l’or blanc n’a pas encore disparu


En décembre 2022, une « période de redoux » avait contraint à la fermeture de la moitié des pistes de l’Hexagone, mais le ski a aussi de l’avenir. Picasa / minicel73 – stock.adobe.com

Alors que le mercure ne cesse de grimper, les stations d’altitude se préparent un futur qui remet en question les vacances à la neige.

«Le ski a aussi de l’avenir. Bien sûr, il y a moins d’enneigement. Bien sûr, il va falloir s’y habituer, et développer une montagne qui soit attractive au printemps, en été, mais qui reste attractive en hiver. » Les mots d’Olivia Grégoire claquent dans les oreilles. La ministre déléguée au Tourisme s’exprime face à un parterre de professionnels et représentants d’associations, guides, moniteurs, hôteliers réunis, ce 26 octobre, à Chamonix, lors d’un « sommet pour une montagne durable ». Leur plus petit dénominateur commun : habiter la montagne et vouloir continuer à y vivre quand il n’y aura plus de ski. Autour des tables rondes, des solutions, éprouvées, se succèdent. Justement, la ministre est venue « s’inspirer ». « C’est important la montagne durable, la montagne des quatre saisons. Or à Chamonix, dans la vallée de l’Arve, vous n’avez pas attendu la crise de l’énergie, vous l’avez anticipée », félicite-t-elle.

Non au «ski bashing»

L’or blanc n’a pas encore disparu. Mais en décembre dernier, une « période de redoux » avait contraint à la fermeture de la moitié des pistes de ski de l’Hexagone. Le président de l’Association nationale des maires des stations de montagne, Jean-Luc Boch s’était alors insurgé contre le « ski bashing », dénonçant une « incompréhension du modèle économique qui fait vivre nos territoires, alors même que la France a tout misé sur le tourisme », dans une interview au Figaro. Les fondus de glisse scrutent les premiers flocons de la nouvelle saison avec fébrilité. « J’ai été mis sur des skis l’année où j’ai commencé à marcher. Cela m’est insupportable de penser que ma passion contribue à la destruction directe des environnements dans lesquels j’évolue », scande Antoine Pin, directeur de Protect Our Winters France, collectif de pratiquants de sports outdoor militants, lors d’un autre colloque sur le « tourisme positif », organisé quelques jours avant celui de Chamonix, à La Grande-Motte en Occitanie. « Parce qu’ils sont ouverts aux milieux qu’ils fréquentent, les pratiquants de sports en plein air peuvent être des vecteurs d’engagement fort en faveur du climat et inspirer le reste de la population, poursuit ce grand voyageur des cimes. Alors, avant de mettre un holà à tout ça, nous allons tout faire pour rendre nos activités compatibles avec les défis planétaires de l’accord de Paris. »

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La montagne quatre saisons

Ouvrir davantage au tourisme la vallée de Chamonix-Mont-Blanc de cinq à dix mois par an répond au « principe de la montagne quatre saisons ». Leonid Tit / stock.adobe.com

Dans cette veine-là, la Compagnie du Mont-Blanc devient ces jours-ci une entreprise à mission, afin de formaliser ses actions en faveur de la préservation de l’environnement et l’accessibilité à la montagne. Ouvrir davantage au tourisme la vallée de Chamonix-Mont-Blanc de cinq à dix mois par an répond au « principe de la montagne quatre saisons », souligne son président, Mathieu Dechavanne. Et puis, la reconstruction par l’archistar Renzo Piano des gares de téléphérique du site des Grands Montets, avec une mise en service prévue en 2026, ouvre une perspective aux férus d’alpinisme dont les possibilités s’amenuisent en même temps que le froid et la neige. « Avec le réchauffement climatique, les difficultés de la mer de Glace et la dangerosité de la montagne, nous avons besoin d’un site où réaliser l’alpinisme. Et c’est celui-là », pointe Mathieu Dechavanne. Les mots d’André Maurois résonnent. « Un soir consacré à la lecture de grands livres est pour l’esprit ce qu’un séjour à la montagne est pour l’âme », écrit Olivier Greber, président de la Compagnie des guides de Chamonix, dans l’avant-propos d’un livre document, Les Guides de montagne et le Changement climatique. Une histoire d’adaptation *, paru en 2021 à l’occasion des 200 ans de l’association. S’il n’y est pas question de neige, c’est parce que pour les guides accompagnateurs, l’émotion précède la matière, la montagne s’impose comme un lieu de partage avant tout autre chose. Une photographie, splendide, d’un bivouac posé au coucher du soleil sur la crête sommitale des Droites, à 4000 mètres d’altitude, illustre une des pages. « À condition de savoir gérer son impact environnemental, le bivouac est proposé ici comme un outil pour ralentir le rythme des courses et pour s’adapter à l’évolution des conditions », indique la légende. Et celle-ci souligne : « Cette image traduit l’imaginaire “classique” de la haute montagne que nous avons su transmettre depuis des décennies, et montre un paysage aussi beau que fragile […]. » Les acteurs de la montagne sont des sentinelles, bien déterminées à continuer de nous faire rêver.

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* Ce livret est consultable gratuitement sur Chamonix-guides.com



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