«Pour la majorité des familles, ne pas avoir de piscine, c’est disqualifier le choix d’un camping»


ENTRETIEN – Dans un secteur touristique en quête de sobriété, le camping tente de se diversifier tout en diminuant de manière drastique sa consommation en eau et énergie, comme l’explique Nicolas Dayot, président de la FNHPA.

En période d’inflation, c’est l’un des secteurs du tourisme qui pourrait tirer son épingle du jeu. L’hôtellerie de plein air, plus connue sous le nom de camping, annonce des chiffres records pour 2023, avec 141 millions de nuitées réservées sur le territoire, soit +4,4% par rapport à l’année précédente et de +9,3% par rapport à 2019, année d’avant la crise du Covid. Des excellents résultats qui pourraient être similaires pour l’année 2024, même si la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air (FNHPA) reste prudente. «La problématique du pouvoir d’achat et du taux de départ des Français modestes peut venir tempérer les chiffres, même s’ils devraient être du même niveau que 2023», analyse son président Nicolas Dayot auprès du Figaro.

Un autre élément pourrait avoir une incidence sur le secteur : le dérèglement climatique. Les Pyrénées-Orientales connaissent une sécheresse inédite depuis deux ans. La Côte d’Azur est désormais régulièrement en proie aux canicules. Sans compter le fait que d’autres départements pourraient être impactés cet été. Une situation loin d’être ignorée par les campings, qui se décrivent eux-mêmes comme «météo-sensibles». Désormais, ils doivent s’adapter pour à la fois satisfaire leur clientèle et répondre à des enjeux de sobriété énergétique. C’est ce que dévoile la FNHPA, dans son dernier rapport.

LE FIGARO – Vous affirmez que l’accès à une piscine est l’un des critères indispensables dans le choix d’un camping. Comment prenez-vous en compte cette exigence, alors que beaucoup de départements connaissent des problèmes de sécheresse ?

Nicolas Dayot – Pour la majorité des familles, ne pas avoir de piscine, c’est disqualifier le choix d’un camping. Une famille avec des enfants en demande toujours une. Pas de piscine, pas de réservation. Ce n’est pas l’objet principal de la consommation d’eau. Elle représente 15% de la consommation totale du camping. Le premier poste, ce sont les hébergements et les sanitaires. Quand un camping moderne est performant, ils sont équipés de bons mousseurs, de pommes de douche efficaces et de systèmes de récupération des eaux usées. Les piscines modernes ont des filtres plus performants, moins consommateurs d’eau lors des opérations de lavage. Un camping moderne et confortable est plus économe en eau qu’un camping qui ne s’est pas modernisé depuis quinze ans. Et la première catégorie représente 3500 campings en France, qui font les 3/4 de la fréquentation. Autre point important : quand il y a un camping avec mille clients et qu’il y a une piscine, cette dernière est plus utilisée que la piscine d’un particulier.

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Nicolas Dayot, président de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air
FNHPA

Comment le secteur du camping s’empare-t-il des enjeux de sobriété énergétique ?

Nous sommes une profession très engagée dans la transition écologique, car nous nous trouvons souvent dans des endroits avec une haute valeur environnementale. Notre objectif est de réduire la consommation d’eau dans sa globalité, de passer de 28 à 22 millions de mètres cubes au national. Nous avons proposé à Christophe Béchu [ministre de la Transition écologique, NDLR] un plan national d’action pour une gestion économe de l’eau dans les campings. L’idée est que les six agences de l’eau puissent nous accompagner collectivement pour massifier les économies à très court terme. Il faut une méthode simple à mettre en œuvre dans les campings. Cela passe par des mesures techniques comme la réutilisation des eaux usées, la détection des fuites avec la mise en place de compteurs intelligents dans les canalisations des campings… Ce plan d’action national est actuellement sur le bureau de l’administration. L’idée est de trouver un modus vivendi pour le déployer auprès des 7500 campings français, y compris ceux qui n’ont pas un positionnement commercial écotouristique.

Existe-t-il des mesures plus précises pour des destinations avec un stress hydrique important ?

Dans les Pyrénées-Orientales, nous avons pris des engagements forts l’année dernière en réduisant de 30% les consommations d’eau en quelques semaines au cours de l’été. Il n’y avait plus d’arrosage des espaces verts, on récupérait les eaux des piscines… Ces engagements seront à nouveau pris cette année. La profession a signé la semaine dernière avec le préfet des Pyrénées orientales une charte d’engagement. Au national, nous avons la même ambition, y compris dans les territoires où l’eau est moins rare.

« Depuis dix ans, les régions de la moitié nord augmentent plus vite en termes de fréquentation que les régions de la moitié sud. Cette transhumance est en partie liée au changement climatique, avec des temps plus cléments dans les Hauts-de-France, la Normandie et la Bretagne. »

Nicolas Dayot, directeur de la FNHPA

Quel est l’impact du dérèglement climatique sur le secteur du camping ?

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Le changement climatique redistribue les cartes en termes de flux. Depuis dix ans, les régions de la moitié nord augmentent plus vite en termes de fréquentation que les régions de la moitié sud. Cette transhumance est en partie liée au changement climatique, avec des temps plus cléments dans les Hauts-de-France, la Normandie et la Bretagne. L’amélioration de la qualité de l’offre dans la moitié nord y est également pour quelque chose. Pour autant, la moitié sud représente les 2/3 de la fréquentation nationale. Changement climatique ou pas, le Sud restera champion, car c’est lui qui possède le plus de lits touristiques et peut accueillir le plus de monde. Et comme l’on ne peut plus créer de nouveaux campings pour des questions environnementales, jamais il y aura autant de places de camping dans le Nord que dans le Sud.

Les 4 et 5 étoiles représentent un peu plus de 20% des campings en France. Cette montée en gamme n’est-elle pas contradictoire avec le principe même du camping, qui se veut populaire et économe en énergie ?

Depuis quelques années, les campings français ont investi comme jamais pour améliorer la qualité de leur offre. Cela a permis de les rendre beaucoup plus équipés et qualitatifs. Mais le terme de «montée en gamme» est piégeux. Oui, il y en a une, car il y a plus de campings qui augmentent leur nombre d’étoiles, comme des 2-étoiles qui passent à 3, des 3-étoiles qui passent à 4, etc. Les campings 4 étoiles – qui proposent des piscines couvertes, des tobogans et des soirées animées – sont très plébiscités par la clientèle populaire. Certaines familles préfèrent partir peu, mais dans des établissements où les enfants vont s’amuser. Les fonds de la Caf pour partir en vacances sont principalement dépensés dans les 4-étoiles. Il y a deux critères pour les classes populaires : le littoral, ainsi que les équipements et services. Cette montée en gamme donne l’impression que l’on accueille des clients plus riches, mais ce n’est pas le cas, à part pour les campings 5 étoiles. D’autres segments, comme les campings écotouristiques, où il n’y a pas d’animation et de piscine, vont accueillir des populations plus diplômées, prêtes à payer plus cher. Ces dernières veulent souvent des hébergements plus expérientiels, comme des cabanes dans les arbres et des tentes.

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L’urgence climatique et le fait que le camping soit considéré comme économe en énergie amènent-ils de nouveaux clients ?

Quand on regarde les critères de choix des campings par nos clients, la question environnementale n’est pas prioritaire. Ils recherchent avant tout un bon rapport qualité-prix, une piscine et des équipements, la proximité de la nature et la convivialité. L’orthodoxie environnementale est dans les derniers critères. Pour autant, les campings ont la volonté de réduire leur empreinte environnementale, même si les clients ne le voient pas. Dans l’ensemble, notre bilan carbone est excellent parce que la plupart de nos clients partent en vacances en France.


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