on a testé le stage anti-stress d’Air France


J’AI FAILLI RATER L’AVION [2/3]- Des stratégies d’évitement improbables aux thérapies en tout genre, notre journaliste raconte sa lutte pour triompher de la phobie des transports aériens. Aujourd’hui, tentative de la dernière chance : une journée de stage pour gérer la peur en avion.

Quoi de plus stressant, quand on est stressé, que de faire un stage antistress ? Air France a eu beau baptiser cette journée avec une infinie délicatesse «Apprivoiser l’avion», ils ne trompent personne, et surtout pas le phobique. Je m’y suis néanmoins inscrite, poussée par la mission sacrée que je me suis fixée : parvenir à très court terme à embarquer pour Tokyo sans entamer de processus de fission une fois à bord. Car, oui, d’aucuns entrent en fusion, moi je fissionne et tout se termine en émiettement intégral. Niveau d’angoisse : 52 sur une échelle de 3.

Tout a commencé par un questionnaire destiné à la psychologue d’Air France. J’étais à mon affaire, cochant avec enthousiasme, mentant ici et là pour éviter un verdict trop sévère, quand je suis tombée sur une section diabolique intitulée «Lors d’un voyage en avion, que craignez-vous le plus ?». On pouvait, entre autres propositions catastrophiques, choisir «Que les ailes se cassent». Que n’y avais-je pensé ? J’ai immédiatement cessé de réfléchir, coché d’office l’ensemble des propositions et me suis allongée sur le parquet du salon en essayant de me rappeler les rudiments de la respiration ventrale.

Quelques mois se sont ensuite écoulés, qui m’ont permis d’entretenir un joli déni quant à l’imminence du stage, et donc du vol. Puis, il y a quinze jours, les choses se sont précipitées. On m’a rappelé que j’avais un entretien vidéo prévu avec la psychologue de la compagnie afin de préparer cette journée. Notre échange fut des plus cordiaux. Se basant sur mon questionnaire, elle m’a longuement interrogée, essayant visiblement de trianguler les origines de ma folie. Chou blanc, probablement.

PNC aux portes

Lorsqu’elle a pris congé en disant : «Parfait, on se voit lundi», un compte à rebours interne a commencé. Je me suis mise à consulter frénétiquement les différents itinéraires pour rejoindre la zone de Roissy où se déroule le stage et où se trouvent les simulateurs de vol destinés à l’entraînement des pilotes. J’ai bravement tenté d’ignorer les nombreux articles de presse titrés «Faut-il avoir peur de voler sur Boeing ?», rapportant que leurs avions sèment des pièces partout à travers les États-Unis, larguant ici une porte, perdant une roue par là.

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Je me suis finalement retrouvée lundi dernier sur un parking de Roissy, au milieu d’avions qui décollaient dans tous les sens. «C’est vraiment super, l’immersion commence déjà», me suis-je dit, essayant d’étouffer la bouffée d’angoisse qui m’étreignait. Puis, les mains sur la tête – dans une audacieuse tentative de me protéger au cas où un Boeing serait dans le coin – j’ai couru à l’intérieur et me suis présentée à l’entrée. J’y ai retrouvé mes deux compagnons d’infortune du jour. Nous avons échangé des regards mi-complices mi-compatissants et nous sommes assis dans une salle, attendant le miracle.


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Le programme était limpide : un temps avec une chef de cabine sophrologue pour évoquer nos peurs, les décrypter et les apaiser, suivi par l’intervention d’une hôtesse nous expliquant les différentes formations, rôles et compétences des PNC (personnels navigants commerciaux), ceux qui sont «aux portes» et «arment les toboggans». Viendra ensuite un pilote, qui nous enseignera les rudiments de l’aéronautique avant de nous embarquer dans un simulateur d’Airbus pour quelques circonvolutions dans les airs.

Collée au siège

Mes compagnons m’ont immédiatement contrariée par leur rationalité sans faille. Sondés quant à la nature de leur peur, ils ont évoqué avec pudeur un certain inconfort face aux turbulences. C’est bien ma chance de tomber en 2024 sur deux hommes non déconstruits. Où sont donc les fragiles ? Ceux qui luttent pour ne pas faire demi-tour à l’aéroport, ceux pour qui le dernier vol sans anxiolytique remonte à 1998 ? Quand tu débourses 750 euros pour une journée de stage anti-stress, la moindre des choses est de te présenter avec des phobies dignes de ce nom. Heureusement que j’étais là pour compenser.

Mais passons sur cette matinée certes instructive – mais qui finalement délivre un savoir que l’on pourrait acquérir ailleurs – pour arriver au cœur de la meule, l’expérience unique qui justifie l’effort financier : le simulateur de vol. Ces gros cubes animés par des vérins, que l’on rejoint par des passerelles, dorment au milieu d’immenses salles vides. L’idée d’un décollage imminent, même virtuel, m’a tellement perturbée que je n’ai absolument pas retenu quel type d’Airbus nous allions aborder. On s’installe et, soudain, les pistes de l’aéroport de Roissy se dévoilent devant le pare-brise du cockpit. On s’y croirait, et seul un reste d’orgueil me retient de prendre mes jambes à mon cou.

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Le pilote qui nous encadre n’étant pas un perdreau de l’année, il m’a repérée et vite sanglée à la place du copilote. Il s’agit de commencer en douceur par un décollage, quelques virages et un atterrissage. Les larmes montent, je ne suis pas prête, je ne veux pas sentir cette sensation de poussée collée au siège… Notre captain s’active et nous démontre à quel point les systèmes redondants et le fonctionnement par listes ne laissent aucune place au hasard. Nous enchaînons ainsi dix minutes de checklists. Hypnotisée par ce cochage compulsif, j’en oublie mon stress. Et c’est parti.

Un réacteur en feu

Confondant. C’est confondant de réalisme. Nous avons roulé sur la piste, ressenti les petits heurts des pneus qui passent sur les spots lumineux, accéléré encore et pouf, nous voilà dans les airs, en train de contempler les méandres de la Seine. Ce n’était donc que ça ? Pourquoi en ai-je gardé des souvenirs aussi atroces ? Décoller n’a jamais paru si simple, si logique, aussi. Je cède ma place à un camarade et c’est reparti, nous sommes à Nice cette fois-ci, et on va nous montrer que même en cas de problème, ce n’est pas le crash garanti.

Tout y passe : réacteur en feu, moteur qui lâche, décollage avorté, remise des gaz avant l’atterrissage, brouillard, rien ne nous est épargné. À chaque avarie, à chaque manœuvre, nous refaisons les différentes checklists – que nous pourrions nous épargner puisque nous sommes en simulateur. Finalement, notre capitaine nous propose d’en sauter une pour gagner un peu de temps sur notre créneau. Arrive alors le moment qui m’a finalement plus rassurée que n’importe quelle statistique. Il s’est figé l’espace d’un instant, avant de déclarer : «Mmmm, en fait on va quand même la faire». Incapable de contourner sa checklist, c’est ça qu’on veut entendre !

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Après plus d’une heure et demie dans le simulateur, on nous redirige, un peu hébétés, dans une salle. Les intervenants du jour sont là pour un debrief, et proposent, en guise d’adieu, d’évaluer notre peur sur 10. Mes camarades, décidément excellents élèves, la jaugent à 2 ou 3. Moi je ne sais plus, mon cerveau est éparpillé façon puzzle, je pourrais l’évaluer à 5 comme à 225. Il va falloir laisser décanter et, surtout, on verra lors du Paris-Tokyo.

Enfin, si j’arrive à le prendre. Parce que, la semaine dernière, mon passeport a disparu. Acte manqué, accident ? Les théories vont bon train. Les petits elfes de la préfecture de Paris sont en tout cas en train d’en confectionner un nouveau, qui devrait arriver sous deux semaines maximum. Ça tombe bien, le départ est pile dans 15 jours. Partira, partira pas ?

Infos pratiques

Le stage “Apprivoiser l’avion” coûte 750 euros pour une journée de 7h30. Il fonctionne par groupe de trois personnes.

Il y a deux groupes par jour, le premier sur les horaires 9h-16h30 et le second sur la plage 10h45-18h15.

Pour s’inscrire, il faut envoyer un mail à mail.antistress@airfrance.fr et s’y prendre de préférence six mois à l’avance.


Notre prochain épisode

  • Embarquement dans le vol Paris-Tokyo

Précédemment paru

«J’y vais mais j’ai peur» : comment je soigne ma phobie de l’avion


EN VIDÉO – Un avion supersonique Concorde en route vers un musée de New York après des travaux



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