les vacances des Français dans leurs pays d’origine
TÉMOIGNAGES – Portugal, Maroc, Arménie…Pour certains vacanciers, les mois de juillet et août riment avec retour aux sources. Premier voyage ou tradition estivale, comment vivent-ils ces périples ?
Revenir à ses origines. Les vacances d’été sont, pour certains Français binationaux ou d’origines étrangères, l’occasion de retrouver une partie de leurs familles. D’autres s’y rendent pour la première fois, revêtant ainsi non pas la casquette du simple touriste, mais celle d’un vacancier ayant un lien «génétique» avec le lieu.
Dès lors, comment perçoit-on une ville dont l’histoire est aussi un peu la nôtre ? Pourquoi revenir chaque année dans un endroit qu’on connaît par cœur ? Émotions, lassitude et attachement : plusieurs vacanciers partagent au Figaro leurs étés familiaux loin de l’Hexagone.
Maroc : Anas et Sara
Lorsqu’ils sont en vacances au Maroc, Anas et Sara jouissent d’une drôle d’ambivalence : se sentir aussi bien autochtone que touriste. «On appelle les gens comme nous des MRE (marocains résidents à l’étranger, NDLR). C’est une catégorie sociale à part entière qui a son propre ministère», avance le frère aîné, business manager de 27 ans. «Grosso modo, c’est plutôt une source de taquineries, poursuit sa sœur, de trois ans sa cadette, en prépa. On est un peu les princesses du Maroc !»
De mère française, de père franco marocain, les deux ont grandi et vivent à Paris mais tiennent à revenir au moins une fois par an en terres paternelles. «Conserver des liens avec sa famille, avec cette culture et entretenir la langue, c’est un devoir autant qu’un plaisir.» Toujours pour voir leurs proches, que ce soit à Casablanca, dans l’immeuble familial, ou chez les grands-parents, à la campagne.
Pour la première fois, Anas prévoit de s’y rendre en novembre avec des amis : « Le Maroc est comme le Japon, entre tradition et modernité. Avec la famille, le côté traditionnel prime. Le fait d’être dans la vie active et de m’y rendre de façon indépendante permet aujourd’hui de découvrir une nouvelle facette du pays.» Sa sœur opine : «Le Maroc touristique n’a plus besoin d’être vanté, mais je ne le connais pas encore… Je conseille de se balader sur les routes des campagnes et de s’arrêter dans les petites casbahs et surtout les restos de la route tenus par les bouchers. C’est magique !»
Arménie : Estelle et Anouk
Guénolée de Toldi.
En juin dernier, Estelle s’est envolée pour la première fois vers le pays de ses origines. «Cela faisait des années que j’en rêvais, ça devenait viscéral», confie l’actrice bordelaise de 26 ans, dont seule la mère est arménienne. Direction Erevan, la capitale, mais aussi d’autres régions de ce petit pays du Caucase, comme le lac Sevan. «J’avais une soif intarissable de l’Arménie, je voulais tout explorer et tout comprendre», raconte celle qui a appris l’arménien avant le voyage. Une langue qu’elle ne maîtrisait pas, mais dont les sonorités lui sont toujours parvenues à travers ses grands-parents. «Ils sont décédés récemment, alors j’ai eu un peu l’impression de les retrouver là-bas», ressent Estelle, émue.
À l’inverse, Anouk, 26 ans, y retourne tous les ans pour voir sa famille. «Je ne m’en lasse pas, il y a tant de choses à faire : des randonnées, des musées, de la nature», affirme l’avocate parisienne. Mais ce qu’elle préfère, ce sont les derniers vendredis de chaque mois. Lorsque la nuit tombe, tout Erevan se réunit devant les immenses escaliers du monument Cascade pour danser. «L’ambiance est unique, car il s’agit de danses traditionnelles ancestrales», détaille Anouk, avant d’ajouter qu’elle ne «manquerait ça pour rien au monde».
Portugal : Ana-Maria
Jorge Anastacio / Jorge Anastacio – stock.adobe.com
Ana-Maria est catégorique : le mois d’août se vit au Portugal. «Nous retrouvons chaque année la famille, la belle-famille et des amis de toujours», raconte, dans un accent chantant, la gestionnaire de services parisienne, en France depuis 30 ans. À Melgaço, petite commune du nord du pays où elle a grandi, la vie est douce. «Tout n’est que fête de village, musique folklorique, cérémonies religieuses, grands dîners et escapades à la plage», décrit celle qui fait le trajet en voiture depuis Paris.
Cette année, le mariage de son fils, prévu fin août, s’ajoute au programme. «Il y aura beaucoup de préparatifs, de plats à cuisiner et de monde à voir», sourit-elle. Un peu moins détente qu’un hôtel. Alors, forcément :«on a autant hâte de partir que de revenir en France», admet finalement Ana-Maria.
Danemark-Pologne : Agata
«Le temps est très mauvais en Scandinavie.» Dans un français plus que correct teinté d’un accent indéfinissable, héritage sans doute des nombreux pays où elle a vécu et de son polyglottisme, Agata assume adorer son pays d’enfance mais ne pas y aller volontiers en vacances. Née en Pologne avant de grandir au Danemark jusqu’à ses 21 ans, cette photographe indépendante et mère de 40 ans à la triple nationalité vit aujourd’hui en France… Où elle passe désormais presque tous ses étés.
«Vous ne vous rendez pas compte, vous les Français, de la chance que vous avez avec votre pays : le climat, la nourriture, le vin, la plage, les paysages si différents ! D’autres nationalités ne pensent qu’à partir de chez eux pour les vacances.» Jeune adulte, Agata se rendait en congés dans des destinations paradisiaques, à l’opposé des pays du Nord : Ibiza, Hawaï, le Mexique…
Aujourd’hui, la donne a un peu changé. «Il y a des enfants qui naissent, des parents qui vieillissent, et mes racines commencent à me manquer. Quand tu commences à fonder une famille, tu as envie de montrer d’où tu viens.» Résultat : c’est en faisant découvrir son pays aux autres qu’Agata l’a redécouvert comme une destination de choix. «C’est un tourisme différent, assez cher, pour les fans de nature, de design ou de gastronomie. Je recommande Copenhague, bien sûr, mais aussi Bornholm et les îles autour de Sjaelland.» De là à y revenir chaque été ? «Quand même pas. Il y a tant d’endroits à découvrir dans le monde !»
Colombie : Diego
« Être déraciné, c’est ne plus vraiment appartenir à aucun des deux pays ». Diego, originaire de Colombie, témoigne avec un brin de mélancolie. Débarqué en France comme journaliste avec un simple visa de travail à 23 ans, il en a aujourd’hui 30, s’est reconverti dans le marché de l’art et attend sa naturalisation. « Mon foyer est ici : mon chat, mes amis, mon boulot. Mais, même si j’aime profondément la France, ce n’est pas complètement chez moi. Et quand je rentre à Bogota, ça pique un peu. La ville change tous les quatre matins, je me rends compte que je ne reconnais pas tout, que j’ai oublié certaines rues, certains mots, certaines expressions… »
En raison du prix et de la longueur du voyage, Diego a pris la décision de ne plus rentrer que tous les deux ans, durant un mois plein. « C’est dur d’être éloigné aussi longtemps, d’autant plus dans une famille latino, et d’autant plus dans la mienne, on est une trentaine ! » Avec un tel rythme, sa conception des vacances a changé. Cet été, pour la première fois, il va se rendre sur la côte colombienne pacifique. « À Nuquí, pour voir les baleines avec mes cousins, précise-t-il. Je me rends compte que d’un point de vue touristique, les étrangers connaissent mieux mon pays que moi. Ce sont les Français qui m’ont parlé de cet endroit… »
Ce qui a donné lieu à une résolution : découvrir chaque endroit de la Colombie. « Il faut aussi que je fasse visiter aux amis. Mon pays est bourré de clichés et j’aimerais les déconstruire avec eux, sourit-il. Histoire de ne pas revenir que pour la famille ! »
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