au départ de la gare centrale de Cologne.

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