«Le Maroc accueillera 10 millions de touristes Français en 2030», projette Achraf Fayda


INTERVIEW – Le directeur de l’Office national marocain du tourisme (ONMT), de passage à Paris pour le salon du Tourisme, dévoile au Figaro l’ambitieux projet du Royaume à horizon 2030.

Le Maroc a de l’ambition sur tous les terrains. Sur ceux du football, bien sûr, avec l’accueil de deux compétitions majeures, la Coupe d’Afrique des nations à la fin de l’année et, surtout, la Coupe du monde de football en 2030, coorganisée avec l’Espagne et le Portugal. Le tourisme s’inscrit dans cette dynamique, comme le détaille Achraf Fayda, le directeur de l’Office national marocain du tourisme (ONMT), de passage à Paris.

Le Royaume chérifien s’est offert un stand de 400 m² à la mesure de ses ambitions au Salon IFTM (International & French Travel Market), à Paris Porte de Versailles. La cote du Maroc est en plein essor sur les radars des voyageurs, mais le pays garde de la marge par rapport aux destinations ensoleillées du pourtour méditerranéen qui accueillent parfois le double ou le triple de leur population, à l’image du Portugal ou de la Grèce. Les Français fournissent déjà le premier contingent de touristes étrangers, et la clientèle hexagonale est plus que jamais au cœur de la stratégie de l’ONMT.


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Quelle est la trajectoire actuelle du Maroc en termes de tourisme ? 

Achraf Fayda (directeur de l’ONMT) – Nous achèverons cette année 2025 le plan de relance initié après le Covid. Il visait à retrouver les niveaux de fréquentation pré-pandémiques. Nous avons été l’un des premiers pays à atteindre cet objectif, je tiens à souligner cette performance. La dynamique de croissance du nombre de visiteurs est à deux chiffres depuis trois ans et nous souhaitons non seulement la maintenir, mais l’accélérer. Pour cela, nous ouvrons un deuxième chapitre pour la période 2026-2030 avec, en point d’orgue, la Coupe du Monde de Football, qui est un catalyseur pour les grands chantiers d’infrastructure avec le TGV, les aéroports, les stades, les hôtels…

Que représente la clientèle française au Maroc ?

En 2024, nous avons accueilli 17,4 millions de visiteurs étrangers, dont 5,8 millions de Français. J’en suis très heureux, la France est le premier pays émetteur et le Maroc s’affirme comme la première destination étrangère des Français hors Europe. Mais quand je compare ce chiffre avec le nombre de Français qui voyagent à l’étranger, je pense que nous pouvons faire mieux : nous pesons «à peine», 9% de ce marché. Le potentiel est important vu la proximité de nos pays, et la nature de notre offre, très authentique. L’objectif est d’accueillir 10 millions de Français en 2030.

Qu’est-ce qui explique le succès auprès des voyageurs français ? 

Ils trouvent au Maroc une expérience exotique à seulement 3 heures de vol et sans décalage horaire. Exotique et proche, cela donne une formule unique. Il y a une affinité linguistique aussi, les Français se sentent facilement chez eux. Je pense également que notre offre couvre les différentes typologies de voyageurs : familles, couples, voyageurs nomades… Des clubs aux riads plus intimes, l’offre est large et la gastronomie appréciée. Il y a bien sûr aussi le segment de luxe qui se développe à travers les établissements hôteliers actuels et en chantier, et je cite aussi les activités sportives : le surf à Dakhla, le golf, les sports mécaniques dans le désert… Le Maroc est déjà une destination qui se visite, nous voulons désormais qu’elle soit pleinement appréhendée par les expériences vécues.

Nous allons maintenant étendre la couverture géographique en cherchant de petits aéroports, à l’image de la ligne Deauville – Marrakech.

Achraf Fayda

Quel type de tourisme souhaitez-vous développer ?

Nous voulons faire découvrir un Maroc pluriel. Si je reprends l’exemple des Français, on commence à les voir dans les zones plus confidentielles et nous voulons les amener à visiter notre pays plusieurs fois dans leur vie voire plusieurs fois par an. C’est la raison pour laquelle il faut proposer des expériences très différentes.

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Que nous travaillions avec des tour-opérateurs ou OTA ou pour des circuits privés, la logique est la même : nous visons large. Du désert au surf en passant par l’expérience patrimoniale et culturelle, avec la préoccupation de préserver toujours le caractère authentique qui explique aussi notre succès. La culture et l’identité du Maroc ne sont pas des mises en scène.


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Les visiteurs arrivent en majorité par les airs. Quelle est la stratégie du pays sur le plan aérien ?

Nous intensifions le maillage de connectivités aériennes point à point. Si l’on prend le cas de la France, six zones sont déjà fortement couvertes : Paris, Marseille, Lyon, Nantes, Bordeaux Toulouse. Nous allons maintenant étendre la couverture géographique en cherchant de petits aéroports, à l’image de la ligne Deauville – Marrakech.

Les prix des billets d’avion ont fortement augmenté. Peuvent-ils baisser ?

On n’intervient pas sur les prix. Par contre nous analysons les tendances du marché. Ce que nous retenons, c’est effectivement une augmentation des prix post-covid, qui s’explique par la croissance à deux chiffres de la demande. Nous sommes vigilants. La réponse programmée est d’augmenter l’offre de routes et de sièges afin que les prix se régulent. Je note toutefois dans le dernier baromètre de l’aérien pour le mois d’août, en haute saison, que le prix moyen pour le Maroc s’élevait, toutes compagnies confondues, à 350 €. Nous sommes moins chers que la Grèce ou l’Égypte.

Près de Saidia, sur la côte méditerranéenne.
LovPhotography – stock.adobe.com

Sur quelles zones du pays allez-vous mettre l’accent ?

Nous travaillons avec l’ensemble des 12 régions marocaines, notre promotion est inclusive. Nous allons par exemple faire en sorte de consolider et renforcer la demande sur Tanger ou Fès… Si l’on parle de développement, je citerai plusieurs exemples. D’abord nos deux belles régions du sud : autour d’Errachidia et Ouarzazate et le désert magnifique du Draâ, un plan spécifique «rising Ouarzazate» produit déjà ses effets. Dakhla, à la rencontre du désert et de l’Atlantique, accueille aussi davantage de routes directes avec les compagnies Transavia et Ryanair.

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Au nord du Maroc, nous avons identifié deux régions avec un potentiel très important. Celle de Tetouan avec la baie méditerranéenne de Tamuda bay, est parfaite pour un tourisme très haut de gamme, avec une combinaison d’établissements hôteliers, de parcours de golf, d’expériences gastronomiques remarquables… Je pense aussi à la région de l’Oriental où Fram vient d’inaugurer un premier club à Saidia. Notre côte méditerranéenne, très préservée, a un gros potentiel.

Nous allons doubler notre capacité aéroportuaire qui passera à 70 millions de passagers en 2030.

Que prévoit le grand plan de modernisation des infrastructures au Maroc, avec un large volet aéroportuaire ?

Nous avons accueilli avec fierté le plan de l’Office national des aéroports. Le plan 2030 va permettre de doubler notre capacité aéroportuaire : de 32 millions actuellement elle augmentera à 70 millions. Le principal aéroport du pays, Casablanca, va peser à lui seul 40 millions dans une logique de hub.


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Les cinq autres villes qui accueilleront des matches de la Coupe du Monde verront leur aéroport modernisé et leur capacité augmenter : Agadir, Fès, Marrakech, Rabat et Tanger.

La Coupe d’Afrique des nations 2025-2026 sera un test sur le plan de l’accueil et des infrastructures. Serez-vous prêt ?

Le Maroc se prépare à accueillir les grands événements sportifs. Rien que pour le football, 12 événements Fifa (la fédération internationale de football, NDLR) se dérouleront d’ici à 2030. Nous mettons dès à présent en rodage nos outils, nos infrastructures, l’ensemble des compétences relatives à l’organisation de grands événements. Ce que je vois c’est que nous sommes parfois en avance sur les délais envisagés.

Le stade de Rabat devait être terminé en octobre. Ce mois de septembre, il a déjà accueilli le match Maroc-Niger, qualificatif pour la Coupe du Monde 2026. Le succès de notre équipe nationale au Mondial de football du Qatar, où elle a atteint les demi-finales, a donné un peu plus d’énergie encore. La Coupe d’Afrique des nations sera la confirmation de la capacité du Maroc à organiser ces grands événements.

Quid des autres infrastructures ?

Notre pays est le seul en Afrique à disposer d’un TGV. L’extension de la ligne Tanger- Casablanca sera prête en 2029. La construction de la première ligne avait pris 6 ans. Cette extension sera réalisée en 3 ans à peine. Cela donne une idée de la dynamique est à l’œuvre. La véritable finalité est que la Coupe du Monde soit un accélérateur de la transformation de notre pays. J’aime prendre l’exemple de l’Espagne qui a réussi ce pari, depuis la Coupe du monde 1982 jusqu’aux Jeux Olympiques de Barcelone et l’Exposition Universelle de Séville en 1992. Au-delà du TGV, tous les modes de transport urbains seront remis à niveau : train, tramway, bus…

Achraf Fayda.
Remi CHAPEAUBLANC

La dynamique économique peut aboutir au bétonnage, le risque est-il pris en compte ?

Aujourd’hui, les chiffres nous disent que le tourisme au Maroc n’est pas un tourisme de masse. 20% de nos touristes viennent en voyage organisé avec une logique de découverte du patrimoine et de la culture, et les clubs vacances eux-mêmes proposent des nuitées chez l’habitant, des visites personnalisées, des cours de cuisine… La grande majorité des visiteurs, 80%, viennent en individuel au contact de notre société et de la réalité de notre pays. Nous souhaitons préserver cela.

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La stratégie dès le départ a été de ne pas construire de grands clubs ou resorts avec une logique all inclusive et un circuit aéroport-club-aéroport. Nous sommes rassurés dans notre capacité à préserver ce positionnement et le conforter. À l’heure actuelle, la capacité hôtelière déjà installée est relativement importante, et utilisée à hauteur de 52% à peine en moyenne. Nous pouvons accueillir 25 millions de touristes sans lits supplémentaires. Mais dans notre feuille de route, la priorité est moins de construire que de mettre à niveau les établissements pour garantir un standard, y compris pour l’hébergement alternatif : les riads, les kasbash… Cette diversité est fondamentale : du 5 étoiles à la kasbah, il faut maintenir cette offre. D’autres pays font le choix tout aussi respectable du all inclusive. Ce n’est pas le nôtre.

Beaucoup de pays méditerranéens souffrent de sécheresse, notamment le Maroc qui promeut des activités gourmandes en eau, comme le golf. Quelle est votre position ? 

Sur le plan environnemental, nous nous inscrivons dans une feuille de route nationale. Au niveau de l’énergie, un chantier très important a été annoncé en début de décennie pour permettre au Maroc de générer 52% de ses besoins en énergie verte : photovoltaïque et éolien, mais aussi de l’hydraulique. Au sud, à côté de Ouarzazate, se trouve déjà la plus grande ferme photovoltaïque d’Afrique, qui couvre la superficie de Paris intra muros.

Le deuxième grand axe porte sur l’eau. Là encore, un grand chantier national est en cours, qui s’appuie sur le dessalement de l’eau de mer en profitant des deux côtes du Maroc. Au niveau du secteur du tourisme, nous intégrons nativement les bonnes pratiques qui font leurs preuves, en Europe par exemple. Si l’on prend le cas des hôtels, le simple fait de ne pas laver les serviettes de bain tous les jours, de moins changer les draps peut permettre de diviser par deux la consommation d’eau. Simple mais efficace à grande échelle, d’autant que c’est désormais intégré par les clients.

Le golf est un segment très important. Nous avons pris une initiative sur laquelle nous nous sommes peu exprimés. L’arrosage des parcours se fait aujourd’hui sur 90% des parcours avec de l’eau usée qui a été traitée. Dans les golfes de Marrakech ou d’Assoufid dans le désert, pas une goutte d’eau ne provient pas d’un retraitement.



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