Randonnée dans le Mercantour, destination les lacs perchés


Le massif du Mercantour, dernier promontoire de l’arc alpin avant qu’il n’aille piquer une tête dans la Méditerranée, abrite une poignée de vallées discrètes. En juin, la haute Tinée se dépouille de son manteau neigeux et révèle l’un des sites les plus prestigieux des Alpes-Maritimes.

Comment passer en moins de 70 km de la Méditerranée à l’Arctique ? En remontant le couloir biologique de la vallée de la Tinée, les étages de végétation se succèdent comme jamais : le long de la route, les oliviers et les genévriers de Phénicie cèdent le terrain aux chênaies puis aux mélézins et lorsqu’on gare la voiture dans le vallon du Pra, l’étage subalpin a déjà pris ses aises.

Le hameau du Pra est le point de départ d’une superbe randonnée aérienne qui déroule son tracé à l’intérieur de la zone cœur du parc national du Mercantour , réputée pour sa faune abondante et ses pelouses alpines pavoisées dès le mois de juin. Une longue itinérance – six heures tout de même – mais au dénivelé raisonnable qui donne accès à l’un des plus beaux points de vue des Alpes-Maritimes : un chapelet de lacs émeraude reliés par une ganse de cascades et de ruisseaux.

Les lacs de Vens, la randonnée en pratique

Une longue itinérance au dénivelé raisonnable qui donne accès à l’un des plus beaux points de vue des Alpes-Maritimes. Christophe Migeon / Le Figaro

16 km > 6h > dénivelé + 1 180 m > Balisage : panneaux du parc national du Mercantour et marques jaunes. (voir notre carnet pratique pour bien vous repérer sur le parcours).

Carte IGN : 3639 OT Haute Tinée 1 – Auron.

Départ : vallée de la Tinée à 105 km au nord de Nice par la M6202 puis M 2205 et M64. Parking des lacs de Vens à 2,5 km avant le hameau du Pra. Panneau du parc national du Mercantour en bord de route.

Difficultés : généralement impraticable avant la mi-juin en raison de l’enneigement. Point GPS : N 44,322117 – E 6,886441.

Les étapes

DU PRA JUSQU’À LA MAISON FORESTIÈRE

La neige peut rester accrochée tard dans la saison. Christophe Migeon / Le Figaro

Depuis le hameau du Pra, pour gagner le billard verdoyant des pelouses alpines, il faut grimper le long d’un torrent à l’haleine fraîche bordé de myosotis aux yeux bleus. Le sentier, héritage d’un excellent réseau d’itinéraires pédestres tracés par les Eaux et Forêts dans les années 1930, s’élève en lacets réguliers mais raides pendant trois bons quarts d’heure. Puis, par le plateau de Morgon, avec la cime de la Bonnette dans le dos, l’ascension se fait en douceur et sans difficultés. Le chemin servait alors à la desserte des alpages et à la restauration des pentes érodées par le surpâturage.

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Chaque été, 20.000 à 30.000 moutons montent encore de la plaine de la Crau ou du Var pour brouter les riches pâturages de la vallée. Et comme souvent, la polémique du loup ne tarde pas à faire surface : sur les cinq meutes du Mercantour, l’une s’est établie dans la Tinée et se paie un en-cas de brebis de temps à autre. Ici ces loups posent problème alors que juste derrière la frontière, au-delà des crêtes, ils ne font pas parler d’eux. Sans doute parce qu’en Italie, ce sont des petits troupeaux qui sont rentrés tous les soirs pour la traite, tandis qu’en France les brebis sont élevées pour la viande en troupeaux de 2000 à 3000 têtes. Rappelons que l’une des missions du parc national est de veiller à la bonne cohabitation entre l’homme et le sauvage… et que ce n’est pas toujours facile.

VERS LE COL DU FER

La maison forestière de Tortisse surgit au beau milieu d’une croupe d’herbe tendre. Christophe Migeon / Le Figaro

La maison forestière de Tortisse surgit au beau milieu d’une croupe d’herbe tendre avec la soudaineté d’un aérolithe tombé de l’espace. Propriété de l’ONF et fermés au public, ces bâtiments ont été construits après la Seconde Guerre mondiale pour héberger le personnel travaillant pour la restauration des terrains de montagne (RTM). Les hampes florales des asphodèles ne sont pas encore mouchetées de grappes blanches. Dans ces contrées où l’hiver s’attarde et traînasse comme un convive indélicat, la nature se réveille bien tard.

Des chamois au pelage déjà clair se carapatent dans un pierrier. Ils sont souvent présents en petites bandes éparses sur les versants autour du plateau de Tortisse. Les naturalistes estiment qu’ils peuvent abattre sans forcer 1000 m de dénivelé positif en une heure. Quand il était en forme, le grand Reinhold Messner n’avait besoin que de 35 minutes pour gravir la même distance. Durant la longue montée vers le col du Fer, on a le temps de se demander ce que pourrait bien faire le Reinhold Messner des chamois… Ce patronyme métallique tire son origine du minerai qu’on trouvait en abondance sur les crêtes roches rocheuses alentour et qui était ensuite fondu sur le plateau de Morgon. Du haut du col, à 2584 m, un panorama grandiose s’ouvre sur le Val Stura italien et le Mont Viso, le plus haut sommet des Alpes du Sud (3841 m).

LES AIGUILLES DE TORTISSE

L’impressionnante arche naturelle. alessandrogiam

L’itinéraire se poursuit en balcon en direction de curieuses formations géologiques, un spectaculaire chaos dolomitique hérissé d’éperons déchiquetés, les Aiguilles de Tortisse. C’est l’heure d’une petite leçon de géologie. Tortisse est ce qu’il reste d’un grand pli couché aux flancs parallèles. Composés à la fois de calcaire dolomitique facilement dissous par les eaux superficielles et de matériaux gréseux beaucoup plus résistants, ces reliefs ont été évidés puis sculptés par des millénaires d’érosion différentielle au point de faire penser de loin à des ruines.

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Pour les observer de plus près, il suffit d’emprunter en aller-retour plein ouest une sente bien raide depuis le collet de Tortisse (2 591 m) jusque sur la partie haute des Aiguilles. Avant de rebrousser chemin vers le collet, penser à profiter de la vue plongeante sur les lacs. Une autre coquetterie de calcaire, une arche naturelle, attend le randonneur un peu plus bas en bordure de sentier.

LE REFUGE DE VENS ET LES LACS

L’enfilade de lacs, chapelet de perles saphir, s’égrène en cascade jusqu’au fond de la combe. Christophe Migeon / Le Figaro

La terrasse du refuge de Vens en surplomb au-dessus du plus grand des lacs est l’endroit idéal pour déguster une part de tarte aux myrtilles et se repaître du panorama. L’enfilade de lacs, chapelet de perles saphir, s’égrène en cascade jusqu’au fond de la combe. Les névés viennent encore mordiller les contours des plans d’eau de leurs mâchoires glacées. Certains en comptent cinq, d’autres six, en tout cas, ils demeurent figés sous leur gangue de glace pendant six à huit mois de l’année. Engourdies et privées de casse-croûte en l’absence de photosynthèse, les truites qui y séjournent n’ont d’autre choix que de se mettre en mode veille et d’attendre le dégel fin juin. Le contraste est grand entre le quasi-néant des lacs et le foisonnement de vie végétale et animale qui anime les pelouses alentour.

Les populations de chamois sont désormais en nette augmentation. Christophe Migeon / Le Figaro

Après une grave épidémie de keratoconjonctivite, les populations de chamois sont désormais en nette augmentation. Les gardes du parc national se rappellent avec émotion de cette terrible période où la moitié des bêtes étaient devenues aveugles, se heurtaient aux troncs des mélèzes et se noyaient parfois en allant boire dans les lacs… Depuis les chamois sont de retour au point que les bergers se plaignent de leur concurrence ! Depuis le refuge, on longe le premier lac par la droite avant de quitter le second par une sente qui file pour une traversée en balcon jusqu’à un petit collet au-dessus de la maison forestière de Tortisse. Quelques sifflements de marmottes plus tard, on retrouve la civilisation et son indissociable bitume au hameau du Pra.


Carnet de route et conseils

Dans le vallon de Vens. Christophe Migeon / Le Figaro

Itinéraire

Depuis la route, prendre la piste sur la droite (balise n°20 « refuge et lacs de Vens ») et la suivre sur 1 km. Traverser le torrent de Vens puis après 50 m de suite à gauche. Monter en lacets réguliers, franchir une seconde fois le torrent pour arriver à la balise n°22. Prendre à gauche puis à la balise 23 (2 400 m) à droite en suivant toujours «refuge et lacs de Vens» pour arriver sur une butte (point côté 2409) qui domine le lac principal. Poursuivre par une longue traversée vers le refuge que l’on aperçoit au bout du lac (2 380 m). De la balise 22 il est possible de partir sur la droite pour franchir le pas des pêcheurs et passer près des lacs inférieurs (attention en début de saison, passages très humides).

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Pour le retour, depuis le refuge, prendre la direction du col de Fer (2584 m) et redescendre vers la « maison forestière de Tortisse » (2252 m). Suivre sur la gauche, plein ouest, l’indication « le Pra » dans la traversée fleurie du plateau de Morgon. Après avoir franchi à gué un torrent, le sentier descend en lacets serrés jusqu’au hameau du Pra. Il vous reste alors 2,5 km à faire sur la route pour rejoindre le parking du départ (le stop fonctionne très bien !).

CONSEILS

Partir de bonne heure le matin, c’est une longue randonnée ! Pour les photographes, les Aiguilles de Tortisse sont bien éclairées dans l’après-midi.

OÙ DORMIR

Le chalet d’Auron. Superbe hôtel quatre étoiles dans la station de ski d’Auron, à 200 m de la place du village. Chambres à partir de 280 €. Piscine et bains à remous. La voie du Berger, Auron. Tél. : 04 93 23 00 21, chaletdauron.fr

Le Corborant. Un gîte d’étape de 20 places aux portes du Parc national du Mercantour. Nuitée 22 €, demi-pension 43 € (petit déjeuner 6 €). 41 rue Droite, 06660 St-Etienne de Tinée. Tél. : 04 93 03 45 77, gite-tinee-mercantour.com.

Le chamois d’Or. Une crêperie qui propose une cuisine de tradition française aux touches méridionales. Plat-dessert ou entrée-plat autour de 25 €. 1 Avenue du Général de Gaulle, 06660 St-Etienne de Tinée. Tél. : 04 93 02 44 80.

En savoir plus :

Comité régional du tourisme Riviera Côte d’Azur, tél. : 04 93 37 78 78, cotedazur-tourisme.com.



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