Locomotives à vapeur, vieilles Micheline… La deuxième vie des trains d’époque, bichonnés par des passionnés


DÉCRYPTAGE – À l’arrivée des beaux jours, des rames anciennes embarquent les touristes sur de petites lignes pittoresques ou au milieu du trafic des TER et des TGV. Le fruit d’un travail de préservation mené par une centaine d’associations de férus du ferroviaire.

Leur sifflement résonne de nouveau à travers les champs, au fond des vallées ou sur les flancs des montagnes. Locomotives à vapeur, voitures Pullman, autorails Picasso, Micheline… À chaque printemps, ces reliques de l’âge d’or du ferroviaire sortent de leur dépôt après des mois d’hibernation, bichonnés par des passionnés du rail. Le Vhemin de fer de la Baie de Somme sur la côte picarde, le Vapeur du Trieux en Bretagne, le Train de Pignes en Haute-Provence… En France, près d’une centaine d’associations redonnent vie à du matériel parfois centenaire pour les faire circuler quelques semaines ou mois par an. De quoi enchanter les touristes qui s’offrent le plaisir d’un voyage à petite vitesse à bord d’un train d’époque pour une dizaine d’euros.

Ces associations sont presque toutes regroupées au sein de l’Unecto, l’Union française des exploitants de chemins de fer touristiques, de vélorails et de musées ferroviaires. «Elles se divisent en deux catégories : celles, majoritaires, qui possèdent leur propre réseau et celles qui empruntent le réseau ferré national», c’est-à-dire les mêmes voies que les trains de voyageurs de la SNCF, résume Henri Barbier, responsable Trains touristiques et historiques chez Once Upon a Train (Ouat), association de promotion des voyages en train. Toutes fonctionnent essentiellement avec des bénévoles qui se chargent aussi bien de l’entretien des voies et du matériel que de la conduite des rames, de la billetterie ou des animations à bord.

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Des trains sauvés de la casse dans les années 1970

Les Chemins de fer de la Baie de Somme empruntent l’ancien réseau des Bains de Mer
Frédéric Leonardi / Somme Tourisme

C’est au tournant des années 1970 que ces associations de ferrovipathes ont émergé partout sur le territoire. Jusqu’alors, pour des questions de réglementation, les trains de voyageurs privés n’étaient pas autorisés à circuler sur le réseau ferré national. L’assouplissement des règles a permis à des collectifs d’acquérir auprès de la SNCF des locomotives et voitures laissées à l’abandon ou destinées à la casse afin de les faire circuler à des fins touristiques. Et parfois pour une somme modique. «Notre association a acquis sa première locomotive en 1974 pour 1000 francs symboliques», rappelle Henri Barbier, également président du Train à vapeur d’Auvergne. De telles transactions sont difficiles à réaliser aujourd’hui. La SNCF est réticente à vendre ou donner son matériel afin notamment de respecter la réglementation européenne sur l’amiante.

«En plus de préserver ces trains, les associations ont aussi pour objectif de sauvegarder le patrimoine immatériel en perpétuant des savoir-faire», ajoute Henri Barbier. «L’entretien et la restauration font appel à des corps de métier rares, comme celui de tourneur fraiseur, capable de créer des pièces métalliques exclusivement dédiées à notre matériel et fabriquées nulle part ailleurs», souligne Line Brunner, directrice d’exploitation du Chemin de fer de la Baie de Somme, principal train touristique en France avec près de 215.000 passagers transportés en 2023.

Les associations en appellent aussi au savoir-faire des plus anciens pour la conduite des trains. «En Île-de-France, les dernières locomotives à vapeur ont circulé jusqu’en 1969 sur la ligne de la Bastille [ancêtre de l’une des branches est du RER A, NDLR]. Ce sont leurs anciens conducteurs qui ont formé nos bénévoles. L’une des missions d’associations comme la nôtre est de transmettre ces compétences de génération en génération», souligne Pascal Berger, administrateur de l’Ajecta, association qui gère aussi le Musée vivant du chemin de fer à Longueville (Seine-et-Marne).

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Une deuxième vie aussi pour les lignes abandonnées

Une fois les trains entrés dans les collections, reste encore à trouver les voies sur lesquelles les faire circuler. Bien souvent, il s’agit de portions de lignes déclassées et acquises par le département ou les associations elles-mêmes. Les Chemins de fer de la Baie de Somme empruntent ainsi l’ancien réseau privé des Bains de mer, en activité de 1887 à 1972, aujourd’hui propriété du département de la Somme. Le Train des Pignes circule sur la ligne Nice – Digne-des-Bains, gérée par la région PACA, tandis que le Chemin de fer de Vendée, entre Mortagne sur Sèvre et les Herbiers, roule sur une ancienne section du réseau national.

«Pour les associations qui louent ou possèdent leur propre réseau, l’autorisation de circulation est donnée par la préfecture, plus précisément par son Service technique des remontées mécaniques et des transports guidés (STRMTG)», rappelle Henri Barbier. Mais tout se complique quand ces trains doivent rouler sur le réseau national aux côtés des trains de voyageurs et de fret. «Dans ce cas, les associations doivent réserver un sillon [créneau de circulation, NDLR] au moins trois mois avant la date de départ souhaitée. Charge ensuite aux horairistes de SNCF Réseau d’intégrer ce train aux autres circulations tout en s’assurant que le train répond aux caractéristiques des voies empruntées, par exemple en termes de masse ou de puissance de traction», poursuit Pascal Berger.

«Nos trains circulent alors sous le certificat de sécurité de la SNCF qui définit le cahier des charges à respecter. La présence d’un cadre traction de la SNCF est obligatoire dans nos locomotives aux côtés du chauffeur et du mécanicien», ajoute-t-il. Autant de règles à respecter pour exhiber sa collection au plus grand nombre de curieux. Ainsi, les 22 mai et 25 juin, les voyageurs de la gare du Nord à Paris auront la surprise d’apercevoir des trains anciens de l’association Matériel Ferroviaire Patrimoine National (MFPN). Stationnés au milieu des TER et des TGV, ils s’élanceront jusqu’au Tréport et Boulogne-sur-Mer avec à bord des centaines de passionnés installés sur des banquettes en skaï. Quand l’ancien rencontre le moderne.

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