Pourquoi il va être plus difficile de se rendre en vacances en République dominicaine


DÉCRYPTAGE – Première destination long-courrier au départ de la France en 2022, la République dominicaine n’est désormais plus desservie par Corsair et Air France. Reste Air Caraïbes, seule compagnie en vol direct sur la destination au départ de l’Hexagone. Pour combien de temps ?

Des plages de rêve, des cocotiers pointés vers une mer à l’azur caribéen, des resorts et complexes hôteliers démesurés… En deux décennies, la République dominicaine s’est taillé une part du lion dans le cœur des touristes, battant tous les records d’affluence y compris chez les Français. Au point d’être reconnue en novembre dernier « destination touristique 2022 la plus performante au monde » par la plateforme spécialisée ForwardKeys.

Le résultat d’une politique proactive du gouvernement de cette destination située à un peu plus de 9 heures de vol de Paris : avoir gardé ses frontières ouvertes pendant le Covid, et conserver des prix abordables. Sans surprise, les résultats sont au rendez-vous, érigeant la « Rep Dom » en nouveau poids lourd du tourisme de masse, option « tout inclus ». En 2022, le pays qui partage avec Haïti l’île d’Hispaniola, a accueilli 8,5 millions de visiteurs, soit un million de plus qu’en 2019. Au point que le tourisme pèse désormais 15% du PIB de ce pays de plus de 11 millions d’habitants.

Après Corsair, Air France stoppe sa desserte de la République dominicaine

Ce samedi 25 mars pourtant, à 15h45, le vol AF0968 d’Air France, décollera pour la dernière fois de l’année de Roissy à destination de Punta Cana. La compagnie française stoppe pour 2023 sa desserte de l’île caribéenne, remboursant les passagers des vols annulés sans véritables sommations. Contacté par Le Figaro dès le 15 mars, Air France confirmait que «la suspension de ses liaisons au départ de Paris-Charles de Gaulle vers Saint-Domingue et Punta Cana, initialement annoncée pour la saison été 2023, sera étendue à la saison hiver 2023-2024.». Sans s’exprimer sur la raison de cet arrêt. En janvier, une autre compagnie, Corsair, avait tiré une croix sur la République dominicaine.

Les raisons tiennent principalement à une équation économique devenue déséquilibrée pour les compagnies aériennes, depuis que le gouvernement local, confronté à une hausse des prix, applique une surtaxe carburant sur le kérosène. Sur place, le prix exploserait, ne permettant plus de rentabiliser les trajets allers-retours entre la France et l’île des Grandes Caraïbes. Le transporteur nous confirme «que compte tenu de l’équilibre économique de la ligne, nous n’avons pas poursuivi l’exploitation de cette ligne. Le kérosène est 80% plus cher à Punta Cana comparé à Orly où son prix est pourtant déjà élevé, appuie Julien Houdebine, directeur commercial et marketing de Corsair. Et d’ajouter auprès de nos confrères de l’Echo Touristique que « Corsair n’a pas prévu de reprendre ses dessertes l’hiver prochain préférant se concentrer sur la croissance des autres lignes de son réseau».

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Historiquement, la France est le troisième pays émetteur de touristes en République dominicaine, après les États-Unis et le Canada.

Mercedes Castillo, la directrice France de l’Office du tourisme de la République dominicaine, s’étonne de ces décisions auprès du Figaro : «La République dominicaine a été la première destination long-courrier au départ de la France en 2022. À la suite des récentes annonces d’Air France pour la saison hiver 2023, nous tenons à rappeler que l’île est desservie par les plus grandes compagnies aériennes mondiales sur ses 8 aéroports et que le tourisme représente plus de 400.000 emplois directs ou indirects […] Nous travaillons sans relâche pour trouver des solutions quand cela est nécessaire, toujours en consensus avec nos partenaires et pour la satisfaction de tous. Nous aurions espéré qu’il en serait de même de la part d’un partenaire de si longue date, mais cela n’a malheureusement pas été le cas.»

Désormais seule compagnie au départ de France à desservir l’île en vol direct – 6 fréquences hebdomadaires sur Punta Cana -, Air Caraïbes déclare au Figaro que « l’attention des autorités gouvernementales de la République dominicaine avait déjà été attirée, il y a plusieurs mois, sur les conditions économiques de ces dessertes. » Les voyagistes aussi pointent du doigt le prix du kérosène. L’insularité et le coût d’acheminement de l’essence font que ce type de surtaxe n’est pas une nouveauté, notamment dans la région. «Depuis environ un an, les prix de l’aérien flambent, surtout pour les vols internationaux : entre 20 % et 30 %», estimait dès janvier Jean-Emmanuel Chometon, directeur général des Maisons du Voyage (propriété du groupe Figaro). Or, l’aérien pèse entre 40 % et 50 % du prix d’un voyage.

Pour Matthieu Mariotti, directeur de production chez Kuoni : «C’est surtout lié à l’instauration de cette surtaxe locale sur le carburant qui impact fortement la rentabilité de la route. En post-Covid, les compagnies font encore plus attention à la rentabilité». Rentabilité. Le nerf de la guerre pour ne pas couler. Les compagnies aériennes se montrent donc plus sélectives. Après la République dominicaine, Air France supprime également les dessertes des Maldives (Malé) et du Sri Lanka (Colombo) pour l’hiver 2023/2024. Sachant qu’il n’y aura aucun vol pour l’été 2023, les dernières rotations ont eu lieu respectivement les 9 et 11 mars. Comme pour la République dominicaine, la compagnie annonce que «les clients en possession d’une réservation pour des vols programmés sur la saison hiver 2023-2024 seront prochainement contactés individuellement et invités à contacter leur point de vente pour obtenir un remboursement

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Quid des Français ayant déjà acheté leur billet d’avion ?

La plage de Bavaro à Punta Cana, destination privilégiée des vacanciers français. swisshippo / stock.adobe.com

Mais que va-t-il se passer concrètement pour les vacanciers ayant déjà acheté un séjour ou un circuit ? Exotismes, l’agence de voyages spécialiste des îles, a proposé à ses clients une solution de remplacement avec Air Caraïbes, ou un vol avec escale en Espagne, au même prix. Gilbert Cisneros, son président, ne voit rien d’alarmant à la situation. « La destination fonctionne très bien l’été : elle est familiale avec un bon rapport qualité prix (En République dominicaine la plupart des séjours se font en all inclusive, NDLR). Nos clients se rendent compte que cela coûte moins cher que de partir en Grèce ! » Même son de cloche chez Kuoni : « Il y aura toujours une solution de reprotection de nos clients qui ont déjà réservé, en vol direct avec Air Caraïbes ou bien avec une autre compagnie et une escale. Pour nos clients déjà inscrits, pas de hausse des prix, nous avons trouvé des solutions sans surcoût. »

Historiquement, la France est le troisième pays émetteur de touristes en République dominicaine après les États-Unis et le Canada ; les opérateurs locaux commencent à voir les réservations depuis l’hexagone diminuer pour les prochains mois, mais les chiffres devraient rapidement revenir à la normale. Et surtout, les prix des billets d’avion ne devraient pas flamber davantage. Gilbert Cisneros abonde tranquillement dans ce sens : « La nature a horreur du vide. Avec 250.000 clients potentiels chaque année, cela va créer un intérêt auprès de diverses compagnies. Très rapidement, dès courant avril, nous devrions avoir des annonces, même venant d’Air Caraïbes. »

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D’ailleurs, cette dernière n’exclut rien et déclare au Figaro que « des discussions sont toujours en cours pour renforcer encore cette desserte dès l’hiver prochain. Il est cependant trop tôt pour en confirmer les modalités. Dans tous les cas, nos clients en seront informés dans les prochaines semaines. »L’inconnu à ce jour reste la capacité de la compagnie, qui teste actuellement ses nouveaux A350-1000 (moins consommateurs en kérosène), à déployer plus de capacité notamment sur l’hiver prochain, tout en restant rentable. Mais à quel prix ? D’après nos sources, Air Canada est déjà positionnée sur la liaison, offrant des vols avec de bonnes correspondances au départ de Paris, Lyon et Toulouse.


Des vols avec escales en attendant de nouvelles compagnies ?

En attendant ces nouvelles routes, pour Matthieu Mariotti, « les tarifs vont bien sûr augmenter. Cet été, les vols directs sur Air Caraïbes en classe économique dépassent bien souvent les 1400 € et les vols avec escales sont dans les 1000 €. Heureusement les hôtels n’ont pas subi une inflation de leurs prix comme dans les autres destinations. Et notre souhait chez Kuoni est que les compagnies et le gouvernement dominicain trouvent un accord pour le bien de tous et avant tout des Français qui souhaitent découvrir cette très belle destination au bon prix et avec du choix en vol direct. »

D’ici-là, et même si c’est moins confortable, les vacanciers peuvent toujours opter pour des vols avec escales. En partant de l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle et à destination de Punta Cana, on peut déjà voler avec Swiss Air Lines, Lufthansa ou encore… Air Canada. Enfin, la capitale Saint-Domingue et son aéroport international, Las Américas, restent accessibles via Iberia avec une escale à Madrid (ou Miami), toujours depuis Roissy. Ne reste plus qu’à choisir son maillot de bain.



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