comment sont accueillis les chefs d’État au sommet du G7
RÉCIT – Comment les hôtels jonglent-ils entre tensions diplomatiques, subtilités du protocole et enjeux de sécurité ? Alors que s’ouvre une nouvelle édition du G7 à l’hôtel Royal d’Evian-les-Bains, Le Figaro vous ouvre les portes du tout petit club des habitués, dans un article publié lors du précédent sommet, en Alberta.
Le Pomeroy Kananaskis Mountain Lodge s’apprête à accueillir mi-juin des clients peu ordinaires (si tant est qu’il en soit). Les présidents et premiers ministres membres du G7 (dont Donald Trump, Emmanuel Macron, Keir Starmer…), Volodymyr Zelensky invité par le nouveau chef du gouvernement canadien, Mark Carney, et de nombreuses délégations vont séjourner dans cet hôtel du groupe Marriott à l’occasion de trois jours de rencontres diplomatiques de haute intensité. Pour l’équipe d’un hôtel, même la plus aguerrie à recevoir célébrités et VIP, cet événement se pose à l’acmé d’une carrière.
« J’ai construit mon hôtel avec le rêve de recevoir un G7, j’ai finalement eu la chance d’en accueillir deux », explique Dietmar Müller, propriétaire du Schloss Elmau, classé Leading Hotels of the World, en Bavière. L’hôtel originel ayant appartenu à sa famille a en effet été reconstruit en 2005 après un incendie. « J’ai conçu des suites présidentielles identiques, pour faciliter les questions de protocole, détaille-t-il. Mon idée était de pouvoir accueillir des sommets internationaux, des colloques ayant un lien avec les affaires du monde dont peuvent profiter mes clients, la Chancellerie m’a choisi deux fois pour les G7 de 2015 et de 2022. » Capricia Penavic Marshall, ancienne chef du protocole de Barack Obama, explique lors d’une rencontre à Washington pour la promotion de son livre Protocol (Éditions Ecco) : « Le choix d’un lieu pour un sommet est lié à l’impact que cela aura sur les négociations diplomatiques et sur la perception qu’il aura sur les médias et l’opinion, le monde nous regarde ! »
Schloss Elmau
Des montagnes d’Elmau à celles de Kananaskis, le pays hôte se doit donc d’envoyer la plus jolie carte postale à la planète. « Les enjeux sont complexes mais il faut que la photo officielle soit réussie. Notre hôtel est un havre de nature, propice au calme, à la sérénité, idéal pour la Chancellerie allemande », poursuit Dietmar Müller. Pour le Canada, Kananaskis s’est imposé en 2025, les lieux avaient déjà accueilli le sommet en 2002, qui était alors le G8, la Russie faisait alors encore partie du club des grandes puissances invitées. Dans cette région de l’Alberta, l’hôtel Pomeroy Kananaskis Mountain Lodge est au cœur de 4000 km² de parcs et de réserves naturelles spectaculaires. Outre l’expérience des sommets diplomatiques, on y a déjà accueilli les équipes des Jeux olympiques de Calgary en 1988.
Exercices de sécurité
« Un G7 pour une région ou pour un hôtel, c’est avant tout la fierté de mettre en avant un lieu face aux télévisions du monde entier. Cette année, étrangement, le sommet est devenu un cadeau empoisonné sur fond de tensions entre le Canada et les États-Unis, nous avons tous peur d’un clash lié à la personnalité de Donald Trump, nous n’aimerions pas que notre région soit associée à un incident diplomatique, on espère que le cadre idyllique apaisera les éventuelles colères présidentielles » , confie Vivienne*, qui travaille sur place. Du côté du protocole canadien, on nous explique « en off » que l’on doit s’attendre à tout, un départ précipité du président américain suite à un coup d’éclat plus ou moins préparé, ou au contraire la volonté de Trump d’occuper l’espace et de se servir de ce podium mondial pour multiplier les annonces. Le Pomeroy Kananaskis Mountain Lodge est en tout cas prêt, 318 chambres, 5 restaurants et une nouvelle aile privée, un hôtel dans l’hôtel, avec une offre plus luxueuse appelée « The Black Diamond Club ».
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Les exercices de sécurité se multiplient depuis un an avec un point d’attention sur les nouvelles menaces liées aux drones ; la région sera fermée au public dès le 10 juin. Les délégations américaines ont toujours droit à un accueil particulier : les services de la Maison-Blanche occupent en général deux étages au moins ou demandent à résider dans un lieu à part du site officiel du G7. « Quand on accueille un G7, on doit être prêt à tout et surtout à l’improvisation permanente. Plusieurs chefs de protocole m’ont appelé pour avoir mon avis. La délégation japonaise ne veut pas entendre parler d’inattendu, aussi lui ai-je soufflé l’idée d’imaginer 2000 scénarios possibles et encore, c’est un chiffre en dessous des réalités d’un déroulé d’un sommet de ce genre », explique Dietmar Müller. L’imprévu est arrivé quand une piscine a débordé dans la suite de Giorgia Meloni lors du G7 en 2024 et qu’en trente minutes il a fallu tout nettoyer : la première ministre italienne se préparait à recevoir Fumio Kishida, son homologue japonais. Les deux chefs de gouvernements n’auront rien vu et su de ce moment cocasse.
Le Borgo Egnazia
Élite hôtelière
Chaque micro-détail compte, y compris la température des salles de réunion. « Je me souviens d’un premier ministre italien qui trouvait la pièce de réunion trop chaude et d’un autre chef d’État qui la trouvait trop froide… Les compromis diplomatiques se jouent également sur ces petits enjeux », confie Capricia Penavic Marshall. La gastronomie joue également un rôle. « Je n’ai eu que des chefs d’État gourmets mais contrairement aux visites d’États, les sommets demeurent avant tout un lieu de travail avec moins d’apparat pour les déjeuners et dîners », observe Dietmar Müller. Le chef français David Senia officiait à Singapour, à l’hôtel Capella, lors de la rencontre historique entre Donald Trump et Kim Jong-un en 2018. Il se souvient : « C’était le déjeuner le plus important de ma carrière et je n’ai eu droit qu’à un petit réchaud pour préparer les différents plats. Entre les deux délégations, tout m’avait été enlevé pour des questions de sécurité. »
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Borgo Egnazia
La liste des hôtels élus est assez courte au vu des enjeux de tels sommets, une élite hôtelière qui compte moins de trente établissements dans l’histoire du G7. Le Borgo Egnazia était un choix direct de Giorgia Meloni pour le G7 en Italie qui a eu lieu l’année dernière. Aldo Melpignano, son propriétaire, explique : « Notre première ministre a choisi les Pouilles, elle voulait un lieu dans le sud de l’Italie, symbolique d’un thème important pour elle qui est l’immigration clandestine. Une fois le choix de la région acquis, notre hôtel s’est vite imposé, car nous avons toutes les structures pour accueillir un tel événement. » L’établissement est une réplique d’un village typique des Pouilles, chaque maison est une suite ou une chambre, une grande piazza fait office de place de village où s’est tenu un dîner typique pour les sept chefs d’État invités… « Dans une ambiance très relax », ajoute Aldo Melpignano. En France, c’est l’Hôtel du Palais à Biarritz qui a accueilli le dernier G7 en 2019. « Nous avons été aidés par deux hôtels du groupe Hyatt, auquel nous appartenons, notamment le Martinez à Cannes, qui nous a envoyé du personnel en renfort, pour la sécurité et certaines mises en place exceptionnelles », souligne Vincent Poulingue, son directeur général.
Nous avons dû scotcher des rideaux avec un attaché militaire car les éclairages de la ville dérangeaient le sommeil de notre hôte présidentiel
Un hôtel en Allemagne qui a reçu récemment une visite d’État
Et puis, des chefs d’État peuvent avoir des demandes que l’on attendrait plutôt d’une rock star. Au Fairmont Le Manoir Richelieu, inauguré en 1929 au Québec, une salle historique a dû être repeinte en blanc lors du G7 en 2018 à la demande de la délégation allemande : Angela Merkel ne souhaitait pas apparaître sur le fond jaune pourtant initial de cette institution. « Le deal est d’accepter toutes les demandes mais on doit nous rendre les lieux comme avant, la salle a retrouvé sa couleur d’origine quelques jours après la fin du G7 », nous avait-on raconté à ce moment-là du côté de l’hôtel. Un autre chef d’État est connu pour requérir une chambre totalement occultée de toute source potentielle de lumière.
Anthony Parkinson
« Nous avons dû scotcher des rideaux avec un attaché militaire car les éclairages de la ville dérangeaient le sommeil de notre hôte présidentiel », apprend-on dans un hôtel en Allemagne qui a reçu récemment une visite d’État. En 2026, ce sera de nouveau au tour de la France d’organiser un G7, la destination n’a pas encore été dévoilée. À Paris, l’Intercontinental Le Grand fait partie des lauréats du ministère des Affaires étrangères pour accueillir les délégations internationales. L’hôtel dispose notamment d’une suite dont la salle de bains est un bunker sécurisé et de chambres avec des vues superbes sur l’Opéra. « Nous offrons tout Paris dans un palace », explique Christophe Laure, son directeur général, qui a accueilli récemment Volodymyr Zelensky. Son WhatsApp peut sonner à tout moment : plusieurs chefs d’État et ministres ont pris l’habitude de passer directement par lui lors d’une visite à Paris.
Le lieu qui accueillera le prochain et dernier G7 organisé par Emmanuel Macron avant la fin de son mandat sera Evian, en Haute-Savoie, vingt-trois ans après le sommet du G8 qui s’y était tenu. Un cadre montagnard pour promouvoir une carte postale réussie du sommet le plus important du calendrier diplomatique.
* Le prénom a été modifié.
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