Quelles sont les tendances de voyage qui vont marquer 2024 ?


Les voyageurs devraient encore adopter de nouvelles habitudes cette année, motivées par l’inflation, le recours à l’intelligence artificielle et l’ouverture de nouvelles destinations au grand public. Tour d’horizon.

Après des années marquées par une crise sanitaire sans précédent, 2023 a signé le retour à une certaine normalité dans le monde du tourisme. Plus de passe sanitaire ni de restrictions aux frontières. Et maintenant ? Inflation, préoccupations environnementales, émergence de l’intelligence artificielle, impact des Jeux olympiques… sont autant de facteurs qui marqueront notre manière de voyager en 2024.

Des prix en hausse et des arbitrages à la clé

L’inflation recule, mais cela se voit-il vraiment dans le prix de nos voyages ? Tout voyageur l’a constaté : du billet d’avion à la nuit d’hôtel, les tarifs ont flambé, pour des raisons structurelles (prix de l’énergie et de la main-d’œuvre) ou plus opportunistes (fort désir de voyage, demande supérieure aux capacités…). En témoignent les prix des billets de TGV qui devraient augmenter en 2024, comme l’a récemment annoncé Jean-Pierre Farandou, le PDG de la SNCF. Une hausse certes modérée, mais qui fait déjà grincer des dents. Car l’élastique des prix est tendu et en 2023, des destinations aussi courues que la Corse en été ont fait les frais de politiques inflationnistes.

Comment les voyageurs arbitrent-ils désormais ? «L’inflation impacte peu le nombre de départs , observe Louis Gendry, consultant spécialiste du tourisme chez Roland Berger. L’envie de partir reste si forte que les voyageurs sanctuarisent leur budget loisirs. Les retraités, dont les pensions viennent d’être revalorisées, sont moins pénalisés par l’inflation. Néanmoins, une fois à destination, les vacanciers pourraient faire des sacrifices, par exemple en allant moins au restaurant ou en écourtant leur séjour d’une nuit.» De quoi profiter aux logements de type Airbnb ? C’est l’avis de Luc Béal, enseignant-chercheur à Excelia Tourism School, à La Rochelle : «L’offre hôtelière risque de devenir de plus en plus inaccessible financièrement pour certains voyageurs. Les locations entre particuliers et meublés touristiques devraient encore plus séduire les familles puisqu’ils correspondent davantage à leur budget et à la taille du foyer.»

Une offre de train plus large et plus visible

Jamais les Français n’ont autant pris le train qu’en 2023. L’été dernier, la SNCF a transporté 24 millions de voyageurs sur ses grandes lignes, soit un million de plus qu’en 2022, qui fut déjà une année record. Si le regain d’intérêt pour le ferroviaire existe depuis quelques années, notamment dans un contexte marqué par le changement climatique, 2024 pourrait bien être celle de la consécration pour le train. Il n’y a qu’à voir l’engouement inédit qu’ont suscité les dernières ouvertures des ventes des billets, avec des TGV complets en quelques minutes et un site de réservation saturé. La montée en puissance de nouveaux concurrents (Renfe et Trenitalia) et la création de nouvelles lignes étofferont davantage l’offre ferroviaire en France et vers l’Europe.

Le train bénéficie aussi d’une meilleure visibilité dans les médias (y compris sur Le Figaro Voyage ) ainsi que sur de nouveaux sites spécialisés dans les voyages bas carbone. Mollow et Hourrail!, pour ne citer qu’eux, font connaître sur les réseaux sociaux des itinéraires ferroviaires insoupçonnés auprès de la jeune génération, soucieuse de faire un geste pour l’environnement sans pour autant sacrifier leurs envies de voyage. Alors que l’inflation va inévitablement se répercuter sur les prix des billets, la création d’un «passe rail» dans le courant de l’année pourrait en partie soulager le porte-monnaie des voyageurs : pour 49 € par mois, il permettra d’emprunter à volonté tous les TER et Intercités de France.

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Le grand retour de l’Asie dans nos envies de voyage

La Chine reste encore à découvrir entre les provinces méconnues du Yunnan et du Sichuan. THOMAS GOISQUE

Et si 2024 était l’année rêvée pour retourner en Asie ? Lourdement atteint par le Covid, dont il fut l’épicentre, le continent n’a pas tellement eu l’occasion de se remettre sur pied. En 2023, la guerre en Ukraine provoquait un allongement des vols internationaux, entraînant une hausse significative du prix du trajet en avion. Mais la destination devrait enfin reprendre des couleurs cette année. À commencer par un invité inattendu : la Chine. Le 24 novembre, l’Empire du milieu a pris une décision historique, en annonçant une exemption de visa d’un an pour les voyageurs de six pays, dont la France. «Depuis, les demandes ont fait un bond», se réjouissait alors Karine Vampouille, responsable de la destination pour le tour-opérateur Asia.

Et le pays n’est pas le seul à libéraliser sa politique d’entrée : la Mongolie a choisi de prolonger jusqu’en 2025 son exemption de visa pour les touristes tandis que l’Indonésie devrait l’officialiser dans les prochaines semaines. Depuis le 1er janvier, le Cambodge n’exige plus qu’une autorisation de voyage électronique (à la place des formulaires de déclaration d’entrée, de santé et de douane) et le Vietnam permet désormais les voyages sans visa jusqu’à 45 jours – contre 15 auparavant. Interrogé par le Figaro, le tour-opérateur Arts et vie, spécialiste des voyages culturels, confirme cet engouement pour l’Asie en 2024 avec un très bon démarrage pour le Japon et le Vietnam, deux destinations touristiques déjà très prisées, mais aussi l’Inde, la Chine ou le Sri Lanka. Selon le baromètre Kayak, Bangkok est la ville la plus désirable pour les voyageurs pour l’année prochaine.

Plus d’anticipation en vue des Jeux olympiques

Hôtels à des prix astronomiques, tarif des transports en commun doublé… À sept mois du début des JO Paris 2024, Parisiens et voyageurs observent déjà certains effets (néfastes) de la compétition sportive. Récemment, l’association UFC-Que Choisir a dénoncé les tarifs exorbitants pratiqués par plusieurs hôtels parisiens lors de l’événement, certains n’hésitant pas à quintupler leurs tarifs. Une situation que nombre de voyageurs ont anticipée, voire suranticipé. C’est ce que note Bertrand Burdet, directeur des opérations Airbnb pour l’Europe, auprès du Figaro : «Nous n’avons jamais observé des réservations autant en avance. Nous avons reçu les premières dès mars 2023, alors que les JO sont en juillet 2024.» Et ce phénomène est visible dans toutes les grandes villes hôtes (Paris, Lille, Marseille…) et les alentours, comme Reims (50 min de TGV depuis Paris).

Avec l’organisation de ces Jeux, faut-il s’attendre à ce que les Français passent l’été en dehors de l’Hexagone, quitte à déroger à leurs habitudes ? On sait qu’aux beaux jours, les flux touristiques se portent naturellement plus vers le littoral que vers les villes. En plus d’être davantage anticipés, les séjours de l’été 2024 devraient aussi être plus longs. «Certains Français pourraient être tentés d’investir plus longtemps leur lieu de villégiature ou leur résidence secondaire alors que certaines entreprises franciliennes poussent d’ores et déjà leurs salariés à faire du télétravail pendant la période des JO», note Luc Béal, enseignant-chercheur à Excelia Tourism School.

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La campagne, toujours plus «in»

Depuis la crise du Covid, la mise au vert se démocratise chez les Français, au point d’en devenir un mode de vacances à part entière. Déjà, l’année dernière, le groupe Expedia notait le besoin de nature parmi les grandes tendances de voyage. Le phénomène se renforce au fur et à mesure que l’offre d’hébergement se structure. En témoigne la fréquentation estivale dans les zones rurales, qui ont gagné plus d’un million de nuitées en 2023. Airbnb – forte d’un partenariat avec l’Association des Maires ruraux de France, qui prévoit de développer 15.000 logements touristiques dans nos régions – contribue à cette envolée. La plateforme a largement réussi à s’implanter dans nos campagnes. Le Loir-et-Cher, l’Ardèche et la Dordogne sont désormais plébiscités par les voyageurs, selon le géant américain. «Nous avons développé une offre très importante en France, qui favorise la découverte des territoires ruraux», s’enorgueillit Bertrand Burdet. Preuve en est : en 2022, Airbnb a enregistré une augmentation de 80% des nuitées sur les territoires ruraux par rapport à 2019.

Le tourisme industriel pourrait également profiter de cet essor, alors que de plus en plus d’usines et de sites de production ouvrent leurs portes aux visiteurs. Certaines régions, souvent considérées comme les mal-aimées des paysages, tirent leur épingle du jeu à l’image de la Ruhr. Le bastion de l’industrie lourde en Allemagne est devenu en quelques années un centre culturel, avec 1000 monuments industriels classés, 200 musées et 120 théâtres.

Le charme discret des «dupes», ces destinations bis

Plutôt que le mont Saint Michel, si on allait voir le St Michael’s Mount, dans les Cornouailles ? Le Figaro

Étendre sa serviette sur la Côte bleue plutôt que de s’agglutiner dans les calanques de Marseille, découvrir le très british St Michael’s Mount pour ne pas subir les files d’attente du mont Saint-Michel (2,8 millions de visiteurs en 2022)… En voyage, la tentation du chemin de traverse n’est pas neuve. Éviter les foules en optant pour un équivalent méconnu aux grands classiques relève du bon sens. Mais la tendance s’est sans doute accrue depuis la fin de la pandémie, alors que les prix flambent, que le tourisme de masse fait l’objet de plans gouvernementaux et que la prise de conscience de la fragilité des écosystèmes incite à plus de mesure.

En 2023, les réseaux sociaux, et, dans leur foulée, agences de communication et offices de tourisme, se sont emparés de cette idée (ancienne) pour en faire un concept – nouveau et au nom anglais, cela va sans dire : les «dupes». Comprenez, les doubles, les jumeaux ou dans une acception plus péjorative, les contrefaçons. Prenez deux lieux qui se ressemblent, accolez leurs photos sur Instagram ou TikTok et demandez à vos followers de reconnaître l’original et la copie. La réponse ? Jamais celle que l’on croit, bien sûr ! En décembre, une étude de la plateforme Expedia évaluait qu’un Français sur trois avait déjà succombé au charme discret des «dupes» – le plus souvent pour fuir les touristes (48%). Parmi les destinations bis qui ont rencontré le plus de suffrages en 2023, Taïpei (en lieu et place de Séoul), avec 2800% de recherches en plus et Paros (plutôt que Santorin) avec 193% de recherches supplémentaires.

Interrogée par Le Figaro, la directrice générale d’Evaneos Aurélie Sandler ne voit que des avantages à cette tendance, qu’elle encourage en suggérant des alternatives à ses voyageurs. «Au Pérou, nous réorientons les gens vers un endroit proche du Macchu Pichu mais moins connu. Si l’alternative est séduisante, le voyageur fait ce choix naturellement.» Imparable. Du moins jusqu’à ce que le plan B en question pâtisse lui aussi de sa notoriété…

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L’intelligence artificielle, un assistant de voyage en devenir ?

Dans le tourisme, l’impact de l’intelligence artificielle générative, ou pour les moins technophiles, ce système capable de créer du texte, des images et d’autres contenus à partir de l’instruction d’un utilisateur humain, se fait déjà sentir. Elle permet d’abord de planifier un séjour en formulant des «prompts» (requêtes) dans ChatGPT ou sur d’autres outils plus spécialisés, comme Roamr (qui propose de créer un itinéraire sur-mesure) ou Vacay Chatbot (on construit un planning de voyage dans le lieu de votre choix).

Autre possibilité offerte par l’IA : celle de découvrir des lieux méconnus. C’est toute la philosophie d’Around Us, lancée en juin 2023 par Jean-François Pillou, fondateur notamment du site CommentCaMarche (groupe Figaro). Téléchargée à plus de 500.000 reprises et disponible en 8 langues, l’appli permet de découvrir des «trésors cachés» autour de soi en triant parmi les millions de centres d’intérêt recensés dans Google, puis de les restituer via des filtres. Une grotte secrète, une fontaine méconnue… «C’est en associant l’humain et la machine que nous obtiendrons les meilleures clés pour découvrir le monde», affirme le dirigeant.

Mais les IA génératives présentent tout de même des limites. D’abord, la qualité de la formulation conditionne celle de la réponse, notamment quand il s’agit de «croiser» des données. Autrement dit, il faut inscrire les bons mots-clés pour avoir une réponse complète. Ensuite, la base de connaissance de l’IA peut-être limitée : elle s’arrête par exemple en 2021 dans la version gratuite de ChatGPT. Un hôtel suggéré peut avoir fermé entre-temps… Ce qui amène enfin, à l’obligation de «terminer» le parcours sur un ou plusieurs sites de réservation, quoi qu’il arrive. «Ces technologies sont intégrées à grande vitesse par les agences de voyages en ligne (OTA) telles qu’Expedia, qui ont l’intention d’offrir bientôt des fonctions conversationnelles de planification de voyage», constate Luc Béal. Mais une question demeure : jusqu’où iront-elles pour influencer les décisions des voyageurs ?

Le cyclotourisme en force

Pour une bonne partie des voyageurs, vacances riment désormais avec deux-roues (non motorisés). Depuis plusieurs années, le cyclotourisme prend une ampleur telle que les loueurs de vélos ont dû puiser dans leurs stocks l’été dernier pour répondre à la demande grandissante. Un phénomène accentué par une démocratisation de la pratique, rendue plus facile avec l’essor des modèles à assistance électrique. Par ailleurs, de plus en plus de véloroutes maillent le territoire, à l’image de la Durance à vélo. Certaines ont vu leur popularité exploser, comme la Loire à vélo, où les cyclistes sont toujours plus nombreux chaque été (près de 2 millions en 2022). Et cette dynamique devrait continuer en 2024, alors que le secteur se structure, tant au niveau de l’offre que des itinéraires. Aménagements en faveur des pistes cyclables, intérêt grandissant pour le slow tourisme, prix attractifs, intérêt pour un tourisme plus local… Les planètes sont alignées pour voir les cyclistes se multiplier sur les routes.



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