comment je soigne ma phobie de l’avion


J’AI FAILLI RATER L’AVION [1/3]- Des stratégies d’évitement improbables aux thérapies en tout genre, notre journaliste raconte sa lutte pour triompher de la peur des transports aériens. Une bataille au long cours, certes allégée par la possibilité de pouvoir désormais maquiller ce handicap en conscience écologique.

Aviophobie, aérodromophobie, aérophobie… Les mots ne manquent pas pour décrire le tourment de ma famille de cœur, les lucides, ceux qui savent qu’il est inacceptable d’être assis dans un tube d’acier en lévitation dans l’atmosphère. À nos yeux, l’absence de frayeur chez autrui traduit un manque d’imagination aussi coupable qu’enviable. J’ai pourtant longtemps fait partie de ces insensés, jusqu’à ce que mon destin ne bascule au-dessus de la Floride, lorsqu’une hôtesse nous a priés de «bien caler» nos plateaux-repas parce que ça allait «secouer».

J’ai miraculeusement survécu – entre autres grâce au fait qu’il ne s’est finalement rien passé. Mais, ce jour-là, quelque chose s’est fissuré. Depuis, je suis persuadée que chaque vol va mettre un terme à mon existence. À ma droite, des crises de panique en série que même les surclassements minute en business class (alerte bon plan) ne peuvent enrayer. À ma gauche, une tentative de fuite prédécollage ayant déclenché l’ire des membres d’équipage. Au milieu, des vacances avortées, des compagnons de voyage blasés, mais aussi New York ralliée en cargo, des trajets en voiture interminables et le financement à moi seule du rail européen.

«Statistiquement, l’avion est le moyen de transport le plus sûr.» Je vous arrête tout de suite, vos statistiques, les angoissés de l’altimètre les connaissent par cœur. On a même bûché l’aérodynamique, assimilé le concept de portance… Rien n’y fait, la peur demeure. De quoi exactement ? Celle de finir en confettis, globalement. S’il faut rentrer dans les détails : décès simultanés des pilotes, météorite qui perce la carlingue, missile, loutre supersonique, peu importe. Si des gens gagnent au Loto, d’autres meurent forcément en avion. Ce qui est certain, c’est que 100% des gagnants ont tenté leur chance. À qui le tour ?

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Anxiolytiques et bêtabloquants

Des années durant, j’ai abreuvé ma phobie à la fontaine d’internet. J’ai décortiqué les atterrissages en crabe, scruté le Concorde en feu, lu les transcriptions du cockpit du Rio-Paris, écumé la page Wikipedia sur la disparition du MH370 de la Malaysia. Magie de la sérendipité, j’ai également découvert que le crash le plus meurtrier de l’histoire de l’aviation avait eu lieu le jour de ma naissance. «Et ?», me direz-vous. Et bien, j’y ai lu le plus rationnellement du monde la confirmation de l’accident à venir, une sorte d’avertissement de l’univers.

Parallèlement à ces recherches clandestines, j’ai officiellement tenté de me soigner. J’ai commencé par l’hypnothérapie, sans succès. Mon incapacité à lâcher prise a poussé la thérapeute à proposer de me rembourser les séances juste pour que je cesse de venir. Si mon entourage a blâmé cette pauvre femme pour son manque de professionnalisme, je sais bien que j’ai failli la faire basculer dans la folie.


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J’ai ensuite opté pour une thérapie comportementale et cognitive (TCC), avec, au menu, une exposition progressive à l’objet de mes angoisses assortie à des techniques de relaxation et de méditation. Nouvel échec, alors même que cela fonctionne très bien pour la majorité des phobiques. En désespoir de cause, j’ai décidé de noyer le problème dans l’alcool, avec un bilan sans appel : migraine et effet boomerang garantis à 10.000 mètres d’altitude.

Le stage de la dernière chance

Ces tentatives infructueuses ont été d’autant plus regrettables que je devais alors enchaîner plusieurs vols intérieurs en Amérique du Sud (et donc décéder à très court terme). Je me suis rabattue sur des anxiolytiques et autres bêtabloquants mis à ma disposition par des phobiques solidaires, ingérant notamment une pilule gracieusement offerte par une Serbe aviophobe lapidaire qui m’a dit : «Plane ok, sniper drug».

Ce dernier vol s’est passé normalement – si tant est qu’écouter en boucle et en pleurant la même chanson durant neuf heures soit de l’ordre de la normalité. Mais au retour, lorsque j’ai vanté les mérites de ces substances miraculeuses, on m’a renvoyé que ça n’était «pas très sain, quand même». Retour à la case psy. Trois ans de consultations hebdomadaires et plusieurs milliers d’euros envolés plus tard, je vais mieux, merci. L’avion, en revanche, c’est toujours niet.

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Je reste quelque part persuadée que seule mon angoisse vigilante empêche les vis de se dévisser, les sondes de geler et les pilotes de commettre l’irréparable. Sauf que je suis obligée d’aller à Tokyo en avril prochain. Je tente donc une opération de la dernière chance en m’inscrivant au stage anti-stress d’Air France. Je panique déjà à l’idée que ça fonctionne : si je baisse la garde, on est cuits.


Nos prochains épisodes

  • Le stage anti-stress comme si vous y étiez
  • Embarquement dans le vol Paris-Tokyo

En vidéo – Tourisme : faut-il arrêter de prendre l’avion ?



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