Vers une croisière verte ? Comment trois compagnies tentent de réinventer le modèle


REPORTAGE – Pour répondre au défi du changement climatique et ne plus être considérées comme des avatars du surtourisme, les compagnies de croisière rivalisent d’initiatives. La preuve par trois.

Le secteur bat des records de fréquentation chaque année. En 2027, le nombre de passagers des bateaux de croisière atteindra les 40 millions. Pourtant, en France, le voyage en mer peine à trouver son public, notamment décrié pour son impact environnemental. Pour répondre à ces critiques et atteindre l’objectif fixé par l’Organisation maritime internationale (OMI) – zéro émission net de gaz à effet de serre en 2050 -, les acteurs rivalisent d’initiatives. Voiliers du futur, branchement à quai et navigation en eau douce… Nous avons interrogé trois compagnies sur leur vision de la croisière de demain.

MSC Croisières, quand le paquebot se met au vert

Son clone, le World Asia, sera baptisé aux Chantiers de l’Atlantique fin novembre. En attendant, c’est dans le port de Marseille que mouille le World Europa, fleuron de la flotte MSC. Quelque 333 mètres de long pour 2 600 cabines, une quantité de restaurants à faire pâlir Disneyland d’envie et des toboggans sur le pont supérieur… Ce parc d’attractions flottant est-il pour autant une hérésie climatique ? Patrick Pourbaix, l’affable directeur général du croisiériste pour la France, a l’habitude de battre cette idée en brèche.


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« En réalité, le grand bateau est bien moins consommateur d’énergie que le petit : c’est l’économie d’échelle. » Et d’énumérer les innovations qu’embarque ce navire XXL, le plus grand au monde capable de naviguer au gaz naturel liquéfié (GNL). Encore imparfait, ce carburant permet d’éliminer la quasi-totalité des polluants atmosphériques (oxydes de soufre et d’azote, particules fines). Depuis avril, le World Europa peut aussi se brancher à quai lors de ses escales marseillaises pour éviter d’émettre ces fumées noires fustigées par les riverains. « En 2025, nos bateaux se sont branchés 277 fois, soit 8 000 tonnes de CO² économisés », assure Patrick Pourbaix.

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Selar, la croisière polaire réinventée

À quelques coups de pagaie, sur le Vieux-Port, une toute jeune compagnie a établi son quartier général. Selar enverra ses premiers passagers loin des côtes de la Cité phocéenne, au-delà des 66° Nord, en 2027, sur un navire au nom de super-héros. Grâce à cinq voiles en aluminium de 35 mètres de haut équipées de panneaux solaires, le Captain Arctic naviguera grâce au vent ou au soleil « 70 à 90 % du temps, ce qui le rapproche du zéro émission », se félicite Sophie Galvagnon, fondatrice de la compagnie et commandant de bord. Le voilier n’embarquera d’ailleurs aucune énergie fossile, pour préserver les fragiles écosystèmes des pôles. Sophie Galvagnon en est persuadée : le tourisme polaire ne doit pas être sacrifié sur l’autel de l’urgence climatique. « Aller visiter ces territoires permet une vraie sensibilisation, notamment grâce au savoir de nos guides naturalistes. Mais il faut évidemment le faire différemment. »

CroisiEurope, le fleuve comme horizon

Devant la tour Eiffel, un bateau dont l’allure évoque davantage le Mississippi que les boucles de la Seine. Le Waydelich, de l’alsacien CroisiEurope, navigue grâce à deux roues à aube, qui permettent, malgré leurs airs rétro, de répondre à un enjeu de notre temps : la sécheresse. « Le faible tirant d’eau permet de naviguer là où un modèle à moteur ne pourrait pas aller », décrit Jawad Benameur, directeur commercial du leader européen de la croisière fluviale, 50 ans cette année. La navigation en eau douce a le vent en poupe – et elle ne manque pas d’atouts pour bousculer les préjugés. « Nos bateaux arrivent au cœur de la ville. Pas besoin de taxi pour aller visiter, pas besoin d’avion si l’on part de Paris. C’est donc par nature peu consommateur d’énergie », affirme-t-il. Le fluvial est aussi un avatar de ce « slow tourisme » cher aux voyageurs du post-Covid, en quête d’authenticité, soucieux de ralentir. « On consomme moins la destination : on cherche l’apaisement, la reconnexion. La navigation fluviale procure ce lâcher-prise. »



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